BUREAU DES HOPITAUX ET PRISONS
Déparle^nent de Paris (1).
Du 17 thermidor, l’an 11“ de la république française, une et indivisible.
« Vu par le département le procès-verbal dressé par les citoyens Administrateurs, ses commissaires à l’hospice Beaujon, de concert avec les commissaires nommés par la section de la république, et en leur présence, le 23 g-erminal et le 3 floréal dernier. Vu pareillement le rapport et compterendu par les deux commissaires du département, etc.
« Attendu enfin la .retraite de ses fonctionnaires utiles nécessitée par la loi qui exclue les cy-devant Religieux et Religieuses, etc...
«Le département arrête que les fonctions d’Administrateurs confiées ci-devant, et selon l’acte de fondation, aux citoyens Curés de la paroisse du Roule, et aux Lamoignon de siècle en siècle, le seront désormais par (sic) les citoyens que le département aura nommés conformément à l’art. 2 de la section 3 de la loi du 22 décembre 1789.
« Qu’en exécution de l’art. 3 du titre I" de la loi du 18 août 1792 il sera pourvu au remplacement des institu-
(l) Pièce inédite non communiquée. Conservée aux Archives nationales, F 269, porte le cachet du Comité de salut public.
trices cy-devant altacliées à la congrégation des Sœurs dites de la Charité, etc...
« Et attendu la retraite motivée du citoyen cy-devant curé de la paroisse du Roule, l’extinction des familles Lamoignon, et la nécessité urgente de pourvoir, selon la loi, au remplacement de ses Administrateurs :
« Le département nomme, pour administrer provisoirement l’hospice Baujon, le citoyen Loyer, cy-devant administrateur, membre du déparlement de Paris, et dont la commission a eu lieu de connaître le patriotisme et les vertus.
« Nomme pareillement pour administrer provisoirement aux mêmes titre et fonctions que le précédent, et en remplacement du citoyen cy-devant curé du Roule, le citoyen Mercy, citoyen domicilié dans la section de la République.
«Se réservant le département de faire valoir auprès de la commission des secours publics, à laquelle le tout doit être envoyé pour le 1" vendémiaire prochain les demandes des citoyennes Maupetit,... etc. Ainsi que les services des citoyens Perrin et Le Maître à l’etfet d'en obtenir l’indemnité qu’ils demandent et qu’il paraît juste de leur accorder.
« Le présent arrêté sera envoyé au Comité de salut public pour en être approuvé s’il y a heu.
« Signé : Lemite, Reverdy, Garnier et Maillard. »
La situation administrative de l’hospice paraissait établie, parl’acte précédent, d’une façon définitive. L’avenir cependant ne confirma pas de telles espérances; peu après, l’établissement fut supprimé puis remplacé par un hôpital de malades et la direction des citoyens Loyer et Mercy n’a laissé aucun
souvenir. La Révolution, d’ailleurs, en éclatant, bouleversa
non seulement l’administration mais les finances de l’hospice : les opulentes dotations laissées par le fondateur furent entraînées dans la débâcle générale. Les efforts faits par le gouvernement pour centraliser, unifier l’administration des maisons de charité amenèrent, pendant plusieurs années, un indescriptible chaos. Déjà, en 1791, l’annonce du projet de décret pour déclarer nationaux les biens des hôpitaux de charité occasionne, en se répandant dans les provinces, la plus grande sensation (1); on craint qu’une telle mesure n’amène la cessation des dons particuliers et dotations; a-ton bien le droit, du reste, d’appliquer d’anciennes dotations à des usages autres que ceux auxquels les ont destinés les donateurs? Malgré des avertissements et des réclamations répétés, le 15 juillet 1794 la Convention déclare nationaux l’actif et le passif des hôpitaux et autres établissements de bienfaisance. A cette date donc, les maisons de bienfaisance cessent d’avoir des revenus, elles n^ont plus que des dépenses, auxquelles il doit être pourvu par une administration centrale. — Cette mesure n’est pas définitive : le 7 octobre 1796, sur une proposition de Rallier, le Conseil des anciens rend aux hôpitaux leurs propriétés immobilières : beaucoup, par malheur, avaient été vendues et ne furent pas remplacées. — Cette série de mesures impopulaires, ces changements continuels, ce peu de respect de la propriété épuisèrent le crédit, il fallut recourir à celui de quelques particuliers (2). L’administration des hôpitaux était alors dans un tel état de désordre que le ministre la considère comme « impuissante à opérer aucun bien et à
(1) Voir la réimpression de Vancien Moniteur, 11 février 91.
(2) Arrêté du ministre de l’intérieur du 27 février 1799.
assurer le service des pauvres » ; en couséquence, il accepte les soumissions de cinq compagnies d’entrepreneurs.
Les entrepreneurs, n’ayant pas en vue le bien des pauvres recherche par les fondateurs particuliers, d’autre part n’étant soumis à aucune règle uniforme, se montrèrent fort exigeants; ces entreprises durèrent jusqu’au 22 mars 1802. En 1801 le comte Frcchot avait dressé un projet de réforme : Son adoptioD créa le Conseil général et la Commission administrative. C’est le « système paternel w, qui exisle encore aujourd’hui; il allait avoir fort à faire pour redresser la fortune des pauvres.
« En comparant, dit le baron Dupin (1), l’état actuel des hôpitaux avec leur état ancien, on voit que la dotation des hôpitaux est fort inférieure à ce qu’elle était autrefois, malgré tant de débris ramassés de toute part pour en combler le déficit. Quant à l’administration, ces lois, ces nombreux règlements que nous avons cités, n’ont fait à peu près que remettre en vigueur les principales dispositions des anciens édits. »
Les quelques mois qu’a vécus l’orphelinat Beaujon après la démission de l’abbé Séjournée et sous la direction des citoyens Loyer et Mercy restent obscurs au point de vue financier.
Pour la période suivante, allant depuis la transformation en hôpital de malades jusqu’à l’inauguration du système administratif actuel, c’est-à-dire pendant les années 1795 à 1802, voici les renseignements incomplels que nous avons pu nous procurer ;
(1) Histoire de l'administration des secours publics, Paris, 1821 iu-8“.
A la date du 10 nivôse an IV (1796), il existe un directeur-économe du nom de Bonat, un médecin, un chirurgien, un pharmacien, deux internes; il y a quatorze employés nourris (neuf infirmières, une cuisinière, une fille de service, trois garçons de service) et sept non-nourris (un commis aux entrées, une surveillante-lingère, une infirmière en chef, une fille ouvrière en linge, un jardinier, un portier, une fille de cuisine) (1), soit en tout vingt-sept personnes attachées à l’hôpital.
En frimaire an VI II (1800), un nommé Marc est porté comme économe (2) et est sans doute aussi directeur : en effet, sur l’état des employés où il est qualifié d’économe, il n’est pas fait mention d’un autre personnage pour la direction.
Voilà nos seuls renseignements sur cette période, pour laquelle nous n’avons trouvé aucun compte financier général.
Nous arrivons donc à 1802. A partir de cette date, sauf de courtes lacunes, les renseignements sont plus précis et plus faciles à recueillir (3).
De 1803 à 1813 inclus, la direction fut confiée à une femme; c’est la môme femme, M”® Chamoin, qui administre pendant cette période de dix années : en 1803 sauf un con-
tl) Voir aux documents une pièce inédite et jusqu’à nous non-communiquée, copiée aux arcliives nationales F 269 et donnant la liste de ces employés et le chiffre de leurs traitements.
(2) Autres pièces recueillies aux Archives nationales. (Voir à la suite des précédentes.)
(3) A partir de 1802, la plupart des renseignements financiers que nous donnons sont extraits des Comptes moraux et administratifs, publiés chaque année par l’Assistance publique. Nous en devons la communication à l’autorisation de M. le Directeur général, de M. Brelay, secrétaire général, et à l’inépuisable obligeance de l’archiviste M. Léon Brièle.
trôleur homme et deux hommes de peine, l’hôpital est entièrement confié à des femmes ; il y a, partageant entre elles un trailement de 10,710 francs, vingt-sept personnes attachées à l’hôpital (1), c’est le même chiffre que nous avons déjà retrouvé pour l’année 1796. — Donc, depuis l’origine de l’hôpital proprement dit (1795), jusqu’en 1802 son état s’est peu modifié et nous n’avons pas trop à regretter l’absence de documents plus complets sur cette époque. Jusqu’en 1802 les bâtiments ne furent pas entretenus, ce qui fut en 1803 l’occasion d’un surcroît de dépenses pour réparations. Dès la seconde année de sa direction (1804), il est adjoint à M”® Chamoin un économe, M. Blairon. M”® Chamoin porte le titre de « agent de surveillance. » La maison a un règlement spécial de police que le Conseil lui a donné le 16 ventôse, an X.
A celle époque, l’hôpital Beaujon ne vient pour la dépense qu’en sixième lieu, au même rang que Necker et Cochin, mais le prix de la journée est fort élevé (1 fr. 98). L’administration s’en excuse sur :
« r Le petit nombre des malades sur lesquels se répartissent les frais de l’administration intérieure, frais à peu près les mêmes pour un hôpital de 200 malades que pour un de 100. — 2° La somme excessive de la contribution foncière (4,479 francs), sur les dépenses que l’introduction du régime paternel a exigées en linge, mobilier et établissement d’une buanderie La partie du jardin qui n’est pas
réservée pour les promenoirs des malades est donnée à loyer, parce que contenant beaucoup d’espaliers et d’arbres
(1) Rapport au Conseil général des hospices, an XI.
à fruits, il y aurait perte à faire une récolte qui ne profiterait pas aux malades. Il faut acheter tous les légumes, nouvelle cause qui fait paraître la journée plus forte que dans les maisons où les légumes se tirent des jardins qui en dépendent (1). »
Pendant les années suivantes, le prix de la journée reste au même niveau et il est toujours aussi élevé pendant cette période de 1803 à 1813. Voici les dispositions administratives spéciales à l’hôpital Beaujon, pendant cette période décennale (2) : « La destination de l’hôpital Beaujon est au plus haut nombre pour 120 individus malades, savoir :
45 hommes malades alités.*
45 femmes —
6 hommes convalescents.
G femmes —
12 hommes blessés.
0 femmes —
Total : 120
« Les lits seront numérotés chacun selon la classe à laquelle ils appartiennent. » (Conseil général des hosp. 7 mars 1802.)
— « Il est absolument défendu d’intervertir la distribution portée par l’article précédent : s’il ne se présente personne pour remplir les lits assignés à chacune des classes, ils resteront vacants. » (Même arrêté, art. 2.)
— (( Il sera réservé à l’hôpital Beaujon dix lits pour les
(1) Rapports au Conseil général des hospices, an XI.
(2) Voir le Code adminislralif des hôpitaux civils. 182,
malades qui doivent être soumis au traitement des eaux minérales artificielles de Tivoli. » (Cons. gén., 22 avril 1807.)
— « Les médecins et chirurgiens en chef des hospices feront le choix des malades susceptibles de guérison par Tusage des eaux minérales. » {Id., art, 2.)
— « L’agente de surveillance de l’hôpital Beaujon enverra chaque jour par la petite poste au bureau central d’admission l’état et numéro des lits vacants dans chacune des classes. Lors de la confection de cet état, elle réservera pour les cas prévus par l’art 2 du règlement du 4 déc. 1801 (13 frimaire an X), deux lits d’hommes malades, deux lits de femmes malades, quatre lits d’hommes blessés, deux lits de femmes blessées. Les lits des convalescents ne seront pas portés dans l’état. « (Cons. gén., 7 mars 1802 )
— « Il y a à Beaujon deux chautfoirs communs, l’un pouf les hommes, l’autre pour les femmes; les convalescents et les malades qui se lèvent peuvent s’y réunir. » (Id.^ art. 14.)
— « Les convalescents de l’hôpital Beaujon ne mangent pas dans leurs salles; ils mangent en commun au chauffoir, qui leur sert de réfectoire. » {LL, art. 17.)
— « Chacune des infirmières et filles de service de l’hôpital Beaujon veille à son tour, l’une du côté des hommes, l’autre du côté des femmes. L’agente de surveillance fait des visites fréquentes pour s’assurer si les veilleuses remplissent leur devoir. » {Id., art. 20.)
— « L’hôpital Beaujon sera désormais desservi par les Sœurs de Sainte-Marthe et leur organisation sera proposée au Conseil. » (Cons. gén., 26 mai 1813.)
Nous rejetons aux documents d’autres dispositions s’appliquant également à cette période décennale, mais s’appli-
quant simultanément à trois hôpitaux : Beaujon; Saint- Antoine, Cochin.
En 1813, les Sœurs de Sainte-Marthe entrent à l’hôpital; elles vont y rester jusqu’en 1873. Elles seront alors remplacées par les religieuses Augustines qui font encore le service actuellement.
La surveillance cesse d’être entre les mains d’une femme. Au mois d’août de cette année 1813 elle passe entre les mains de M. Génois, ancien économe de l’hôpital Saint- Antoine qui administrera de 1813 à 1823.
Ces dates limitent nettement une nouvelle période décennale. L’agent de surveillance est un homme, mais l’économat passe entre les mains de la Supérieure de la communauté. C’est une sorte de mutation, et une femme a toujours une part importante dans l’administration de l’hôpital. Ce n’est qu’en 1842 qu’un économe sera adjoint au directeur.
Dans cette période, le prix de la journée descend graduellement à 1 fr. 50, tandis qu’il avait atteint 2 francs en 1809 et 1810; la diminution du prix du pain est la principale cause de cet allégement, et si, deux ans après, le prix de la journée remonte un peu, ce mouvement n’est dû qu’à des dépenses nécessaires en objets mobiliers.
En 1824, M. Laroche devient «agent de surveillance» et est remplacé, en 1836, par M. Hanosset qui prend, pour la première fois à cet hôpital, le nom de « directeur » qui ne devait plus être quitté. Nous avons dit qu’en 1842 lui fut adjoint un économe ; MM. Cousin (1842), Martouillet (1846), Gobert (1847), Brezin (1848), se succèdent dans cet emploi pendant sa direction.
Sous la surveillance de M. Laroche (1824-35), malgré
] accroissement du chiffre de la dépense générale, qui tient à l’augmentation du nombre de lits, le prix de la journée reste assez peu élevé (1 fr. 60 en moyenne). Mais sous la direction de M. Hanosset (1836-52), le chiftre de la dépense totale devient cinq fois environ ce qu’il était en 1802, «à l’origine de l’administration actuelle; c’est qu’en ce demi siècle l’hôpital a passé de 120 à 400 lits; le prix de la journée s’est aussi un peu élevé (1 fr. 74 en moyenne).
En 1844 une fondation en faveur d’ouvriers est faite à l’hôpital Beaujon. On lit dans le compte moral et financier de cette année :
« L’hôpital a été doté par la libéralité de M. Trabuchi, d’une somme de 70,000 francs qui doit être employée à l’agrandissement de l’établissement, sous la condition qu’un dortoir de 6 lits restera constamment affecté aux ouvriers fumistes malades. Ces ouvriers doivent en outre, à leur sortie, recevoir des secours, au paiement desquels M. Trabuchi affecte une rente perpétuelle de 1,000 francs. En attendant la construction nouvelle, un dortoir de l’ancien Beaujon a été disposé pour recevoir la destination spéciale indiquée par M. Trabuchi. »
De 1853 à 1864 le directeur est M. Colin. M. Dailland
succède pendant un an seulement, M. Courty pendant deux
ans, en 1868 commence la direction qui dure encore, de
M. Joly de Montesson. L’économat est tenu par MM. iMail-
faire (1853), Liron (1854), Dailland (1857), Gendrin (1859),
Braux (1862), Grangent (1865), Madelaine (1868), Bau-
dry (1870), Gallet (1871), Nicollet (1876), Faivre (1882). —
Depuis 1853 on observe un accroissement graduel de la
dépense totale, coïncidant d’ailleurs avec de nouveaux
agrandissements de bâtiments, terminés en J 858 et 1869. Ce n’est qu’en 1871 qu’on peut remarquer une notable diminution, qui se soutient pendant cinq ans environ. Puis, en continuant à se rapprocher de l’époque actuelle, on voit les chiffres remonter peu à peu à ce qu’ils étaient en 1869, année où la dépense a été maxima. Cet accroissement ne tient pas seulement à un plus grand mouvement dans la population hospitalière, car le prix de la journée s’élève en même temps que le chiffre de la dépense totale : depuis 1854, où ce prix a atteint 2 francs, il n’est descendu que rarement au-dessous de ce chiffre; — à partir de 1865 on ne le voit plus au-dessous de 2 fr. 50; — depuis 1878 il a dépassé 3 francs et tend à s’élever encore. Cette élévation, due sans doute à la diminutian actuelle de la valeur représentative de l’argent n’est d’ailleurs pas spéciale à l’hôpital Beau] on : il suffit, pour s’en assurer, d’établir la moyenne du prix de la journée dans tous les hôpitaux de Paris; on constate ainsi que le chiffre de Beaujon est le plus souvent moins élevé que le chiffre général : par exemple, en 1882, le prix de la journée est à l’hôpital en question de 3 fr. 41, et la moyenne générale des hôpitaux donne 3 fr. 50. Pour renseignement plus exact, nous avons dressé à la fin de ce chapitre un tableau des dépenses et du prix de la journée année par année.
Actuellement l’hôpital Beaujon, pour un service de 422 lits (400 lits et 22 berceaux), occupe quatre médecins, deux chirurgiens, un pharmacien; il y a cent six employés nourris et vingt-sept non nourris.
Le système actuel, grâce à son organisation uniforme, permet une surveillance plus facile et l’état des finances, ainsi que le bon ordre du service, doivent s’en ressentir.
tableau des dépenses de l’dôpital beaujon par années, depuis l’inauguration du système d’administration actuel.
Surveillance de Chamoin (120 lits).
PBIX
ANNÉE