MAUBREUIL , PAUL, EDMOND
Eh bien ! nous sommes seuls...
maubreuil, à part.
A moi tout mon courage.
PAUL
Qn’avez-vous à me dire?
m MAUBREUIL.
Monsieur, jo vais vous tenir un langage qui vous surprendra bien... Croyez, en l’entendant, qu’une dure loi me force d’agir ainsi... et de me conduire envers vous... connue je ne aie conduirais envers personne, je vous le jure.
PAUL
Que signifie, colonel?
MAUBREUIL
Celte rétractation que vous exigiez... un peu brutalement, convenez-en... celle rétractation que je refusais n vos violences... après avoir mieux réfléchi, je vous la fai» ici do mon plein gré. Je vous demande pardon, monsieur, d’avoir laissé ellleurer on mon nom la réputation sans tâche de madame de Chenncvières... La colère m’a guidé, tantôt, dans ce bal, devant ce monde... je n’ai écoute que mon orgueil... j’ai eu tort, je le regrette... et je vous prie de vouloir bien accepter mes excuses.
Edmond, à part.
Qu'entends-je la 1...
PAUL
A la bonne heure, colonel... mais je ne comprends pas pourquoi vous avez voulu que nous fussions seuls. Ces excuses ne sont qu’honorables pour vous... et tout le monde pouvait les entendre, il me semble... Je les reçois comme l’acte un peu tardif d’un galant homme. Hélas I... que n'avez-vous commencé par là I nous n’en serions pas où nous voilà! maintenant, quand vous voudrez que nous partions...
MAUBREUIL
Partir I... pourquoi donc?
PAUL
Eli ! parbleu ! pour nous battre.
maubreuil.
Nous battre I... mais ne viens-je pas de vous fairo mes excuses ?
PAUL, stupéfait.
Ah I ça... j'ai mal compris sans doute!... auriez-vous oublié déjà l'outrage que je vous ai fait? (Geste de Maubreuil.) Cet outrage, je vous le jurm j’en ai tous les regrets possibles... je donnerais tout au monde pour que le» paroles que vous venez de me dire l'eussent prévenu... mais enfin, le mai c»l fait... il est irréparable... Marchons donc I
MAUBREUIL, apres un mouvement.
Non, monsieur, je ne me battrai pas.
Est-ce possible 1
MAUBREUIL
Vous penserez de moi ce que vous voudrez : vous pourrez dire que lo colonel de Maubreuil est un homme sans courage et sans honneur... mais ce combat nu peut avoir lieu... Jo no me battrai pas avec vous.
PAUL
Je demeure stupéfait... je ne comprends rien à ce que j’entends... Quoi I... vous aurez reçu une insulte sans y répondre!...
UACBRF.U1L, avec effort.
Oui... et maintenant, allez publier que je suis un lâche!... (Avec éclat.) Oh I mais non... vous ne direz pas cela, car vous savez bien quo vous mentiriez, n est-ce pas? car vous ne le penseriez point!...
PAUL
Que voulez-vous donc que je pense ? Votre conduite me confond... j'en rougis pour vous...
MAUBREUIL
Eh bien, moi j’ensuis lier, car je remporte sur moi-méme une victoire dont je ne me croyais pas capable... Pensez-vous que le courage consiste seulement a exposer sa vie? mais celu, je lai fait mille fois... Non, monsieur, pour moi, le courage no Serait pas là... il est à entendre patiemment vos paroles, a voir sur votre visage ce sourire de dédain, à endurer sans une plainte, 6ans un murmure, lo supplice qui me torture en ce moment.
PAUL
Montrez donc ce courage à votre aise, colonel... Viens, Edmond, celte conclusion nest pas celle que j’attendais, f/l remanie.) v
MAUBREUIL
,, Arrêtez... Avant do vous quitter, pour toujours sans douta, j aurais besoin... je voudrais vous demander une grâce.
PAUL
Une grâce f
maubreuil, aivc émotion.
Oui... je voudrais, avant dencos séparer... presser votre main dan» la mienne... Dites : rno r jfuâMrez-vous ce que je vous demande?
Paul, froidement.
Monsieur, de nos jours une poigrnc do ina ins s'accorde légèrement ; on est prodigue do ce témoignage comme du nom d’ami qui ne signifie plus rien et que l’on prostitue à tout lu monde... Quanta moi, à tort ou a raison, je suis un peu puritain, je vous ravouç. .. je respecte le nom d’ami et je m’en sers rarement... C’est ridicule, je veux bien ; mais ce ridicule est le mien, et ma main loyale, puro encore de toute souillure, n’a jamais touché que celles des gens qui m’inspirent de l'estime.
maubreuil, frisfcnimf.
Ah ! jeune homme !... vous qui parliez de courage! vous ne serez point brave en m'insultant encore, car je vous pardonne d’avance, et vous n’obtiendrez pas que je vous réponde I EDMOND, qui a observé toute celte scène , s’approchant lentement de Paul et lui prenant la main.
Paul, il y a ici une chose qui m’échappe comme à* toi... La conduite du colonel a un motif que nous ignorons... Si cette conduite est inexplicable, pourquoi chercher à l’expliquer? Ne crains-tu donc pas que ton jug- ment soit trop sévère?... (It niella main de Paul dans celle de- il/auôreui/.)
MAUBREUIL, à Edmond.
Merci, monsieur, merci!... (.4 part , contemplant Paul.) Mon fils I... c’est mon enfant I...
paul, surpris, sans dureté.
Qu'avez-vous dune ?...
maubreuil sc contenant.
Rien... ce n’est rien... (A part.) Ah ! que je souffre, mon Oieu I Ne pouvoir lui dire : Je suis ton père!... no pouvoir faire passer dans son cœur un peu de celle tendresse qui déborde du mien !...
PAUL
Parlez, colonel... cette émotion...
MAunRF.DiL, tâchant sa main. v
Rien, vous dis-je ! (.4 part.) Oh 1 qu’il parte, car mon secret m’échapperait... il m’étoufle !... (ffau(.) Laissez-moi... Adieu... je n’ai plus rien à vous dire...
PAUL, à Edmond en se retirant.
Ce.-t étrange I... A quel bomme ai-je donc affaire?...