L'honorable M.E.G.A. Chartier de Lotbinière
Michel Eustachc Gaspard Alain Chartier de Lotbinière naquit à Québec h 31 août 1748, du mariage de Michel Chartier de Lotbinière^ marquis, Chevalier de POrdre Royal et Militaire de St-Louls, seigneur de Lotbinière, Vau dreuil^ Rigaud,Cavagnal, Chatigan, Hocquart, Aîîalnvüle, Rigaud-Vaudreuil dans la Beauce, et co-seigneur de Léry et d^Eschaiî- Ions, capitaine d^infanterie. Ingénieur en chef, Membre de FAcadémie de France, et de Dame Louise Magdeleine Chaussegros de Léry. II fut baptisé le lendemain, ayant pour parrain Gaspard Chaussegros de Léry, Chevalier de FOrdre Militaire de St-Louis, alors ingénieur-en-chef du Roi au Canada, seigneur etc. De son père il obtient les seigneuries de Lotbinière, Rigaud-Vaudreuil, dans le comté de Beauce, Vaudreuil, et Rigaud, dans le district de Montréal. II fit ses premières armes en Canada, comme cadet dans la 2ème compagnie d^artillerie. Capitaine Azemard de Lusignan.
Après le traité de 1763, devenu sujet britannique, il servit son pays et son roi avec loyauté, désintéressement et distinction.
Lors de rinvasion américaine, M. de Lotbinière, promu capitaine par Sir Guy Carleton, était occupé au défrichement de ses vastes domaines à Vaudreuil, lorsqu'il reçut les ordres suivants :
**PaT son Excellence Guy Carleton ^^Capitaine Général et Gouverneur en ^^Chef de la Province, Vice Amiral ^M^icelîe, Maréchal des Camps et ^^Armées de sa Majesté Commandant ‘^le Département Septentrional etc*, etc*
Paroisses de Soulanges Vaudreuil Isic Perrot
'^Monsieur de Lotbinière Porteur de ^^la Présente visitera les Paroisses ^Ménommés à la Marge, y fera la ^^Revue des Milices, recevoir les Offi- ^^ciers qui ont des Commissions et con- ^^sultera avec les Seigneurs, si ils se ^^trouvent sur les Lieux, et les Curés, ^^pour remplir les emplois vacans dans ^'les Milices, et faire dresser les Etats, ^Mont il nous fera son Rapport — ^^Ordonne“à chacune des compagnies ^Mans les dites Paroisses de tenir dix ^^hommes prêts à marcher à la Défense ^^de St“Jean, au premier commande- ^^ment qu^on leur en fera de notre ^Tart, et signeront les Capitaines, à
^‘qui le présent ordre est signifié^ sur ^^rautre côté de cette Feuille*
Fait et Donné à Montréal,
ce 22 de Juin 1775 Guy Carleton/^
Le 29e jour du même mois, un autre ordre de ^Visiter les paroisses de Vaudreuil et Quinchien avec ^^ordres aux compagnies des dites Paroisses de tenir *^dix hommes par compagnie prêts à marcher à la ^Méfense de St-Jean, ou à tel autre lieu dans les limi- ^^tes, qu^on leur indiquera, etc*'^
Le district de Montréal étant le plus menacé, fut le premier à opposer Finvasion des colons anglais révoltés* En septembre le Lieutenant Colonel de Belestre, le Major de Longueuil, les capitaines de Boucherville, de la Valtrie, de St-Ours, de Rouville, d^EschambauIt et de Lotbinière, chacun de ces derniers à la tête de dix hommes par compagnie des milices dans leurs paroisses, en tout environ cent vingt miliciens, tous Canadiens, se précipitèrent sur St-Jean, dont Arnold s^était emparé le J 7 mai précédent*
II n^entre pas dans le cadre de cet article de détailler les péripéties de ce siège, ni d^étaler les souffrances et les angoisses de nos braves défenseurs. Après quarante cinq jours d^une résistance héroique, la garnison dût capituler, le 3 novembre, aux envahisseurs beaucoup plus forts en nombre*
Prisonnier S de guerre^ le capitaine de Lotbinièrc et ses compagnons furent envoyés d^abord à Albany, puis îe 3 Janvier suivant^ à Bristol^ dans le New Jersey. Pendant sa captivité de vingt deux mois, ses manières affables et la droiture de son caractère lui valurent chez ses vainqueurs des amitiés qui survécurent ces temps troubles et se prolongèrent le cours de sa vie. A /\îbany, nos officiers^ quoique prisonniers sur parole^ reçurent des marques d^estimc du Général Schuyler et de la haute société de cette ville, qui était Famé dirigeante du projet insensé de conquérir le Canada. Le congrès alloua au Capitaine de Lotbinière une pension de deux dollars par semaine à dater du 2 Novembre 1775, Dans une lettre écrite à NeW"York, le 28 février 1777, à neuf heures du matin, le Gouverneur T ryon présente ses compliments et invite le Capitaine de Lotbinière à une entrevue dans une demi-heure. Parmi les personnages de marque qu^il rencontra pendant sa captivité, nous devons mentionner W illiam Bingham, réputé à cette époque Fliomme le plus riche de ce pays, et Fun des signataires de la déclaration d^indépendance. Associé à Thomas Wiliings, il faisait à Philadelphie le commerce de banque, et sa probité reconnue comme sa haute position dans le monde financier lui valurent une influence dominante dans les conseils de sa nation. On lui confia d^im portantes missions aux Antilles et ailleurs, tel que Fatteste sa correspondance avec le comité secret de la révolution. Il mourut sénateur. Un demi siècle plus tard, Marie-Charlotte,
fille cadette du Colonel de Lotbinière^ de son mariage avec Charlotte Mttnro de Foulis, épousait William Bingham^ fils du sénateur^ et beau-frère de Lord Ashburton, de la famille des Baring^ et qui fut plénipotentiaire d^\ngleterre au traité de I842*
M* Bingham décéda à Paris, le 25 septembre J 835, et son épouse mourut à Londres, 1866*
En juillet, J 788, le nom du capitaine de Lotbinicre fut placé par Lord Dorchester sur la liste des officiers qui méritèrent d^être récompensés pour leurs services, et on lui désignait sept cents acres de terre à prendre dans la paroisse de F Assomption* Nous ne savons ce qui advint de ce projet du gouverneur, mais M* de Lotbinière n^obtint jamais la récompense promise*
Le 12 mai 1794, Lord Dorchester lui décerna le grade de lieutenant colonel des Milices disk Bkard, Isle Jésus, Blainville, Rivière du Chêne, Lac des deux Montagnes, Argenteuil, Soulangcs, Nouvelle Longueuil, Vaudreuil et Quinchien, et en J 803, celui de Colonel des Milices de FEtat Major de VaudreuiL(l) Patriote zélé et éclairé, il fut toujours prêt à revendiquer les droits des siens, et rendit un témoignage dans ce sens à la barre de la Chambre des Communes en Angleterre, lors du débat sur Facte de 1774* Elu à Fassemblée, à J 793, il fut choisi à Funanimité orateur en succession à monsieur Panet* L^histoire a enregistré son attitude énergique pour le maintien de la langue française, ainsi que celle de MM* Papineau, Bedard, De Bonne et de Rochebrave, quand le parti anglais fit de nouveaux efforts pour en abolir Fusage
(J) Cette dernière commission fut signée par le Lieutenant Gouverneur Milnes et non par Dorchester,
dans rassemblée législative* plus grand nombre de nos électeurs se trouvant dans une situation ** particulière, dit-il, nous sommes obligés de nous ** écarter des règles ordinaires et de réclamer Tusage ** d'une langue qui n'est pas celle de l'empire* Mais, aussi équitables envers les autres que nous espérons ** qu'on le sera envers nous, nous ne voulons pas que ** notre langue exclue celle des autres sujets de sa ** Majesté* Nous demandons que l'une et l'autre ** soient permises ; que nos procès verbaux soient ** écrits dans les deux langues"*
Appellé au Conseil Législatif en 1796, il continua toujours son dévouement aux intérêts de ses compatriotes avec une énergie et une dignité qui n'affectèrent aucunement la cordialité de ses relations avec les gouverneurs du temps, surtout avec Sir George Prévost qui l’honora d'une amitié franche*
En 1812, M* de Lotbinière et ses fidèles milices de Vaudreuil et Quinchien, accoururent à l'appel de la patrie, élevèrent des redoutes sur la Grande Isie, vis-àvis Beauharnois, et étaient prêts à toute évantualité lors du combat de Chateauguay.
Partageant les dernières années de sa vie entre sa résidence rue Saint Sacrement ici, et ses domaines à Vaudreuil, il se faisait le plus scrupuleux devoir à remplir avec ponctualité et impartialité les humbles fonctions de juge de paix, et il n’y a aucun doute que sa droiture, son amour de la justice et de la tranquillité au foyer de ses censitaires, le guidèrent souvent dans la décision de litiges qui, quoique de minime impor-
tance en eux-mêmes, fussent probablement devenus des sources de division et de haine chez ses bons concitoyens de VaudreuiL
II mourut en 1821, en sa résidence ici et fut inhumé dans la chapelle seigneuriale de St-Louis, en Téglise de Vaudreuil, à côté de ses ancêtres* ^^Telle était la ^'considération dont il jouissait dans le pays, dit l’Abbé "Daniel, tant à cause des services réels qu^il avait "rendus dans ces temps orageux, que des vertus dont "il n^avait cessé de donner Fexemple, que le Supé- "rieur du Séminaire de St-Sulpice, Monsieur Roux, "ne craignit pas de faire publiquement son éloge*^^
M* de Lotbinière avait épousé, premièrement, le 14 décembre 1 770, aux Trois-Rivières, demoiselle Marie Josephte Godefroy de Tonnancour, morte sans postérité, le 28 juillet 1799 ; et, en second lieu, demoiselle Charlotte Munro de Foulis susdite, fille de Fhon* John Munro, un des United Empire Loyaiists^ qui devint shériff deLuneburgen 1792, fut appelé au premier conseil législatif d^Ontario, et reçut le Duke de Kent en son manoir de Mathilda, Ontario, la même année* De cette union naquirent — lo* — Louis Josephte Chartier de Lotbinière, dite la Marquise* seigneuresse de Vaudreuil et Cavagnal, baptisée le 21 août i805, et qui eût pour parrain FHon* Joseph Dominique Emmanuel Le Moyne, Chevalier de Longueuil, seigneur de Soulanges et la Nouvelle Longueuil, et pour marraine Dame Louise Madeleine Chaussegros de Léry, marquise de Lotbinière, son aieùle* En J 823, elle épousa FHon* Robert Unwin Harwood, et mou-
rut à Vaudrcuiî, en 1869; 2o. — Madame Bingham susdite, qui eût en partage la seigneurie de Rigaud ; 3o. — Marie, née à Vaudreuil en 1806, filleule de Testard de Montigny, morte en 1807; 4o* — Angélique, jumelle de la précédente, filleule de M* G* L, Couillard fils, seigneur, et de Dame Angélique Chaussegros de Léry, épouse de Jean Baptiste Couillard, seigneur de St-Thomas, aussi morte jeune ; 5o* — George, né à Montréal le 20 avril J8ï2, filleule de George Selby, écuier, médecin, et de Madame la Baronesse de Longueuil, décédé le 18 juin 1812 6o* — Julie Christine, seigneuresse de Lotbinière, née le 15 juillet 1810, filleule de l’Hon. Saveuse de Beau jeu, seigneur de Soulanges, etc. et de Dame Charlotte Boucher de Boucherville, épouse de R. L. Chaussegros de Léry, Grand Voyer, etc. — En 1830 elle épousa Monsieur Gustave Joly, père de Sir Henri Joly de Lotbinière.