Basse plaine de Chine. 2. Pot amie
3. Thessalie, légende de Deucalion, reconstitution de l’humanité par les pierres.
4. VÉNÉzuÉLA, basse vallée de l'Orénoque; l’humanité seconde naît des fruits du
moriche {mauricia flexuosa).
mène, inconnu aux habitants, ne pouvait se magnifier à leurs yeux en un cataclysme comme celui que décrit la Genèse.
Toutes les nations chez lesquelles se forma ou qui accueillirent la légende devaient nécessairement, à la fois par une sorte de patriotisme et par le besoin naturel de localiser d’une manière visible le théâtre de leurs récits, chercher dans les limites de leur horizon l’endroit sacré où les rares justes sauvés du désastre avaient, sur quelque haute vallée, repris possession de la terre émergée des flots. Les habitants de la Mésopotamie chez lesquels naquit le mythe sous la forme que lui
donnent les livres sacrés des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans, indiquaient donc comme lieu de descente de l’arche, la pointe la plus élevée du demi-cercle de mon'tagnes qu’ils voyaient se dérouler autour d’eux, des monts Carduques ou Gordéens, c’est-à-dire Kurdes, aux sommets des monts Zagros, sur le rehord occidental de l’Iran : c’est là qu’il faut chercher le Nisir, cité par les inscriptions cunéiformes. D’ailleurs la Bihle hébraïque, empruntant sans aucun doute des récits assyriens, dit formellement que les passagers de l’arche « descendirent de l’orient » pour aller habiter les plaines de la Mésopotamie'.
De ce point de départ le lieu d’échouement se déplace dans tous les sens, suivant la marche des peuples et la propagation de la légende. Vers l’est les Iraniens désignèrent l’Elvend, divers sommets de l’Albordj ou Elburz, le Demavend comme autant de u montagnes de Noé ». L’Afghanistan, le pays de Bokhara ont aussi leurs « descentes de l’arche », et près du Mérou de l’Himalaya se dresse le Nâubendhanam, l’(( Attache du navire » où Manou Yâivasvata amarra son esquif lors de l’inondation universelle En un mot, toutes les montagnes qui frappèrent assez l’imagination des peuples pour que le mythe en fît la résidence des dieux ou le paradis primitif de l’homme, furent en outre désignées comme les lieux sacrés où l’humanité, purifiée par les eaux, naquit une seconde fois. Dans une autre direction, le Caucase, et, d’une manière toute spéciale, le Masis ou Ararat devinrent aussi des « monts de l’arche » pour les populations des vallées inférieures. Puis, avec la migration des peuples et de tout leur bagage d’histoires et de légendes, la procession des pics sacrés se continua vers l’ouest les massifs les plus rapprochés cachant toujours les reliefs lointains. L’Argée est une de ces « montagnes d’étape » ; de même l’Olympe de Bithynie et celui de la Thessalie. Jusque dans nos Pyrénées, le puy de Brigue, le Canigou sont dits par les bergers roussillonnais porter encore à leur cîttie les anneaux de fer qui retenaient l’arche sacrée.
L’Afrique possède également ses Ararat dans le Hadjar Taous, roc découpé en aiguilles bizarres, qui se dresse près de la rive méi'idionale du Tzâdé, dans les fécondes plaines alluviales qu’a déposées le fleuve ChariL Enfin des Américains du Nord, grands lecteurs de la Bible et
1. Genèse, chap. XI, v. 2. — 2. Obry. Du Berceau de V Espèce humaine-, Fr. Lenormant, U Ararat et VEden- Les Origines de l'Histoire, tome II. — 3. Denham and Clapperton, Wanderings and Discoveries (voir les cartes 83 et 84, pages 499 et 503).