‹ L'honneur de la maison drame en 5 actesChapitre 42 sur 84 · ACTE lf · texte numérisé non relu

ACTE lf

beauséant, s'asseyant près de lui.

Ab! vous n'y connaissez personne!... Si vous désirez quelques renseignements...

paul, à part.

Edmond ne m’a pas trompé... la langue lui démange...

BEAUSÉANT

Ce monsieur qui passe, là-bas, c’est monsieur de Clagny. Il a épousé sa cuisinière... cette dame en bleu, dans le coin, voyez-vous?... Il la fait passer pour une Anglaise... c’èst une manière de faire excuser les cuirs dont elle assaisonne ses discours.... Elle est Anglaise comme moi... je l’ai connue en service.

PAUL

Ah!...

beauséant, s'asseyant encore plus près de lui.

Cet autre monsieur décoré, auprès de la cheminée, c’est un auteur en renom. Il a donné plus de deux cents ouvrages; il a eu près de cent succès; mais tout cela, vous entendez bien cpie ça n’est pas de lui. Non, non... il a toujours des collaborateurs.

paul, riant.

Ah! oui, je sais... de petits jeunes gens pas plus haut que ça, qui sortent du collège, qui n’ont rien lu, qui n’ont rien vu,..*

BEAUSEANT.

Eh bien! il faut croire qu.e ça leur vient tout seul...

Quoi ! toutes ces jolies pièces, toute cette observation, tous ces caractères qu’on applaudit!... Et lui qui a du talent, de l’expérience, qui .a vieilli dans le métier, il met son nom là-des sus pour que ça réussisse...?

BEAUSÉANT

Oui, et on croit que c’est de lui... mais j’ai connu chose... machin... un de ses collaborateurs, qui m’a dit qu’il ne faisait jamais rien dans les pièces.

PAUL

Ah!...

beauséant, désignant un invité qui entre. — A voix basse.

Celui-ci, c’est monsieur Vernier. Je ne l’aime pas, cet homme-là : c’est un médisant. Figurez-vous un de ces gens insupportables, qui fourrent leur nez dans tout ce qui ne les regarde pas, qui sont toujours à l’affût d’un cancan, d’une aventure scandaleuse, d’une petite infamie ; qui parlent à tort et à travers et qui colportent les bruits qu’ils ont recueillis ou fait naître... curieux, bavards, indiscrets, rien n’est sacré pour eux. Probité, réputation, honneur, ils salissent tout de leur bave immonde, sacrifient tout au plaisir de raconter une petite vérité secrète, souvent même une petite calomnie. Brouiller les uns, perdre les autres, tout cela leur est égal pourvu qu’ils parlent, qu’ils écoutent, qu’ils questionnent, qu’ils apprennent, qu'ils

L’IlONNEUR 1)E LA MAISON.

inventent au besoin, en un mot qu’ils médisent. Ali 1 pouah !... Je ne connais rien d’aussi méprisable qu’un bavard. Et vous?

PAUL

Moi non plus.

beauséant, fui donnant une poignée de mains.

Bravo ! vous êtes mon homme !

paul, à part.

J'aime assez le portrait du peintre...

BEAUSÉANT

Du reste, si vous voulez que je vous présente à monsieur Vernier?...

PAUL

Non, merci... votre conversation me suffira....

BEAUSEANT.

Vous êtes bien bon I

PAUL, passant au milieu.

Puisque vous êtes si bien informé, quel ost ce monsieur qui joue là ?...

BEAUSÉANT

Lequel des deux ?

paul, désignant Dclaroche.

Celui qui a des cheveux noirs...

BEAUSÉANT

C’est un faux toupet.

paul, riant.

Ses cheveux, bien... mais lui?

C’est monsieur Delaroche... L’autre c’est lord Derby... un millionnaire... ( A demi-voix. ) On ne sait pas fa source do sa fortune...

PAUL

Ahl...

BEAUSÉANT

Après ça , il joue beaucoup...

derby, a Delaroche.

.Vous avez gagné.

DELAROCHE

La belle ?

paul, à Beauséant.

Mais il perd, ce monsieur...

BEAUSÉANT

C’est étonnant I Vous savez, la fortune a ses remords.

PAUL

Ah !... (A part.) C’est une vipère que cet homme-là... (Il lui tourne le clos, va s'asseoir sur la causeuse et prend un livre.)

BEAUSÉANT

Ce jeune homme n’a pas la moindre connaissance du monde. (A Delaroche.) Ah ça ! qu’est donc devenu Maubreuil ?

Digilizeâ byGo’ogle

Page 1