MADELEINE, MICHON
MICHON, entrant par le fond.
Impossible de le repincer!...
MADELEINE
Michon!,.. avance ici, toi!...
MICHON
Pourquoi faire?...
madeleine, lui plantant la lettre sous les yenx.
Qu’est-ce que c’est que ça ?...
michon, à part.
Bigre 1...
MADELEINE
Ah ! ça te dégrise, ça, mon garçon... car tu étais un brin 'arti tout à l’heure... Qu’est-ce que c’est que ça, Nini louchette ?...
MICHON
Mais...
MADELEINE
Veux-tu parler?...
MICHON
Eh bien, c’est une femme.
MADELEINE
Une femme!... ah! il faut que tu sois bien lâche!... (Passant à droito *.) Ainsi, moi, Marie-Madeleine, je suis levée à quatre heures du matin; je vais à la halle acheter ma marchandise, je la détaille aux pratiques; l’hiver je barbote dans la neige, et j’ai un froid que j’en ai les doigts bleus et t le bout du nez rougel... Ça ne fait rien, j’y vas tout de même !... je travaille comme un cheval, pour rapporter quelque chose au ménage. Je me dis : « Mon homme sera content de moi. » Et, le dimanche, il invente des prétextes, il ment, il me plante là, il va à l’Élysée rejoindre une Nini Mouchette; il fait Pallas au bal, elle l’attend derrière la contrebasse; elle le tuteye, il lui paye la consommation et un tas de douceurs et de chatteries!... Tiens, Michon, t’es pas un homme !...
MICHON
Madeleine!... rends-moi c’te lettre!...
MADELEINE
Plus souvent! je la garde!... non, t’es pas un homme !
MICHON, menaçant.
Madeleine, prends garde !...
MADELEINE, se campant devant lni.
Et puis après !... ah ! lu sais bien que j’ai pas peur de toi !
(Silence. Michon la regarde avec impatience, puis remonte et passe à droite.)
MICHON **
Tu travailles?... eh bien!... moi aussi, je travaille... et dur I... je porte des cent kilos !
MADELEINE, avec ironie.
Oui... et même, depuis quelque temps, tu te dandinais, en portant ça !
M1CIION.
Moi, je me dandinais ?...
MADELEINE
Oui... pour te donner un chique... C’est vrai, la mère
‘ Miction, Madeleine.
’’ Madeleine, Michon.