‹ L'honneur de la maison drame en 5 actesChapitre 49 sur 84 · ACTE H. 5f · texte numérisé non relu

ACTE H. 5f

ne nous tromperait pas, lui!... (A paît.) Et puis, j’ai sa promesse !

ÉLISE

Ainsi, une querelle de jeu?...

PAUL

Une dispute qui s’est envenimée, voilà tout ; mais, je te le répète, mère, deux mots arrangeront l’affaire. On avouerai de part et d’autre avoir été trop vifs, et tout sera dit : Edmond sien charge.

Bien vrai I

PAUL

Puisqueje te le dis...,

élise, avec douceur.

Non... c’est que tu pourrais croire que je voudrais t’empêcher de te battre, te retenir, te faire des reproches, m’inquiéter... — Rien de tout cela, mon cher enfant... Je sais ce qu'exige votre honneur, à vous autres... Si tu devais être exposé à un danger, je serais forte, va... je ne te dirais rien. ..je te verrais partir bien tranquillement... mais au moins, je resterais là, toute la nuit, à prier le ciel pour toi, et les prières d’une mère... Les soldats ne croient peut-être pas à ces choses-la... Vous traitez ça légèrement, vous, dans vos garnisons!... mais que veux-tu T nous sommes faibles, nous autres femmes... nous y croyons. — Les prières d’une mère, ça porte bonheur quelquefois... Tu vois bien que tu peux tout "me dire...

PAUL

Je t’ai tout dit, maman.

ÉLISE

Tiens I... écoute Paul, écoute aussi, Mathilde. ( A Paul.) Tu n’avais qu’un an lorsque, pauvre petit être!... tu fus pris de convulsions. Tu ne peux te souvenir de cela, mais je m’en souviens bien, moi!... — Les convulsions!... fléau menaçant!... terreur des mères!... — Les médecins avaient épuisé auprès de toi leurs vains efforts... rien n’avait fait. Désespérant do trouver dans leur science un secret qui te sauvât , its t’avaient abandonné, pauvre enfant ! en me recommandant, comme dernier, comme suprême remède, de te frapper, comprends-tu, de te frapper quand je te verrais saisi d’une attaque. Horrible moyen!

* Ils espéraient par là opérer une révulsion salutaire peut-être. Quel courage il m’a fallu pour te battre quand je te voyais souffrir... pour venir augmenter encore ta souffrance, pauvre petit martyr!... mes mains s’y refusaient, apparemment... j’essayais, je ne pouvais pas... et je te voyais mourir, sans que ma cervelle inerte put rien trouver, rien inventer... Ah! que j’étais malheureuse!... tiens... comme tout-à-l'heure... je devenais folle, vois-tu !... Tout-à-coup, dans mon désespoir, je me jette

L’HONNEUR DE LA MAISON

à genoux et je prie. Je n’y pensais pas, avant... C’est que tout entières aux soins de leur ménage, se contentant d’accomplir simplement leurs devoirs, les femmes oublient trop la religion. On ne prie pas assez, mes enfants !...Je priai... je priai avec ferveur... (Elle se lève.) Je suppliais le ciel, si j’étais coupable d’une faute, de me punir autrement. ..

PAUL

Toi, ma mère !

élise, le regardant.

Moil... moil... n’importe... Frappez-moi, disais-je, si je l’ai mérité, mais épargnez ce pauvre petit être innocent... laissezmoi mon enfant... bu bien retirez-le-moi, mais que je ne le voie pas souffrir. Oh ! je priai bien, va, Paul... et en me relevant,

I 'e te trouvai calme, souriant, guéri I... Dieu m’avait entendu, )ieu avait exaucé ma prière.

PAUL

Bonne mère.!...

ÉLISE

Tu vois bien que les prières des mères sont bonnes à quelque chose... tu vois bien qu’il faut, mon enfant, que tu me dises tout ce qu’il en est, pour que je puisse prier pour toi !...

Je t’ai tout dit, ma mère ; je t’ai dit la vérité.

Élise, suppliant.

Eh bien! accorde-moi une grâce. J’ai bien confiance en toi... tu me le dis, je te crois... mais jure-moi que cette querelle n’aura pas de suites... jure-le-moi,. et je te croirai bien, je n’aurai plus d’inquiétudes, plus de chagrin ; jure, Paul, je t’en; prie...

PAUL

Je t’ai dit vrai, ma mcre.

élise, avec douleur.

Mais tu ne me le jures pas !...

paül, à part.

Allons!... (Haut, avec résolution. ) Je te le jure !... élise, avec élan.

Oh ! mon Paul !... que je suis heureuse !... Tu m’es rendu !... moi qui croyais te perdre !... Merci, mon Dieu, merci, vous m’avez bien inspirée. — Tu ne sortiras pas demain , n’est-ce pas'?... Tiens, tu vas rester avec moi... tu dormiras là, n’est-ce pas ? je te regarderai dormir...

PAUL

Maman, tu n’v penses pas... Il faut que je sorte demain matin...

élise, avec crainte.

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