‹ L'homme et la terreChapitre 237 sur 279 · MONTAGNES PARADISIAQUES · texte numérisé non relu

MONTAGNES PARADISIAQUES

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antiques, la fameuse « échelle de Jacob », n’étaient pas autre chose, dans la forme première de la légende, que des montagnes factices, des volées d’étages en gradins, dont les anges montaient le-; degrés en apportant leur adoration aux dieux. Ces monts, construits de mains d’hommes, étaient autant de symboles du sommet divin ; des pyramides aux sept portes, consacrées aux sept planètes. Et les a jardins suspendus » des rois babyloniens n’étaient-ils pas aussi des paradis artificiels, se superposant en terrasses à de grandes hauteurs sur des étages voûtés et recevant des eaux abondantes soulevées par de puissantes machines hydrauliques? Ce ruissellement symbolisait les fleuves sacrés nés sur les hauts sommets des monts'.

D’ailleurs, il semble probable que les rois babyloniens profitaient de la vénération du peuple à l’égard des temples à degrés pour y faire déposer leurs corps, de même que leurs confrères de l’Égypte se faisaient enterrer dans les Pyramides^.

Le terme persan « paradis » , d’origine probablement récente , au plus quatre mille années, ne s’appliquait d’abord qu’aux parcs de chasse, pairi-daiza, lieu enclos de murs, et ne se rapportait nullement à des lieux de parfait bonheur tels qu’on les conçoit dans le sens actuel du mot ; cependant ces forêts réservées des rois perses, situées dans le voisinage de l’Elvend ou de tel autre mont superbe, devaient être fort agréables par la pureté de l’air, la fraîcheur des eaux, l’éclat de la végétation, le foisonnement du gibier, puisque ce nom de paradis a fini par devenir, dans nos langues occidentales, le synonyme de « jardin délicieux », même de « béatitude éternelle » ; toutefois, chez les Iraniens, ce terme resta toujours une expression profane : le mot consacré au lieu mystique du bonheur pur est celui de vara^, analogue au mot a Eden », employé dans les livres sacrés des Hébreux, avec la signification de « lieu de la joie » ou de la « volupté ».

Tous les paradis durent posséder pour l’homme, outre leur beauté propre, un élément qui les embellissait à l’infini, celui d’un souvenir plein de regrets Ceux qui les nommaient ainsi se rappelaient avoir dû les quitter pour échapper à quelque invasion de bandes ennemies, à un déluge, à des tremblements de terre: ils voyaient en ces lieux

1. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. 3, pp. 56 etsuiv. ; Ch. et F. Lenormant. — 2. Alfred Jeremias, Hôlle und Paradies bei den Babyloniern. — 3. Dillman, C..de Harlez, Fr. Lenormant, Les Origines de V Histoire, pp. 64 et suiv.

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des paradis, surtout parce qu’ils étaient perdus. Mais l’espérance so mêle diversement aux amertumes du passé, et de tous temps il y eut aussi des paradis de désir, des « terres de promission ». Les ancêtres avaient été heureux, les descendants pouvaient-ils l’être aussi.^ Là-haut, sur les montagnes blanches ou vaporeuses, ou bien plus loin encore, par delà l’horizon, vers ces régions mystérieuses où se levait le soleil, ou vers ces autres lieux où l’astre se couchait dans la pourpre des nuages, ou même vers les espaces inconnus que chei’chaient les oiseaux dans leurs longues migrations, n’est-ce pas là que l’humanité trouverait le pays de ses rêves, l'endroit sacré où il n’y aurait plus ni faim ni soif, ni fatigue, ni servitude, ni mort?

Chaque race, chaque peuple, chaque tribu eut ainsi ses pai'adis. L’histoire géographique nous en fait retrouver des centaines, brillant comme des clous d’or sur le pourtour de la planète, depuis les montagnes du Mppon jusqu’à la villa de los Cesares, dans les vallées de la Patagonie septentrionale. On |Deut même se demander si, parmi les grands sommets d’accès pénible, il en est un seul qui n’ait pas été considéré comme un « paradis », comme un (( Olympe », pour les peuples qui les contemplaient de la base. Les « Monts Célestes » ou Thian-Chan, à l’est de l’Iran, ne tiennent-ils pas

leur nom de ce fait même qu’on voit en eux un monde supérieur, et combien d’autres massifs ou pitons isolés doivent des appellations analogues à un sentiment de même nature! Tel le Mustagh-ata, ce mont superbe de 7 5oo mètres d’altitude que Sven-lledin essaya vainement à quatre reprises d’escalader jusqu’à la cime ! Là-haut, nous dit-on, s’ouvre une vallée charmante, où serpente une rivière sous les arbres, emplissant un lac que ne bouleversent jamais les tempêtes. Un chameau blanc paît les gazons touffus et de beaux vieillards à longue barbe, vêtus de blanc, s’entretiennent à l’ombre des pruniers chargés de fruits. Depuis des milliers de siècles, une ville, .Tanaïdar, habitée par des immortels, toujours

RECHERCHE DU JARDIN d’eDEN

heureux et souriants, reflète ses édifices dans l’eau pure. Une légende presque identique se raconte dans le Valais sur la vallée perdue que d’aucuns recherchent encore dans le massif du mont Rose ^

Placés dans i’iran ou dans l’Arménie par les habitants de la Méso-

N“ 84. Quelques montagnes sacrées et vallées de délices en Eurasie.

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