‹ L'honneur de la maison drame en cinq actesChapitre 40 sur 59 · ELISE, MATHILDE, PAUL · texte numérisé non relu

ELISE, MATHILDE, PAUL

* paul, à Elise.

Te sens-tu mieux, ma mèro?

élise.

Comment serais-io mieux, mon enfant? crois-tu donc mon cœur plus tranquille parce que j’ai quitté lo salon où ton emportement m’a lait perdre connaissance?

PAUL

Je me suis emporté, il est vrai, (S’ammanf.) mais j'en avais le droit !... (Se calmant.) Rassure-toi, au moins... l’affaire est expliquée et n’aura pas de suite... Edmond doit revoir monsieur de Maubrouil dans la matinée.

Mathilde, à part.

Il m'a dit vrai !...

PAUL

Et de tout ce bruit, il restera à peine le souvenir d’une méprise.

ÉLIRE

Ainsi, tu reconnais toi-mêmo avoir été trop prompt?

PAUL

Pourquoi me le reprocher encore, puisquo tout est fini?

ÉLISE

Malheureux enfant I... Pourquoi t’efforcer ainsi do oio tromper?

PAUL

Moi, te tromper?... mais non, ma mère...

élise.

La cause. au moins, la cause de cette querelle?...

Presque rien... un coup douteux à la bouillotte... quelques paroles, échappées à l’ardeur du jeu, ont blessé tua susceptibilité... j’ai répliqué avec colère, et alors...

Co n'est pas vrai.

ÉLISE

PAUL

Si, ma mère...

Je ne puis te croire...

ÉLISE

MATHILDE

Et moi, je lo crois, maman, parce que ses paroles s’accordent avec celles de monsieur Edmond, la, tout-à-l'heure... — U ne nous tromperait pas, luil... (A part.) Et puis, j’ai sa promesse I

ÉLISE

Ainsi, une querelle de jeu?...

PAUL

Une dispute qui s’est enveniméo, voilà tout ; mais, je te le répète, mère, deux mots arrangeront l'affaire. On avouera, do part cl d'autre avoir été trop vifs, et tout sera dit : Edmond s’on charge.

Bien vrai I

PAUL

Puisque je te le dis...

élise, avec douceur.

Non... c’est que tu pourrais croire que jo vondrais t’empêcher do te battre, le retenir, te faire des reproches, m’inquiéter... — Rien de tout cela, mon cher enfant... Jo sais co qu'exige votre honneur, à vous autres... Si tu devais être exposé à un danger, jo serais forte, va... je ne te dirais rien... jo to verrais partir bien tranquillement... mais au moins, je resterais là, toute la nuit, à prier le ciel pour toi, et les prières d’uno mère... Les soldais no croient peut-être pas a cos cboscs-la... Vous traitez ça légèrement, vous, dans vas garnisons!... mais quo veux-tu? nous sommes faibles, nous autres femmes... nous y croyons. — Les prières d’uno mère, ça porte bonheur quelquefois... Tu vois bien que lu peux tout me dire... •

PAUL

Je t’ai tout dit, maman.

élise.

Tiens!... écoule Paul, écoule aussi, Mathilde. (A Paul.) Tu n’avais qu’un an lorsque, pauvre petit être !... tu fus pris de convulsions. Tu ne peux te souvenir de cela, mais je m’en souviens bien, moi!... — Les convulsions!... fléau menaçant!... terreur des mères !... — Les médecins avaient épuisé "auprès do toi leurs vains efforts... rien n’avait fait. Désespérant de trouver dans leur science un secret qui te sauvât , ils l’avaient abandonné, pauvre enfant ! en me recommandant, comme dernier, comme suprômo remède, de te frapper, comprends-tu, do te frapper quand jo te verraissaisi d’une aitaque. Horrible moyen! Ils espéraient par là opérer uno révulsion salutaire peut-être. Quel courage il m’a fallu pour to battre quand jo le voyais souffrir... pour venir augmenter encore ta souffrance, pauvre petit martyr!... mes mains s’y refusaient, apparemment... j’essayais, jo ne pouvais pas... et je to voyais mourir, sans que ma cervelle inerte put rien trouver, rien inventer... Ah J que j'étais malheureuse I... tiens... comme lout-à-lhoure... je devenais folle, vois-tu 1... Tout-à-coup, dans mon désespoir, jo me jetto à genoux et jo prie. Je n’y pensais pas, avant... C'est que tout entières aux soins de leur ménage, se contentant d’accomplir simplement leurs devoirs, les femmes oublient trop la religion. On ne prie pas assez, mes enfants !...Jo priai... je priai avec ferveur... ( Elle se leve.) Je suppliais le ciel, si j’étais coupable d'une faute, de me punir autrement...

PAUL

Toi, ma more I

ÉLISE, le regardant.

Moi !... moi I... n’importe... Frappez-moi, disais-je, ** j fi l’ a » mérité, mais épargnez ce pauvre petit être innocent... Imsmzmoi mon enfant... ou bien retirez-le-moi, mais que je ne le voie pas souffrir. Oh 1 je priai bien, va, Paul... et en me relevant,

t o to trouvai calme, souriant, guéri!... Dieu m’avait entendu, )ieu avait exaucé ma prière.

PAUL

Bonne mère !...

élise.

Tu vois bien que les prières des mères sont bonnes à quelque chose... tu vois bien qu’il faut, mon enfant, que tu me disos tout co qu'il en est, pour que je puisse puer pour loi!... PAUL.

Je t’ai tout dit, ma mère ; jo t’ai dit la vérité.

élise, suppliant.

Eh bion I accorde-moi une grâce. J'ai bien confianco en toi... tu me ie dis, je to crois... mais jure-moi que celte querelle n’aura pas de suites... jure-le-mm, cl je : te croirai bien, je n'aurai plus d’inquiétudes, plus do chagrin ; jure, Paul, jo t'en prie...

faul.

Je t'ai dit vrai, ma mère.

élise, auec douleur.

Mais tu ne mo lo jures pas I...

paul, à part.

Allons I... (Haut, avec résolution. ) Je te lo jure !...

[/HONNEUR UE LA MAISON

LLtSE, avec élan.

OU ! mon Paul !.. quo je sui--. heureuse F... Tn m’es rendu !... i.:oi qui croyais te perdre!... Merci, mon Dieu, merci, vous in’avez bien inspirée, — Tune sortiras pas demain, n’est-ce pas?... Tiens, tu vas rester avec moi... tu dormiras là, n’esl-ce pas ? je te regarderai dormir...

PAUL

Maman, lu n’y penses pas... Il faut que je sorte demain malin...

élise, ouec crainte.

Ob! ..

Il faut que je voio monsieur de Maubrcuil...

ÉLISE

Mais, Mathilde, lu me disais qu’Edmond...

MATHILDE

Oui, ma mère, oui...

PAUL

Edmond le verra avant moi, expliquera l’affaire, l'atténuerai proposera la réconciliation... mais il faut bien que je voie monsieur de Maubreuil, pour lui faire mes excuses, pour recevoir les siennes...

. élise, avec anxiété et résignation.

C’est juste. Tu vois que je comprends bien tout... que je suis raisonnable...

PAUL

Il faut aussi que je te quitte... Vois-tu, ici, je ne dormirai? pas bien, je te sentirais là, je voudrais causer avec toi... et pourtant, j’ai besoin de repos... laisse-moi monter dans ma chambre, hein ma mère?...

ÉLISE

Tu le veux?...- Eh bien! bonsoir, Paul...

PAUL

Bonsoir, mère... bonsoir, Mathilde. (Il embrasse sa sœur, puis sa mère. )

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