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La Mesure du temps j p

richement décorée, prouve que, jusqu'à la fin du siècle dernier, ces sortes d'horloges trouvèrent asile même dans les logis les plus somptueux. Elles n'y figuraient plus toutefois qu'à l'état d'exception, et la mécanique, qui avait réalisé de grands progrès, s'associait le plus souvent à ces intéressantes expériences. Le plus remarquable des essais de ce genre qui aient été tentés à cette époque, est bien certainement celui que Saint-Simon, dans une de ses additions au Journal de Dan^eau^, met au compte de M. de Villayer, doyen du Conseil d'État, membre de l'Académie française, homme très distingué par conséquent, et, suivant l'expression même de Saint-Simon, « plein d'inventions singulières ». a II avoit disposé à sa portée, dans son lit, une horloge avec un fort grand cadran dont les chiffres des heures étoient creux et remplis d'épices différentes, en sorte que, conduisant son doigt le long de l'aiguille sur l'heure qu'elle marquoit, ou au plus près de la division de l'heure, il goûtoit ensuite, et par le goût et la mémoire connoissoit l'heure qu'il étoit. »

Au commencement du xviii® siècle, en Allemagne, on construisit des appareils moins originaux assurément, mais fournissant des indications analogues. J.-J. Schublers eut l'idée de combiner le mécanisme d'une horloge à cadran translucide avec celui d'une lanterne magique, de telle façon que la nuit, quand on voulait connaître l'heure, il suffisait de presser un bouton pour que celle-ci, projetée par les rayons lumineux de l'appareil, allât se dessiner en lettres ou en chiffres énormes sur la cloison qui lui faisait face. Un certain nombre de gravures qui nous ont été conservées ^ montrent l'effet fantasmagorique que produisaient ces étranges appareils.

1. Journal, t. III, p. 295. — M. de Villayer mourut a Paris en mars

2. Voir Johannes Jacob Schublers erste ausgab seines vorhahenden Werchs'j Augsburg (sans date).

L'inventaire si instructif et si curieux du cabinet du duc Charles de Lorraine, qui précéda la vente dont nous parlons plus haut, décrit « une pendule pour la nuit avec les heures transparentes qui paroissent dans un ciel peint. Audessus sont peints Adonis endormi et Diane qui le réveille » ; et « une autre pendule pour la nuit, avec un cadran et aiguille marquant l'heure et les minutes, dans une boîte couverte d'écaillé bleue garnie de bronze » . On voit par ces exemples combien ces appareils étaient appréciés hors de nos frontières.

Hâtons-nous de constater qu'en France les innovateurs n'étaient point demeurés en arrière. En 1762 un mécanicien du nom de Musy, établi à Paris rue des Vieux- Augustins, à l'enseigne du Roi de France, imagina une veilleusehorloge qui, pour être moins monumentale que celle de Schublers, n'en rendait pas moins une quantité de services et surtout de très variés. Suivant une notice de l'auteur*, cet appareil présentait les avantages suivants : « 1<> on y fait chauffer un bouillon ou telle autre liqueur ; 2** à toutes les heures il sonne un timbre pour avertir le malade ou ceux qui le gardent de prendre ou de faire prendre les potions ordonnées par le médecin ; 3** on a, pendant toute la nuit, une lumière douce qui ne peut ni fatiguer la vue ni interrompre le sommeil ; 4® il y a dans le corps de la machine un cadran éclairé par la même bougie , qui marque les heures; 5® on y a ménagé encore un réveil-matin, qui se fait entendre au moment précis où il faut donner au malade la médecine qu'il doit prendre ; 6** on ne brûle dans cette veilleuse qu'une petite bougie des 32 à la livre ».

Enfin, en notre siècle, le sieur Gabry de Liancourt, revenant aux traditions anciennes, et s'inspirant de l'idée ingénieuse qui avait été mise en pratique dans les lampes graduées du xvi® et du xvii® siècle, imagina, en 1819, une

^ 1. Insérée dans les Annoncée^ Affiches et Avis divers du 28 juillet 1762,

veilleuse pendule qui eut un instant de vogue. Le principe de cette veilleuse reposait, comme pour les lampes anciennes, sur cette remarque que la combustion diminue la quantité d'huile. Celle-ci, en s'abaissant, faisait descendre un système de flotteurs qui, à Taide de contrepoids, faisaient avancer progressivement les aiguilles sur un cadran. Depuis lors, vingt brevets ont été pris pour la création de petits meubles analogues. La plus pratique de ces innovations, et la seule au reste qui paraisse avoir joui d'un véritable succès, est la. pendule veilleuse que M. Pierret produisit en 1868. Cette veilleuse affecte la forme d'une petite lampe, portant sur son globe les indications horaires tracées en chiffres assez gros. Ce globe, animé d'un mouvement de rotation soigneusement réglé, présente toujours aux regards de l'observateur la partie sur laquelle se trouve figurée l'heure présente. Mais ce mouvement régulier de rotation — comme du reste le fonctionnement des horloges de l'académicien de Villayer et du dessinateur Schublers — ne peut s'obtenir qu'à l'aide d'un mécanisme compliqué, mû lui-même par un appareil d'horlogerie. Or cette constatation nous amène, tout naturellement, à parler d'un genre d'horloges, le plus savant et le seul qui de nos jours soit d'un usage général: les HORLOGES MÉGANIQUES, objet de la seconde partie de ce livre.

Avant de terminer avec ces appareils plus ou moins primitifs, ajoutons que les diverses innovations dont nous venons de passer la rapide revue, pour curieuses et intéressantes qu'elles puissent paraître, ne présentent plus aujourd'hui qu'un intérêt purement rétrospectif. La prodigieuse quantité de montres et de pendules portatives qu'on fabrique actuellement, ainsi que leur bas prix; la facilité de disposer ces montres et ces pendules à portée du regard et de la main ; la possibilité d'avoir à tout instant de la nuit une lumière suffisante pour lire leurs indications ; la faculté qu'ont enfin les montres à répétition de nous dire l'heure^

même dans Tobscurité, enlèvent pour l'avenir tout intérêt pratique aux horloges lumineuses que nous venons de décrire sommairement. Il est donc inutile de rechercher les règles auxquelles leur construction logique et leur décoration peuvent obéir. Par contre, il ne saurait en être de même pour les horloges dont il est parlé dans les chapitres suivants.

Fig. 28. — Cadran solaire en forme d'anneau.

(conservatoire des arts et métiers.)

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