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L'hon. Pierre Garneau [microforme]

Lorsque nous étions attaché à la rédaction du journal Le Nouvelliste, de St-Roch de Québec, nous avions

. commencé l’esquisse dés portraits de

‘ceux de nos compatriotes qui, par - Jeur énergie,leur activité, leur sobriété

déni O mie

et par d’autres vertus sociales, se sont créé, à Québec, une position enviable sous tous les rapports. Deux de ces portraits parurent dans les colonnes du journal que nous venons de nommer : celui de M. Frs, Vézina, vivant alors, et celui de M. Gabriel Valin, aîné, qui est encore de ce monde, Ayant quitté la co-rédaction du Vouvelliste peu de temps après la publication de ce dernier portrait, nous dûmes remettre dans nos cartons ceux que nous n'avions encore qu'ébauchés. De ce nombre, se trouve le portrait de l'hon. Pierre Garneau, dont les débuts, sur la scène de notre pays, furent tout aussi modestes que le sont, généralement, les débuts de nos jeunes commis venant de la campagne\.sans fortune autre que celle que peuvent rapporter l'énergie, l'honnêteté, la sobriété et le désir bien arrêté de parvenir.

. Mais quel est wosre but en faisant ces, biographies ? La citation. que nous faisons de La. asp: en. tête

de cette étude, le dira au lecteur :

“ La meilleure leçon ést celle des exemples.”

Et quelques-uns de nos lecteurs d'aujourd'hui pourraient peut-êtré nous demander, comme on nous le demandait, il y a quelques années, pourquoi nous consacrons tant d'espace, tant de papier ét tant d'entre à notre langue, à notre littératüre, à nos coutumes, à nos compatriotes ét à tout ce qui touche à la nationalité à laquelle nous sommes si fier d’ap:

Dati ue + À cette question, nous pouvons répondre par la seule phrase suivante: ‘“ Parce que nous voulons

être, comme journaliste, ce qu'il a plu

à Dieu que nous fussions.”

Notre but est d'exposer aux régards de la génération appelée à nous remplacer, la vie d'hommes qui sont :

parvenus à se faire un nom et une position par leur persévérance, où par

des études sérieuses, par leur subriété

ue prete cha ue

Ne

Dans cette galerie nationale, nous placerons avec orgueil et amour les portraits de membres utiles de la grande famille canadienne, et nous dirons à la génération qui nous suit :

—Ce sont là vos modèles ; suivezles, et vous mourrez comme eux :

aimés et respectés.

Qui pourrait donc nous blâmer si nous’ consacrons de longues veillées (que nous devrions donner à un repos exigé pa la nature) à écrire la vie

d'hommes exemplaires, pour le seul avantage des jeunes gens qui pourront nous lire ?....….

Nous n'attendons rien de plus de notre travail, et nous nous considèrerons comme étant amplement recompensé, si nous pouvons ouvrir les yeux d'un seul de nos jeunes compa- - triotes sur la nécessité qu'il y a, pour parveñir, de suivre la carrière honnête et \ertueuse de ceux que nous Jeur donnerons comme modèles,

Voilà ce que nous avions à dire

mn: ()—«

Avant de commencer la biographie de l'honorable PIERRE GARNEAU.

La famille d’où est sorti M. Pierre Garneau était une famille patriarcale et par le nombre et par l’honorabilité : on y comptait 13 garçons et 5 filles. Pierre est le neuvième enfant de cette famille, et il naquit le 8 de mai de l’année 1823; de sorte qu'il compte 61 ans révolus depuis le 8 de mai de cette année. La dernière de cette nombreuse famille est Madame Georgiana, mariée à M. Léger Brousseau, éditeur propriétaire du Courrier du Canada. | |

François-Xavier Garneau et Julie Gignac, ses père et mère, ont toujours habité la paroisse du Cap- Santé. L'ancître de cette famille était venu de France vers l’année 1636, vingt-huit ans seule.

ment après la fondation de Québec, et il s'établit à l'Ange-Gardien, à une

distance àssez rapprochée de la rivière Montmorency.

Dans le Dictionnaire* géncalogique de M. l'abbé Tanguay, on ne trouve point de noms de Garneau ; mais seulement Garraud, Garnaut et Garnaux. Nous verrons probablement, dans le second volume de ce travail précieux de M. Tanguay,. à quelle époque les descendants ont changé l'orthographe de ces trois formes du même nom, pour adopter l’épellation actuelle de Garneau. Il est bon de remarquer, cependant, que le grandpère de l'honorable Pierre Garneau signait son nom avec l'orthographe suivante : Garraud.

M. Garneau fut baptisé par M. le curé Gatien, celui-là même qui a écrit l'historique de la paroisse du Cap-Santé, que plusieurs ont pu lire, il y a quelques mois seulement, sur Le Courrier du Canada. Cette. histoire, si. bien racontée, embrasse une période de. 136 ans. Cette. partie des archives, qui for me. un joli vo-

lume, a été copiée par M. Louis-Hector Garneau, frère de M. Pierre Garneau et employé au département des terres de la Couronne, à Québec.

Ce monsieur, enfant lui-même du Cap-Santé, a accompli une belle tâche en faisant publier ces annales écrites avec tant de soin et d'amour par un prêtre dont le nom vivra longtemps au Cap-Santé,

Le parrain de M. Garneau fut M.

P.-Chrysologue Thibaudeau, père de l'honorable Isidore Thibaudeau ; les deux familles étaient voisines l’une de l’autre.

Qui aurait pu prévoir, alors, que le filleul de 1823 et le fils du parrain deviendraient, plus tard, à Québec, les chefs de deux puissantes maisons de commerce, situées à quelques pas, elles aussi, l’une de l’autre : la maison Thibaudeau et la maison Garneau ?

Le premier maître d'école de Pierre

Garneau fut le père de M. lé docteur

de Saint-Georges, député au parlement fédéral. ::

Le jeune Garneau n'avait pas-encore 16 ans lorsqu'il lui fallut quitter la maison paternelle pour aller tenter la fortune à Québec ; c'était le 25 de mars 1830, le jour de l’Annonciation.

Etrange coïncidence : le 8 de mai de l’année 1823 était le jour de l’Ascension, et Pierre Garneau, né ce jour-là, venait, près de 16 ans après, se faire une carrière, dans la ville de Québec, le jour de l’'Annonciation.

Mais que va devenir, dans la vieille capitale, le jeune Garneau, qui n’a d'autre ressource que ses 16 ans et beaucoup d'énergie ? C’est surtout dans ce qui suit que le jeune homme d'aujourd'hui, ayant à cœur de parvenir, dans le concours des luttes de

tous genres, trouvera un bon exemple à imiter.

À son arrivée à Québec, qu'il voy. :. pour la deuxième fois, Pierre Garneau se plaça comme commis chez M. Germain Roberge, marchand, sur la rue St-Jean, en dedans de laporte.

Cet a ancien et respectable citoyen de

D Rs on GS ee 0) CD

Québec,M. Roberge,est mort à Champlain, l’année dernière, Le salaire du jeune Garneau fut, pour la pre-

# mière année, de $20, nourriture com-

prise, ou UNE PIASTRE, SOIXANTE- SIX CENTINS DEUX TIERS par mois, ($1.6624) |

Voilà, très certainement, un début bien modeste. Cependant, le jeune commis ne se décourage point : ila devant lui l'avenir et le désir d’arriver au but qu'il ambitionne. Depuis cette date (1839),cet enfant d'à peine 16 ans, parti d’un échelon aussi bas, ne cesse de monter, monter encore, monter toujours, sans jamais perdre un pouce du terrain acquis.

Et quel est le secret de cette ascension rapide et ininterrompue ? Ce secret se trouve dans l'aptitude comme première condition, puis dans l'énergie, la persévérance et la sobriété ; c'est-à-dire que l’on ne saurait parve.

nir, même avec les plus grands talents, sans les trois dernières qualités nom.

mées et, surtout, sans la sobriété,

Quel est celui, en effet, qui n’a pas vu des ‘hommes doués de tous les dons du génie, pouvant parvenir à une haute position, et tombés, cepen dant, au dernier degré de l'échelle sociale, où ils avaient été forcément entraînés par leur intempérance : ?

M. Garneau fit son année complète chez M. Roberge, puis il fut, durant 1840 et 1841, commis de M. Hippolyte Gaudry, marchand de nouveautés, à la Basse- Ville,

En 1842 et 1843, ou le voit commis de MM. Pelletier et Fréchette, marchands de la Basse-Ville, puis, en 1844, 1845 et 1846, il est commis de M. Pierre Boisseau, celui-là même qui a donné son nom à Boisseauvillé, devenu, plus tard, le grand faubourg connu sous le nom de Saint-Sauveur, ayant, aujourd’ hui, une population de 13,000 âmes,

A partir de cette année, (1846) M, Garneau avait 23 ans accomplis. Ce n'était plus le Jeune campagnard de 7 am. auparavant"; il connaissait,

après ses longués et dures années d'apprentissage, tous les secrets du commerce, et il pouvait déjà entre voir l’époque où il cesserait d’être l’humble employé pour devenir coassocié, puis chef d'une maison qui porterait son nom. Partout où il avait servi, il avait vu s’accroître son salaire avec la satisfaction de ses atrons.

Il n'avait reçu, dans sa paroisse natale, qu'une éducation rudimentaire.

If combla, autant qu'il le put, sans nuire à ses devoirs de commis, cettt lacune par la lecture et par l'étude des langues française et anglaise ; en un mot, il acquit ce que l'on peut ap-

peler une bonne éducation commer-.

ciale. M, Garneau peut, aujourd’ hui et depuis plusieurs années, faire sa correspondance dans les deux langues, et l’on a observé, dans ses discours publics, toutes les marques d'un homme doué d’un jugement solide et d'un grand bon sens pratique, |

. Après ces 7 années d'un. service dur

et péniblé, le jeune Garneau, devenu homme grand et fort, et ayant fait quelques économies, voulut prendre quelques mois de repos, à l'ombre du clocher de sa paroisse natale et sous le toit paternel.

Nous venons de dire : “ Service dur et pénible.”

Ceux-là qui se rappellent ce qu'était la position de commis, dans notre vieux Québec, il y a 40 ans, diront que nous n'avons pas exagéré en nous servant des mots dur et pénible.

L'auteur de ces lignes a goûté à la vie de commis, en 1848, pas bien longtemps, il est vrai, mais assez longtemps pour s'en souvenir encore.

Voici nos états de service, dans le commerce ; le lecteur verra si nous avions des aptitudes pour cette branche d'industrie ou pour le changement de maîtres.

I, Engagement d’un an avec M..

Bouchard, faisant le commerce, alors,

sur. la rue du Pont, Service; un mois, ni plus, ni moins. ai

enu 2. Engagement avec M. Ferd. Carfait rier, rue des Fossés, à quelques pas dre À? de la rue St-Roch. Service: une du semaine et une heure, sous 3. Engagement d'une autreannée avec M. Florent Guay, en face de ice l'église de la Basse-Ville. Service :

deux jours, dont un dimanche, puis u'é- bataille en règle avec le bourgeois.

otre Mais ce n’était pas une petite afont faire que d’être commis, à cette en époque, dans un magasin de détail !

ble. .. Voici comment on opérait généralevie ment, ng- | Un commis [quelquefois deux] était ng- posté sur le trottoir, près de la porte re. du magasin, et, sentinelle attentive, le ou, si vous voulez, chien de garde vi- Jus gilant, il devait quand même aposin- tropher et faire entrer le piéton, mais re surtout le pauvre abritant qui avait le malheur de regarder, seulement d'un | M. œil, ou l'enseigne, ou la vitrine, oule | rs, commis factionnaire, | an À . C'était alors une lutte sérieuse pour

hihoduire l'infortuné Curieux, et, :

quelquefois aussi, le commis recevait pour son exagération de politesses un coup du poing robuste de l'homme des champs.

Les temps sont bien changés depuis, et, aujourd'hui, le commis est devenu un employé que l’on respecte et auquel. on ne demande plus un travail au-dessus de ses forces et de sa patience.

Vers la fin de l’année 1847, M.

Garneau devint un des premiers commis de MM. Cyrice et Laurent Têtu, faisant alors le commerce de nouveautés sur la rue St-Jean, en face de la côte du Palais M. Cyrice Têtu avait été premier commis chez M.

Boisseau conjointement avec M. Garneau,

À cette époque déjà, [1847] le mérite et les aptitudes de M. Garneau étaient connus et appréciés en dehors du cercle où il vivait.

En 1848, à l'âge de 25 ans seulé- . ment, on le voit devenir l'associé de-

M. Louis-Eugène Dorion, faisant le commerce sur la rue St-Jean,

On voit, par ce qui précède, que le jeune Garneau marchaït à grandes enjambées. Commençant sa carrière, dans le monde, aux humbles émoluments de $1.66%4 par mois, il devenait, au bout de 9 ans seulement, l’associé de M, Dorion. Son essor avait été rapide; mais il devait arriver plus haut, pas avant, cependant, d'avoir été retardé considérablement par un accident dont nous allons dire quelques mots,

Huit jours avant d'ouvrir magasin en société avec M. Dorion, c’est-àdire le 20 avril 1848, M. Garneau, passant près d’une vieille bâtisse, sur la rue St-Jean, fut frappé à la tête par une pierre qui s'était détachée subitement d'une fenêtre de cette masure,

M. Gafrnéau portera toute sa vie les marques de cet accident terrible, et l’on s'étonne de woir qu'il n’ait pas été tué du coup, vu que la pierre qui

l'avait frappé, partait d'une hauteur de 15 pieds et pesait plusieurs livres, Les suites de cet accident furent, cependant, assez graves, en ce qu'ils l’empêchèrent de pouvoir s'occuper sérieusement d’affaires durant trois ans, et longtemps même après ces trois années de souffrances et de re- | tardement, M. Garneau fut souvent menacé d’inflammation au cerveau. | Dans automne de 1851, M. Garneau devint un des associés de MM.

| Laurent et Cyrice Têtu, sous la rai- D son sociale de L. et C. Têtu et Cie.

il Il fit le commerce avec ces messieurs l'espace de 9 ans, c’est-à-dire jusqu’en 1 1861.

| Dans l'intervalle écoulé entre 1851 | et 1861, en 1857, M. Garneau, ayant | alors 34 ans, épousa Mile Cécilia

Burroughs, fille de feu Edouard Burroughs, connu très avantageusement à Québec et dans toute la province

comme protonotaire de la cité de | | Québec et comme citoyen de la plus es haute respectabilité, D |

Deux garçons et une fille sont issus de ce mariage : cette dernière est morte à l’âge de 3 mois, fortement regrettée de ses parents.

Des deux fils, l’un, M. Edouard, B, Garneau, est devenu l'associé de son père, en 1882, et l’autre, M. Jean- George, étüdie le génie civil à l’école polytechnique de Montréal.

En 1861, M. Laurent Têtu s'étant retiré des affaires, son frère Cyrice et M. Grarneau formèrent une nouvelle société sous les noms et raison de | TÊTU et GARNEAU. Ils firent le:

commerce en société jusqu'en 1870, époque où M. Cyrice Têtu se retira 1 des affaires,

A cette date [1870], M. Garncau a atteint sa 46ème année, Nous l'avons vu non-seulement comme un habile homme d’affaires, mais comme ayant, en outre, étudié toutes les questions se rattachant au commerce et à a finance, Nous allons, maintenant, le présenter à nos lecteurs comme premier magistrat de la cité

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