MAURICE, ÉLISE, MATHILDE
(Us sont autour du g uéridon , en train de déjeuner.) élise.
C'est une $i bonne femme que la baronne I...
MAURICE
Madame d’Origny?... c’est une folle, pas autre chose.
C’est une folle qui nous aune , Maurice... et les amis sont rares.
] MATIIILDC.
Moi, jo l'adore parce qu’elle est toujours en train de rire... f et je ne suis jamais plus contente que quand lu me permets d aller la voir, ma mère... Avant-hier, je ne suis restée chez 1 elle qu'une demp-heure , mais je m’y suis joliment amusée. D’abord, j'ai trouvé la M. Edmond Roger qu’elle consultait sur sou procès, et, des qu'il m'a vue entrer, il s'est mis à balbutier si drôlement que la conférence s'est terminée pjr des éclats de rire... Alors la baronne a donné carrière à son aversion pour les vêlements noirs... Il faut tout dire, ça ne lui va pas b;en... Mais la voila heureuse; son deuil est fini. Aussi comme on va s’amuser chez elle... à commencer par son bal de ce soir...
MAURICE
Le fait est, pauvro enfant, quo lu dois le distraire là plus que chez nous.
MATHILDE
Oh ! père, peux-tu dire ça I
ÉLISE
Nous ne sommes, ton père ni moi, d’un car ictère bien gai, ot lu n’es pas accoutumée à voir. autour de loi, dos visages trop riants...
MATII1L1C.
Je vois des visages que j'aime et qui mo plaisent tels qu'ils sont... Et puis on a annoncé le colonel do... Allons, bon liai oublié son nom... mais tu le connais peut-être, maman; labaroutio l'appelle mon cousin.
ÉLISE
Un cousin de son mari, sans doute...
MATHILDE
C'est possible I Je Pal vu peu do temps, mais je déclare qu’il a assez bien employé les minutes pour sout?mr vaillamment la réputation de galanterie de l'armée française...
MAURICE
Et comment donc?
MATHILDE
Pur des petits compliments à mon adresse, fort bien tournés, ma foi! qui m'embarrassaieut bien un peu, mais qui me faisaient le plus grand plaisir...
MAURICE
Coquette I
MATHILDE
Ohl pas du tout'... Tu sais bien que non. mon père; mais si ça m «imuseit. c'était R cause de M. Edmond, qui sc démenait comme un gossédé, sans rien dire et d’un otr furieux. Ah! si ses yeux avaient été des pistolets, le pauvre colonel serait bien malade I
MAURICE
Ce cher Edmond I tu le tourmentes toujours... c'est pourtant un brave et digne jeuuo homme.
MATHILDE
Il est charmant... mais trop timide... Je crois qu'il réserve toute son éloquence |K>ur ses plaidoyers...
MAURICE
Moqueuse !... Il n'csl timide qu'auprès do toi , et j'en sais bien la raison...
MATHILDE
Ah! dis-lamoi donc, père?
Oh I lu la sais aussi bien que moi !
MATHILDE
Non, je t'assure...
MAURICE
Tu n’as pas deviné qu'orphelin do bonne heure, et croyant devoir à mon appui une partie des succès qu’il a véritablement obtenus à force d'ardeur et de travail, Edmond Roger, qui n'a pour toute fortune que son talent et sa naissante réputation, hésite a s'avouer à lui-même que la fille richo et enviée de son bienfaiteur est celle qu’il aime...
( Entrent deux valets).
MATHILDE
Mais, père, il m'aime comme il l’aime, comme il aime ma mère, comme il aime toute la famille, à titre d’ami de mou frète.
Maurice, rembruni, au valet gui le sert.
Joseph ! mes journaux ! [Le valet lui donne des journaux el des lettres.)
élise, sc levant.
Crois-tu vraiment, Mathilde, que l'amitié qu’il porto à toute la famille suffise pour le troubler auprès do loi seulement?
MATHILDE
Dame ! maman ; après tout il peut Lieu y avoir encore uulre chose...
ÉLISE
Et tu n’en serais pas fâchée?...
MATHILDE
Non...
ÉLISE
Tu as raison, ma fille... atmo-le... aimc-le autant qu’il le mérite... Tu pourras en rencontrer de plus riches, de plus beaux, de plu» séduisants, mats lu n'en trouveras pas de meilleurs... (Les valets ont desservi. Il n ij a jilus sur ht guéridon que des lettres et des ji-urnaur.) mai mer , gui lirait, froidement.
Je lis ici une nouvelle qui vous intéresse toutes deux... mai ni ldk. surprise.
Nous?
élise, de ni ‘flic.
Qui nous intéresse?... (Eiiwimi.) Ah I..." il s’agit de...
Maurice, très froidement.
De votre Ois, oui. Elise; écoutez ce que dit le Bulletin. (I.i saut.) « Dans la dernière expédition contre les Kabyles... »
ÉLISE
O mon Dieu I j’ai peur...
MAURICE, lisant.
• Le lieutenant Paul de Cbeimcvières... * élise, tremblante.
Blessé... mort, peut-être!...
MAUIUCB.
I Rassurez-vous, madame et écoulez... #
Mathilde, allant s'appuyer sur V épaule de Maurice.
Vile, donc, mon père... que dit-on de Paul?
MAuniCK, lisant.
m Dans la dernière expédition contre les Kabyles, le tieutc- • liant Paul de Chenncvicros s’est glorieusement signalé, et, par « son courage, a mérité et obtenu lu croix do chevalier du la « Légiou-d Honneur. •
matiiilds, te jetant au cou d' Elise.
OU I mu mère! ma mere ! quul bonheur t...
ÉLISE
Décoré I... à vingt ans ! [Elle prend te journal et lit avidement.)
MAURICE, à Jiarl.
Allons I il sait du moins honorer le nom qu’il porte I
MATIHLDF..
Eh bien ! père, tu n’es pas plus éuiu quo ça ? Comment lu no pleures pas de joie?... Ça nu vous fait pas battre le cœur, monsieur, de penser que ce héros, c’est votre fils? [Geste de colère de Maurice. — Mathilde lui met la main sur le a but.) Ah ! si... il bal bien fort... Je savais bien que tu devais être fier de lui !... Cher fiôre! quo je voudrais l'embrasser ! El lui, doit-il être heureux là-bas ! Je suis sûre qu'il no pense qu’a nous, qu’il brûle d'être ici pour mêler sa joie a la nôtre. [Regardant la sus cription d’une lettre.) EU mais! je ne me trompe pas... [Elle en prend une.) Mon pere, regarde...
MAURICE
Quoi donc?
MATHILDE
Est-ce quo tu ne reconnais pas l'écriture de ton fils ?
ÉLISE
Une lettre de Paul ?
mai iiilue, décachetant la lettre.
Oui, mère... il nous donne des détails sans doute... Ces journaux ne disent rien... (Lûrmt.) Non... lui non plus... Ûb ! mais mieux que ça, ma mere... il revient !
ÉLISE, <ïl £C joie.
H revient !...
Maurice, à partt aViC colère.
11 revient !
élise.
Quand cela 7... quand embrasserai-je mon enfant ?
Demain... N'est-ce pas, maman, c’est bien aujourd'hui le 15? LU bien! il dit: « Si je calcule bien, si rien ne me retarde, « j'arriverai en même temps que ma lettre, et le Ifi avril pro- « chain. je vous serrerai tous sur mon cœur. Je dis tous, car «j’espère bien n'étre pas poursuivi celle fois encore par cette « mauvaise étoile qui me fait toujours arriver chez nous quand « mon père en est absent, cl qui depuis quinze ans bientôt m'a « privé du bonheur do l'embrasser. •• Ah ! ça, le fait est, papa, quo vous jouiez de malheur tous les. deux. Mais enfin, c’est demain, c'est demain qu'arrive mon frère I...
* Maurice, à part.
Je partirai ce soir I [Il se lève.)
ÉLISE
Merci, mon Dieu! merci, de me lo ramener sain et sauf!... (Elle prend et lit la lettre.)
maiiiilde, à Maurice, gui prend les autres lettres.
Tu nous quittes déjà ?
MAURICE
Oui, mon enfant... J'ai ces lettres à lire... puis différentes affaires... [L'embrassant tendrement.) Adieu, Mathilde, ma fille, mon enfant, adieu !...
Mathilde, l'enlaçant dans ses bras.
Adieu, mon père... Demain, ce sera ton fils que lu ciubr? ems comme ça 1
L'HONNEtU DE LA MAISON.
mai RICE, brusquement.
Adieu. (// sort par la droite. Mathilde reste pensive.)
sc in iz.
MATfylLDE , ÉLISE.
élise, le journal à la main.
Demain I... Eli bien ! Mathilde, qu’as-lu donc ?
Mathilde, sortant de sa rêverie.
Moi, maman, rien du tout... mais c'est toi qui n’es pas gaie comme je te voudrais...
élise.
Oh 1 si, va, je suis heureuse !
MATHILDE
Il y a si longtemps que nous ne l’avons vu !
ÉLISE
Deux ans, presque I
MATHILDE
Oh 1 que c’est bien à lui d'avoir demande* un congé!... Non... je te dis que tu as quelque chose... je le vois bien...
ÉLISE
Encore un long jour i attendre 1