SCÈNE
BROGHILL, AMELY.
broghill, courant d Amely. Tu nenta’s pas quitté?... lu veillais sur moi!... Que s'est-il passé?... n'ai-je rien dit?...
amély , froidement . Rien!
broghill. Ah ! je respire !... l’horrible rêve que j’ai fait! La place publique autour de moi un peuple im-
mense... à mes côtés le bourreau... devant moi l’échafaud... Monte ! me crie-t-on...
Je m’avance, je pose le pied sur la fatale échelle... Surprise et abomination !... audessus de ma télé, sur l'estrade sanglante, deux spectres qrii, poussant sous leurs linceuls un long éclat de rire , me tendaient la main comme pour m’appeler à eux.
amély . C’étaient vos deux victimes? l’une condamnée pour vous, et l’autre par vous?..
Mylord, songez à, Ilouglon !... mylord, songez à Willy...
broghill. lloughton.... Willy qui
donc me délivrera de ces deux hommes?
amély. Quelle horreur!
broghill. Amél^r...
amély. Oh ! n espérez pas que je me taise davantage; plus dt fiches concessions. Vous parlez de vos souRrances? et croyez-vous que je n’ai pas souffert, moi, qui, jeune et confiante, avait lié ma destinée à la vôtre, et qui , au lieu de la félicité promise, n’ai recueilli que larmes et désespoir? La voyez-vous, la pauvre femme, se débattant sous le poids d’un secret de mort , passer scs jours en pleurs , ses nuits en prières?., la voyez-vous auprès du berceau de sou fils , osant à peine lui apprendre le nom de son père?
(soghiu. Ce nom, que jusqu’à présent
J’aî soustrait à l’infamie, lui sera transmis sans tache. Malheur! malheur ! à quiconque se trouverait encore sur la route que je me suis tracée !... je 1 écraserais sous ines pieds.
xmbly. Kt si c’élail moi?
dhomiili» Toi !... Cela 11e saurait être...
iMÉLY, avec force. Cela est... Que j’aie été forcée d< laisser tomber ma main dans celle d’on meurtrier, de vivre partout, sans cesse, à toute heure, auprès d un meurtrier ; c’était mou destin de femme, mon devoir d épouse... ; que j'aie connu plus tard le pacte hideux qui a fait d'un innocent un coupable, et que je me sois tue... je le pouvais encore .. l’innocent ne mourait pas... Mais aujourd hui que, joignant au crime la lâcheté, vous sacrifiez bassement un pauvre jeune homme qui n'a que vous pour soutien, aujourd hui que vous dressez un gibet w ma conscience sc révolte et je dis : Mylord, l'injustice ne s’accomplira pas. Non, dusse- je me perdre avec vous et sacrifier l’avenir de mon fils, sur qui vous finiriez par attirer la vengeance du ciel... Adieu.