‹ L'homme noirChapitre 2 sur 24 · M AL A G A · texte numérisé non relu

M AL A G A

Voilà... Messieurs...

LADOUCEUR

C'est que j'ai entendu dire qu'il y avait une pièce nouvelle... au théâtre , ici près... ( Lisant, j Eh bien ! il me donne l(;s Petites Affiches... un journal doui je ne peux pas souffrir la couleur...

DUFOUR

Qu'importe?... Comme je vous le disais, mon voisin ; pourquoi changer ainsi d'idée et rompre ce mariage... car enfin , nos enfans s'aimaient...

LADOUCEUR

Oui ; mais votre fils n'est pas un gendre convenable pour

4 L ' H O M M E iS O I R ,

un marchand confiseur qui s'élaijlit el qui a besoin de capitaux.

DUFOUR

Eh Lien ! mou cher Ladouceur... c'est ce qui vous trompe.

Air : Tout U long de la ruyière.

Mon fil» n'a rien ; pourtant je croi Qu'il peut vous être ulile.

LADOUCEUR

En quoi ?

Est-ce en contant fleurette aux femme»?

DUFOUR

C'est bien ! il saura veudxe aux dames. I.ADOUCEUR.

En griffonnant de doux billets ?

DUFOUR

Sans doute... on en fait des cornets.

J^ADOUCEUR.

Kli ! puis des vers... et des fadeurs exquises.

DUFOUR

Ils vous serviront pour faire des devise» , Ils pourront servir pour vos devises.

El puis d'ailleurs , en vendant mon fonds de boutique , j^. fei^ai quclqu'argent.

LADOUCEUR

De l'argent !... de Taf^ent... à Paris , voyez-vous, ce n'est pas avec de l'argent qu'on a de la foilune,.. c'est avec la vo- ^ue... Mais, vous et voire fils, vous n'avez point île connaissances , point de crédit...

DUFOUR

I']h bien ! vous êtes dans l'erreur... D'abonl, je pense comme

li N I G M E. S

vous , qu'on n'oLliont rien qno par los recommandations et les pr()te( lions. ..J'cJi pnssé ma vie à courir après, aussi j'y ai roussi! lù j'ai, (Jaus ce moment, un proteclcur et un protecteur très puissant , avec qui j'ai fait connaissance hier , en prenant un petit verre. ( Appelant Maluga.) Diles-moi , mon ami, vous connaissez ce Monsieur avec qui j'ai parlé hier près du poêle , pendant une demi-heure.

MALAGA

Ah ! ce Monsieur en noir... Ma foi , non... II ne vient dans mon café que depuis de^Jx jours... et voilà au moins une vingtaine de personnes qui le demandent. {D'un air curieux.) Mais, vous qui avez causé avec lui... vous savez qui il est... d'où il vient., et ce qu'il fait...

DUFOUR

Pas précisément... Ce n'est pas qu'à sa conversation... je n'ai reconnu aisément un homme qui... à moins que ce ne fût un... ou peut-être encore... parce qu'on ne peut pas dire précisément... Mais, en tout cas , c'est un homme fort extraordinaire...

LADOCCEIIR.

Ah ! c'est un homme...

DUFOUR

Fort extraordinaire, fort extraordinaire.. .Ce n'est pas parce qu'il m'honore de sa prolecîion... parce qu'entre gens de mérite... on sait s'apprécier... Mais il sait |ont.,. il connaît tout... Je ne sais même point s'il n'est pas un peu sorcier... Enfin hier, je lui [)arlais , comme à tout le monde, de mon commerce de fourreur qui ne va pas , et de mes alfaires qui vont mal... Je citais, parmi mes débiteurs , !\1. le comte de Saint- Edme , un grand seigneur à qui j'avais vendu sur parole une fourrure de ma'the superbe. «Ah ! ah ! ^î. deSt.-rdme (me dit notre homme... notre Monsieur ISoir... ) , je vous conseille de vous faire payer aujourd'hui... car il mourra demain... >» Moi, qui n'aime pas à me presser... j'arrive tout bonnement, ce matin , à l'hôtel de M. le Comte.

MALAGA

Eh bien !...

DU FOUR

Eh bien ! mon ami... voilà qui est admirable ! ma créance était perdue,..

MALACA.

Ccmmcnt , il é:ait...

DUrOUR.

Comme vous dites.... L'Hoinme Noir ne l'a pas manqué...

MALAGA

Il faut donc que ce soit un homme bien terrible... Car, nous avions hier deux élegans , deux jeunes gens du bon ton... qui cri.iient tout haui au milieu du café.

Air : Votre pavillon m'encliante.

Ils parlaient de bals , <le fêtes , Ils parlaient de leurs chevaux ; Ils parlai» nt détours conquêtes Et de leurs exploits nouveaux , Blond' , brune et cœlera ; Et leurs langues indiscrètes Conipromcltaient jusqu'à Des dames de l'Opéra.

Lorsqu'un d'eux se retourne... et dit à son camarade : Ah! mon Dieu... vois-lu ce Monsieur qui nous écoule ? — Qui donc , là... THomme INoir. — Crac... l'un a pris sa cravache, Taulre son chapeau , et tous deux sont di^païus...

DU FOUR

C'est vrai , j'y étais...

DEUX OU TROIS HABITUÉS , s' approchant.

Ah ! vous y étiez...

DUFOUR

Oui , j'y étais , et c'est drôle ; car j'ai causé avec lui , sans qu'd m'en .irrlvât rienl... Au contraire , même... vous saurez que me retirant du commerce... et ayant de la famille... car j'ai deux garçons, dont Ton ne fait rien .. et Taulre est amoureux... ce qui revient positivement au mt'me... je sollicitais pour le moins employé... pour l'amoureux , une place à la caisse de Poissy.

LÂDOUCEUR.

Vous l'avez obtenue ?...

DUFOUn.

Rah ! depuis six mois... je n'ai pas seulement pu rencontrer le chef du bureau , ni avoir ma prcmièie audience... Je

in^en plaignais hier... lorsque rilommo Noir m*a dit: « Pré- » sentez-vous demain à deux heures moins un quart , rue M du Gros-Chcnel , n". 2S , montrez ce papier... » qu'il m'a griffonné sur le poêle. . « et je vous réponds que vous aurez » audience. » Ça n'a pas manqué, et j'ai élé reçu !... par le garçon de buro.iu , il est vrai ! !... Mais j'ai été reçu... il fallait voir comme !... En une minute , j'ai été plus avancé que je ne l'aurais élé en six mois... J'ai appris qu'il n'y avait pas une seule place vacante... et que je perdrais mon temps...

MALAGA

Au fait... c'est toujours ça...

DUFOUR

Je crois bien... Aussi, depuis qu'on m'a refusé , j'ai beaucoup d'espoir... et j'attends ici mon protecteur pour le remercier, et tâcher d'obtenir la continuation des mêmes faveurs...

LADOUCEUR

Parbleu... si vous n'avez pas d'autre appui...

DUFOUR

Oh ! c'est que vous ne connaissez pas quel homme ce peut être...

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