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Tout est officiel : la France est couverte d’huissiers. 11 y a huissier « huissier; il y a les huissiers à papier timbré, ceux qui, la semaine passée^
fêtaient paîment l’approohe fructuenso du petit terme, par un bal de leur cnr-; poration : et personne n’est allé ficher le feu à la salle de bal... et l’on n’apa*j songé qu’en sortant de là, mis en belle humeur par le champagne et les contredanses, tous ces huissiers et ces femmes d’huissiers allaient faire des tas de petits huissiers...
Mais il y a, non moins redoutables, les huissiers à chaîne d’argent : huis- ^ siers de la Présidence, huissiers des Ministères, du Ministre, du chef de cabinet du Ministre, des directeurs, du chef du bureau, du sous-chef, des secrétaires , des sous-secrétaires, du sous-chef du bureau du directeur du Ministre', huissiers de la Chambre, huissiers du Sénat, huissiers du Conseil Municipal] huissiers de la Manque, huissiers du P > lais de Justice, huissiers du Préfet, huissiers du Sous-Préfet, huissiers du Conseil de Préfecture, huissiers du Cabinet, — huissiers des cabinets... 1
Autant de postes officiels, autant de portes, autant d’huissiers : etl c’est nous qui les payons, bien entendu, pour qu’ils se chauffent le» fesses, pour qu’ils nous engueulent, et qu’ils nous flanquent dan? l’escalier: impôt des portes et fenêtres, impôt des portes et huissiers.
Huissiers les biens nommés : à force de graisser la patte des un?, nous tomberons sous la griffe des autres.
Dans les églises, on les appelle des suisses : mais ce sont encore dos huissiers. '
Il y a un clergé officiel.
Il y a fa littérature, la peinture, l’architecture, l'éloquence : il y » aussi une littérature officielle, une peinture officielle, une architecture officielle, une éloquence officielle; on ne sait pas au juste ce que c’est, oa sait seulement que ça doit être autre chose.
Il y a un art officiel.
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Quand vous avez froid, ne dites pas ■< il gèle », ou « on étouffe » quand vous avez chaud : II y aune température officielle; vous n’avez le droit d’avoir froid, que lorsqu’on met dos bouillottes dans les compartiments de chemins de fer; tant qu’on n'a pas éteint le calorifère dans les salles de pas-perdus, vous n’avez pas le droit d'avoir chaud.
La date du printemps est officielle : avant le 21 mars, on couperait les bourgeons qui feraient mine d’éclater, et si l’on voyait voler une hirondelle, on l’abattrait d’un coup de fusil.
Le lis a été une fleur officielle; violettes, bluets, coquelicots, fleurs emblématiques, fleurs officielles.
Il y a des oiseaux officiels : l'aigle, le coq; le pigeon-voyageur est presque un fonctionnaire.
A un certain nombre de kilos, quand un animal est- yras, il devient officiel : c’est ainsi qu’il y a des veaux officiels, comme, d’ailleurs, on s’en était toujours douté.
Les chevaux du Concours hippique sont également officiels : car qui dit concours, dit officiel.
Et à ce propos, quand on a vu les portes du Grand Palais, à peine fermées sur le Concours Agricole, se rouvrir aussitôt pour le Concours hippique, on a pu espérer quelque génisse attardée, qui viendrait brusquement se mêler à un military ; mais les génisses ont beau habiter la campagne, elles savent qu’au Concours hippique, elles auraient trop de concurrence.