MATHILDE, ÉLISE
élise, le journal à la main.
Demain !... Eh bien ! Mathilde, qu’as-tu donc?
mathilde, sortant de sa rêverie.
Moi, maman, rien du tout... mais c’est toi qui n’es pas gaie comme je te Voudrais...
ÉLISE
Oh ! si, va, je suis heureuse !
MATHILDE
Il y a si longtemps que nous ne l’avons vu !
ÉLISE
Deux ans, presque !
MATHILDE
Oh! que c’est bien à lui d’avoir demandé un congé!... Non... je te dis que tu as quelque chose... je le vois bien...
L’HONNEUR DE LA MAISON
ÉLISE
Encore un tong jour à attendre !
MATHILDE
Dis moi donc ce qui te chagrine, hein, mère?
Ton père n*a pas l’air d’aimer Paul.
Mathilde, à pari.
C’est vrai ! (Haut.) Qui peut te faire penser cela ?
ÉLISE
Te parle-t-il de lui quelquefois, car toi seule as le pouvoir de le tirer de sa sombre mélancolie, de le faire causer, de le rasséréner... Sans toi, ma pauvre enfant, la maison serait bien triste î
MATHILDE
Mais certainement, ma mère; il m’en parle souvent, il l’aimo autant que moi... et tu te trompes tout-à-fait... Comme tu le dis, mon père est grave presque toujours et parle peu, si ce n’est quand ma gaieté parvient à le distraire... mais sa froideur est générale et ne s'adresse pas à Paul plus qu’à nous autres, je t’assure.
ÉLISE
Ce que tu dis là me fait du bien, chère Mathilde 1 Dieu veuille que ce soit là vérité !j
MATHILDE
Mais je dis vrai, c’est bien sûr ! Que pourrait-il reprocher à mon frère? n’ est-ce pas le plus brave, le meilleur sujet qu’on puisse voir? n’est-ce pas le (Ils le plus respectueux, le plus dévoué?... Depuis son enfance, mon père ne l’a pas vu ; c'est une raison bien suftisante pour qu'il l’ait moins présent à l’esprit que nous deux qui sommes toujours là... Mais Paul n'est qu’endormi dans le cœur de mon père... et il s’y réveillera dès qu’ils s’apercevront.
ÉLISE
Ah I que tu me fais de plaisir, Mathilde !... Combien tu me rassures !... Je vais comme tous les jours passer une heure ou deux dans la chambre de mon fils. Là, je m’assieds )f (levant son portrait, et il me semble que c’est lui, que je cause avec lui... que je l’embrasse !... Ah ! tiens, je me crois folle quand je pense que demain, demain, ce vain rèvesera une réalité. Il sera là lui-même, non plus son image, non... lui... lui! (Elle sortpar lagauche.)