A M, A.-N, MORIN
Tu viens de la riche Angleterre,
Eh bien! frère, le ciel là-bas
Est-il descendu sur la terre ?
Ou bien l’homme y dit-il : hélas !.…
En approchant le grand fantôme
Au lointain prestige emprunté,
Comment s'efface chaque atome
Du mirage de liberté ? ï
Fantôme accoudé sur sa banque,
Son bras domine l'Océan,
Mais ce long cri : le pâin nous manque !
Est-il le bruit sourd d’un volcan ? , Non, ce grand peuple qui mendie, L'espoir même l’a déserté,
Non, son âme s’est engourdie
Tandis qu'il criait : Liberté |
Le fier dominateur des ondes
: Penche t-il un front sourcilleux
Vers les nations moribondes Qu'écrase son sceptre orgueilleux ?
Eh ! croit-il qu’un peuple succombe, Quand, noble, il jure avec fierté D'entrer dans la nuit.de la tombe, Ou de ravir sa liberté ?
Mais Erin, Erin qui soupire,
Et qui gémit tant dans ses fers,
Erin contre qui tout conspire,
Et qui a plus que des hivers :
Le pauvre Erin, il n'a point d'armes Pour servir®son bras irrité. … Ji n’a plus, hélas ! que ses larmes Et son cœur pour la liberté.
Toi, dont l’âme est libre et si tendre, Combien il devait se serrer
‘Fon cœur, quand tu pouvais entendre Presque Erin gémir et pleurer !
Quand tu voyais la main meurtrie
De ce grand corps ensanglanté, Chercher encor pour la patrie,
Son Dieu, ses droits, sa liberté !
Oh ! comme ton cœur devait battre, Quand tu vis le vaste atelier Que les siècles devront abattre, Mais qui semble les défier |
La, là, se forgent tant de chaînes ; Là, se perd tant de vérité ;
Là tombent tant d'espoir, de haines, Et tant de cris de liberté !
Quand ta main soulevant le Voile, Dénouait le nœud gordien,
Nous, nous fixâmes notre étoile, L’astre du peuple Canadien :
Et l’ange à figure connue,
Par deux grands aigles : pporté, Planait au-dessus de Ja nue Pour nous montrer la liberté.