DE L'EMPLOI DES ENGRAIS LIQUIDES ET SOLIDES
À trois périodes distinctes, l'emploi de? engrais liquides dans la culture des Canna sera toujours d'un excellent effet. Pendant l'hiver, les pieds conservés en végétation, soit pour
(4) Extrait do livre le €anna, «on histoire et sa culture, par Emile Gbaté. ftmawd, éditeur, rue CamUe, 4. Prix : 4 fr. 50 c.
ornement, soit pour les féconder au printemps suivant, sont arrosés aux engrais liquides ; ils entretiennent à chaque pied une chaleur vivifiante, qui contribue à leur conserver l'aspect luxuriant qui les fait tant admirer pendant la belle saison. Après la division et la mise en pots des éclats, les engrais liquides peuvent, dans une certaine mesure, suppléer aux couches sur lesquelles on est obligé de les placer pour leur faire prendre un nouveau développement, et aussi pour achever la pousse des nouvelles racines.
Après la mise en pleine terre, si les premiers arrosements sont faits avec des engrais liquides, les Canna s'enracinent plus promptement dans le sol. Enfin, chaque fois qu'on voudra obtenir un accroissement de végétation, l'emploi de ces en* grais sera toujours un bon stimulant.
Les engrais liquides présentent dans leur usage cet avantage, qu'au lieu de la décomposition plus ou moins lente des engrais solides et d'une action plus longue, mais plus lente, ils sont d'un effet plus prompt et presque immédiat ; aussi doit-on les administrer avec réserve, sans excès et par gradation. L'analyse a démontré que le guano, la colle-forte, les urines, la poudrette, le sang desséché, la corne dé cheval, les matières fécales, etc., etc., donnent lieu, après des transformations pins ou moins complètes, à des sel* à base d'ammoniaque qui ont un principe caustique ; de telle sorte que ai on emploie des engrais trop concentrés, ou si on donne aux plantes . des arrosages trop fréquents ou trop abondants, on s'expose à porter atteinte à leur organisme.
C'est en ajoutant à l'eau, dans de certaines proportions, du guano, du sang en poudre, du purin, delà colle-forte, de la poudrette, des matières fécales, de la corne et du crottin de cheval., de la fiente de pigeon on de poule, de la chaux animalisée, de la bouse de vache, qu'on se procure des eagrais liquides. Ce n'est que depuis peu d'années qu'ils sont «m-
ployéd dans la culture des plantes; aussi l'efficacité de chacun de Ces engrais, et la dose dont on doit faire usage ne sont-iU pas encore parfaitement connus. Dans l'impossibilité de donner des renseignements positifs sur tous les engrais cites plus haut, non* nous bornerons à indiquer ceux que nous avons employés avec àsset de succès dans nos cultures, invitant les personnes qui désireraient avoir des notions plus étendues, à se reporter aux traités spéciaux, quoiqu'ils soient encore eux-mêmes loin d'être complets.
Chaque fois qu'on voudra employer des engrais, on devra agir avec une extrême prudence, sous peine de brûler les racines des végétaux par les sels ammoniacaux qu'ils cou* tiennent. Pour les premiers arrosements, les matières doivent être étendues d'une plus grande quantité d'eau; on augmentera successivement la quantité d'engrais, de manière à ha* trituer les planâtes à ce traitement. La quantité d'engrais doit être proportionnée au degré de vigueur des plantes, et aussi, lorsque les plantes sont en pots, à la circonférence des pots. Par les temps humides et pluvieux, il faut diminuer la dose de l'engrais, tandis que par les temps clairs et secs, elle devra être augmentée dans de certaines proportions. On se gardera de faire usage de l'engrais liquide au milieu du jour, surtout quand le soleil est ardent ; il convient mieux d'arroser le matin ou le soir, mais le matin est toujours préférable, parce que les plantes ont toute la journée pour absorber les principes contenus dans un engrais liquide, ei aussi pour que celui-ci puisse facilement s'évaporer. On fera bien aussi de suspendre ces arrosements quand le temps est orageux. Ces arrosements doivent être alternés avec ceux faits à l'eau pure, de manière que les plantes n'aient de l'engrais liquide que tous tes deux jours.
Dans la culture des plantes molles, nous avons remarqué qu'aussitôt que les plantes prennent des boutons à fleurs, il
faut cesser tout arrosement d'engrais liquide. Arrivées à cette période, les plantes doivent concentrer leur végétation dans les fleurs ; ce que les engrais empêcheraient, puisqu'ils provoquent toujours une extension de bois et de feuillage, qui, à ce moment, se ferait au détriment des fleurs. Ceci posé, nous venons à l'application des engrais qui ont été Pobjst d'expérimentations de notre part, ou delà part de quelques-uns de nos confrères.
Le purin, jus de fumier, soit de cheval ou de vache, est un engrais excellent à employer dans les arrosements. M. Rivière, l'habile jardinier-chef du palais du Luxembourg, nous a ïnontré, à plusieurs séances de la Société impériale et centrale d'horticulture, des Draceena arrosés avec de l'eau dans laquelle on avait mis un dixième de purin ; la végétation en était magnifique. On s'en sert dans les mômes proportions en Belgique, pour l'arrosement des Azalées, des CameUias et de plusieurs autres plantes dures, contrairement aux plantes molles, au moment où elles sont pour prendre leurs boutons à fleurs. Dans la riche' 'propriété de M. Sacken, à Saint-Maur (Seine), nous avons vu et admiré des Musa Ensete et autres belles plantes, arrosées avec du purin dans des proportions doubles de la quantité d'eau.
Pour les plantes dures, quenoufe avons citées plus haut, le purin provenant de fumier de vache est préférable, parce qu'il est plus gras et plus froid.
L'un de nos amis, M. Scocart Ta aussi employé avec succès à un dixième pour arroser les Gloxinia, lesGesneria, les Achimèneset presque toutes ses plantes de serres chaudes.
Dans nos cultures, il nous a donné de très-bons résultats, étendu d'eau dans une proportion double pour arroser les Canna, les Géranium zonale, les Fuchsia et toutes les plantes à feuillages d'ornement préparées pour la belle saison.
Ne serait-ce que du crottin de cheval étendu d'eau dans
une proportion double, ce sera toujours préférable à de l'eau de puits pure.
Le guano. Cet engrais très-puissant est en grande partie formé* de phosphates alcalins et terreux ; il contient huit parties d'azote; on le rencontre dans plusieurs Ilots de la mer du Sud, notamment aux lies Ghinchas»Yérou (Amérique) , où il est V objet d'un grand commerce. Il a été employé avec beaucoup de succès par plusieurs horticulteurs, en premier lieu par MM. Burel et Lenceseur dans la culture des Fuchsia et des Héliotropes, dans les proportions de 500 grammes pour 200 litres d'eau. Par M» Mallel père, l'habile cultivateur du Pelargonkun, delà manière suivante : 500 grammes de guano pour un tonneau contenant 2 hectolitres d'eau ; celui-ci est rempli deux fois d'eau sans remettre de guano. Dans la culture des Canna et de presque toutes les autres plantes molles, il nous a donné de très-beaux résultats à la tluse indiquée par M. Mallet pour ses Pelargonium.
Colombine, fiente de pigeon. Cet engrais a quelque analogie avec le guano ; on peut l'employer de la même façon dans les cultures des plantes molles. Copendant il est moins énergique que le guano ; nous nous en sommes servis dans nos cultures, dans la proportion de 4 grammes par litre d'eau pour les Canna et autres plantes citées pour le guano.
La colle-forte ou gélatine est d'un excellent effet, à la dose de 2 grammes par litre d'eau, pour les plantes de serreschaudes, telles que Bégonia, Caladinm, Glo.xinia, Gesnériacées et autres cultivées en pots.
La colle-forte n'agissant qu'à mesure qu'elle se décompose, son effet est lent.
La corne des chevaux, employée dans les mêmes proportions, nous a aussi donné de très-bons résultats dans nos cultures, soit pour les Caùna, soit pour les plantes déjà citées.
Dans les fabriques de boutons ou antres objets fabriqués en
os, les rtësiduien poussières constituent un engrais d'une grande puissance à employer comme les deux précédents. . Le sang desséché des animaux de boucherie est on engrais très-puissant, employé avec beaucoup de succès dans les grandes cultures de la ville de ^aris au jardin de la Muette à Passy*Pari*. Il est vendu sons le nom d'engrais de la Minière. Son emploi, aussi simple que facile, consiste à en déposer une petite poignée sur chaque pot, ou dans le bassin qu'on fait autour de chaque plante placée en pleine terre ; les arrosements le font peu à peu descendre vers les racines qui en profitent amplement, car la végétation qui en résulte est vraiment admirable. Cet engrais, d'abord en poudre lorsqu'on le met sur les pots, forme après les premiers arrosements une espèce de croûte noire à la surface qui empêche de voir quand les plantes ont soif, ce qui réclame de l'attention pour les arrosements ; il donne aussi, lors des deux premiers arrosements, une mau* vaise odeur. Malgré tous ces désagréments, il n'en est pas moins un excellent engrais à employer en horticulture, chaque fols qu'on voudra obtenir une végétation extraordinaire.
Le sang desséché est un engrais solide; à l'état frais, et mélangé avec de l'eau, il peut être regardé comme engrais liquide ; il agit en se décomposant. Son action n'a pas la rapidité des urines par exemple.
Ayant passé en revue les principaux engrais qu'on emploie en liquide dans les arrosements, il nous reste à parler de ceux qui sont employés à l'état solide dans la terre.
On comprend que ceux-ci ne peuvent être appliqués que sous forme de fumier.
Le fumier de ferme, quoique infiniment moins riche que beaucoup d'autres engrais, convient mieux dans les terrains longtemps incultes que des engrais plus concentrés ; par la paille qu'il contient, il ameublit la terte ; par son association mreç le sol, il constitue un mélange favorable à un dévelop-
pâment des racines des plantes. Cependant, de même qu'il ne faut pas planter plusieurs années de suite les mêmes plantes dans un même sol, il faut aussi renouveler la fumure, appliquée plusieurs années de suite dans un même terrain.
C'est faute d'avoir suivi cette prescription que dans les marais de Paris, qui sont famés chaque année avec force ter* reau ou débris de fumier de cheval, on est arrivé à avoir des terrain* tellement légers, que dans les années chaudes et saches, où il faut arroser souvent, les plantes viennent difficilement et prennent de nombreuses maladies. La terre est tellement légère que l'air et le soleil se trouvent trop en contact avec les racines, et l'eau des arrosements passe comme dans un panier et lave les racines des plantes. Les bons maraîchers remédient à cet état de choses en redéfonçant leur terrain, c'est-à-dire en mettant la surface du sol dessous et vice versa. Ce qu'on ne sait pas assez, c'est qu'on aurait pu éviter cette légèreté du sol en changeant le mode de fumure, o'est-à-dire en alternant avec delà poudrette, du fumier de vache qui rendent la terre compacte. Dans les terrains légers et sablonneux, il est préférable de fumer avec du fumier de vache au moins une fois tous les deux ans ; tandis que pour les terres fortes ou argileuses, le fumier de cheval est d'un meilleur effet ; celui-ci, plus chaud que le précédent, ameublit aussi la terre, comme nous l'avons dit plus haut.
On voit par ce qui précède, que l'engraissement ou la fumure d'un terrain est une affaire qui réclame de l'intelligence pour entretenir la fertilité nécessaire à la vie des végétanx. Il est évident que tel végétal qui viendra bien dans une terre fumée avec un engrais qui lui convient, poussera mal dans une terre fumée avec un engrais qui contiendrait des sels contraires à sa constitution «
On fume très-bien un terrain avec les débris des animaux de boucherie déjà consommés, avec le guano, la colombine, la fiente de poule, ou encore avec la corne des chevaux, les
gadoues, etc., etc. ; ces engrais doivent être répandus sur la terre en petite quantité avant de la labourer, et cela un mois au moins à l'avance.
Les matières fécales, ou déjections humaines, «ont peu employées dans le jardinage, leur odeur répugne à tout le monde, et cependant elles n'en sont pas moins l'engrais le plus puis* sant.
L'impossibilité de pouvoir les désinfecter autrement qu'en les abandonnant aux influences combinées de l'évaporation par l'air, et à la séparation des matières par ordre de densité rend son usage difficile et malsain. C'est avec ce moyen qu'on produisait la poudrette qui ne rend que 9 à 10 p* 100 de l'effet utile ou de la richesse fertilisante des matières fécales, et cela après en avoir dégagé dans l'atmosphère les 90 p. 100 de principes nutritifs des plantes, convertis en gaz délétères pour l'homme. Plusieurs amateurs d'horticulture, notamment M» J. Sisley, désinfectent avec du sulfate de fer dans la proportion de 1 kilog. par hectolitre et exposent, pendant plusieurs jours, les matières à l'air ; chaque soir en les remuant on jette du chlorure de chaux qui enlève l'odeur pendant la nuit. Grâce à ce moyen, on l'emploie non-seulement comme fumure, mais encore dans l'eau des arrosements, à un cinquième de matière par litre d'eau.
On désinfecte aussi avec du chlorate de manganèse mélangé ' par moitié avec du sulfate de. fer ; dans ce cas il faut mélanger ces matières avec des feuilles, des menues pailles, des nettoyages de jardins, etc., qui en facilitent le transport sous forme de fumier.
Ainsi préparé, il faut encore l'enfouir dans le sol quelque temps avant la plantation, sa décomposition étant assez longue. Par ce qui précède, on voit que ce puissant engrais présente encore quelques difficultés pour qu'il soit employé communément dans le jardinage.
Ces difficultés ont été vaincues par MM. Moseelsmann et
C\ 16. rue de la Tour-des-Dames, à Paris, par l'emploi de la chaux grasse et d'autres matières essentiellement propices à la végétation ; grâce aux procédés employés par cette compagnie, l'engrais est devenu maniable, il n'offusque plus les yeux ni l'odorat, et son emploi, en plein air comme dans les serres, n'amène aucune émanation nuisible ou désagréable. . Il est vendu sous le nom de chaux animalisée, à raison de 3 fr. 50 l'hectolitre pris à la fabrique. La chaux animalisée est en poudre ou granules, ayant l'aspect d'un sable blanchâtre et graveleux. Nous l'avons employé mélangé dans la terre destinée aux empotages de Canna, Pelargonium et autres plantes, dans les proportions d'un douzième; il nous a donné d'excellents résultats. Cependant il est essentiel que la terre soit mélangée au moins un mois avant de s'en servir. Dire qu'au lendemain d'un mélange fait comme nous venons de le dire, à un douzième, la fermentation a fait monter un thermomètre à 31 degrés centigrades, c'est montrer suffisamment le danger qu'il y aurait à l'employer immédiatement. Cet engrais produit son effet progressivement et d'une manière lente et durable, parce qu'il se décompose lentement. m
On peut aussi l'employer dans l'eau des arrosements dans les mêmes proportions : plusieurs horticulteurs de notre connaissance l'ont ainsi employé avec le plus grand succès.
Si, comme nous avons lieu de le croire, on parvient ainsi à utiliser toutes les matières excrémentielles des hommes, les récoltes augmenteront bien vite ; l'horticulture y trouvera, de son côté, l'engrais le plus actif et le meilleur marché.
Ce qui, en outre, ferait disparaître cette fabrication barbare de la poudretie qui infecte les villes, et qui a pour résultat, comme l'a dit Schwertz, de réduire à la capacité d'une tabatière un tombereau du meilleur engrais.
Notre intention était de fermer ici ce chapitre déjà bien long, et cependant il nous faut encore parler d'un engrais que