‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 96 sur 162 · POIRIERS ET POMMIERS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

POIRIERS ET POMMIERS NOUVEAUX

M. Boisbunel, horticulteur, à Rouen, est un des plus heureux obtenteurs de Poires et de Pommes $ il en a déjà produit

un certain nombre de variétés qui jouissent d'une bonne réputation dans le monde des connaisseurs. Il Tient encore d'en produire cinq :

Poire Président Mas; fruit gros et très-gros, ayant la forme de la Poire Beurré Bachelier, et qui mûrit en décembre et janvier; il est indiqué de première qualité.

Poire fondante de Bihorel; fruit petit ou moyen, ayant la forme et la couleur de la Fondante des Bois ; c'est une des Poires les plus précoces ; elle mûrit en juillet ; sa chair est trèsfine, fondante, d'un goût parfumé et relevé.

Poire Louis Noisette; fruit pour novembre et décembre, de moyenne grosseur, à chair fine et fondante, avec une eau trèsabondante, sucrée et relevée.

Pomme exquise. C'est un fruit hors ligne, dit-on, comme qualité ; il est de grosseur moyenne, de la forme et de la couleur de la Reinette grise, et sa chair est presque fondante, suorée, acidulée, relevée d'un arôme excellent.

Pomme Rossignol; fruit moyen, arrondi-tronqué., vert jaunâtre, fouetté de rouge au soleil ; sa chair est demi-fine, sucrée, acidulée et, naturellement, de première qualité ; sa maturité

est de mars a mai.

Ern. Bonard.

CATALOGUES D'HORTICULTURE POUR 4868

Alég-atière, horticulteur, à Montplaisir (Lyon). — Nouveautés d'OSillets remontants et mihb, on Dtantkus sidefocaulis ; Pelargoniatn.

Bomcharlat aftne, à Caire -lès-Lyon. — Catalogue général des nouveautés Pelargonium, Fuchsia, Pétunia, Verbena, Lantana, Chrysanthemum, etc.

CrmMM., à Nancy. — Nouveautés : Hydrangea, Phlox, Delphinium, et prix courant des plantes disponibles pour le printemps de 4 868 .

■Image et fJelnaldt, à Erfurt (Prusse). -—Extrait du Catalogue général, et nouveautés pour 4 868 .

Jamaln (Hippojyte), rue de la Glacière, Paris. — Extrait du Catalogne gé<- . néral : Rosiers nouveaux.

Lemolne, à Nancy. — Catalogues et prix courants pour le printemps et l'été de 4868 : Nouveautés.

Llabaud, Montée de la Boucle, à la Croix-Rousse (Lyon). — Plantes nouvelles: Canna, Pétunia, Œillets, Pelargonium, etc.

feottgier-Chattvlère, 452, rue de la Roquette, Paris. — Prix courants pour

4868, de Géranium, Pelargouium et antres plantée variées : Catalogue de

Dahlia.

Toll&rd (Paul), quai de la Mégisserie. — Catalogue général de graines,

avec remarques et observations sur le mérite et la culture des espèces. Verdies* (Eugène) fils aîné, 3, rue Danois, Paris. —Glaïeuls nouveaux. Veraehaftelt (Ambroise), à Gand (Belgique). — Supplément au Catalogue

général, n9 84 , comprenant les plantes nouvelles, de divers genres. Weiek (Adolphe), à Strasbourg (Bas-Bhin). — Extrait n° 99, du Catalogue

général des plantes diverses de serre et de pleine terre, des Rosiers et des

Dahlia.

^»l 0 I ai

Travaux du mois d'

Les travaux de ce mois diffèrent peu de ceux du mois précédent.

Potager. On peut semer maintenant en pleine terre toutes sortes de légumes, tels que radis, raves, épinards, laitues, romaines, chicorée d'été, céleris, choux de Milan et de Bruxelles, brocolis violets, navets hâtifs, betteraves, haricots, pois, potirons, etc. On plante les laitues, choux-fleurs, concombres, aubergines, etc., élevés sur couche ; les artichauts, asperges, fraisiers, etc. On sème encore sous châssis des haricots, melons, choux-fleurs, aubergines, tomates, pour obtenir des récoltes à différentes saisons.

Jardins fruitiers. On achève la taille des arbres vigoureux, et, vers la Jin du mois, quand les bourgeons ont acquis une longueur de deux à trois centimètres, on supprime ceux qui sont inutiles ou nuisibles au parfait développement de l'arbre. On termine les greffes en fente; on veille les arbres en fleurs, afin de les protéger, par un abri quelconque, des gelées tardives qui peuvent détruire toute la récolte.

Jardins d'agrément. On repique en place les plantes élevées sur couche; on continue aussi la plantation des plantes vivaces ; les semis de plantes indiquées au mois de mars: plus les Belles de nuit, capucines, haricots d'Espagne, lupins, (Billets et roses d'Inde, volubilis, etc. Il faut se hâter de terminer la plantation des arbustes d'ornement.

Serres. Le soleil commence â prendre de la force; on peut se dispenser de faire du feu dans les serres. Il faut donner de l'air toutes les fois que le temps le permet, et arroser en raison de la chaleur et de l'état de végétation de» plantes. On pratique les boutures et les greffes de différentes plantes.

Paris. — Imprimerie horticole de E. Donhaud, rue Cassette, 4.

StiMAlU ft» ABTIGUS COHTOUS DAHS Cl NUItt*.

F. BsatvcQ, Chre>aniej«e). «- J. Jarlot, compte rendu de l'Kxp««Ulra lntern*tl#- ■•le de Cand. — F. Hsiikcq, ■ipejerilloat de Parle. — 0. Liscotba, les lpej~ ■des de Japon (PI. V). — F. Himicq, un mot de critique a a «a jet de U monaieaela- !■*© aftoelemw des hortienltenrs. — Bnnat,, plantes à féal liage ornemental servant a la décoration dee appartement* : lee sFalaatlere). — Hilii, le* Pèehers a Aears double». — F. Hiniwcu, U n>0)ra4llie> on LyeoetosUasm leatlsloethyllvsm. — Expositions ponr 1868.— TrtTtni de mole de mai.

CHRONIQUE

Encore les hannetons et le ver blanc ; ce qu'on fait pour les détraire; des chansons; les causes de leur multiplication-, dénicheurs et chasseurs. Le ver blanc proposé comme substance alimentaire ; premier essai au diner des cultivateurs; l'effet que cette nourriture m'a produit. Un nouveau livre de cuisine du baron Brisse. Une nouvelle lettre de M. Jacques VaUerres au sujet de la mouche truffière. Attaque et ripostera bon chat, bon .rat.

En vérité, en vérité, je vous le dis : encore un peu de temps et la nature ne reverdira plus, et encore un peu de temps, et le vert printemps ne sera plus qu'un mythe !

Ceci, chers lecteurs et aimables lectrices, n'est ni un paradoxe, ni une parabole ; il n'y a pas la moindre fleur de rhétorique dans cette proposition ; elle est tout au naturel. Je dis : la nature ne reverdira plus... parce que si les hannetons et les vers blancs continuent à croître et à se multiplier, comme ils font depuis quelques années, ils ne laisseront plus la moindre feuille aux arbres, et, en rongeant les racines des plantes herbacées, ils dégarniront le sol de sa tendre verdure. Alors, ce sera la désolation de la désolation. , Voilà ce que nous réservent notre indifférence et notre apathie, ou plutôt notre aveuglement dans le choix de nos divertissements et de nos plaisirs.

On crie et on écrit bien de tous côtés : guerre aux hannetons, guerre aux vers blancs ! mais c'est tout. L'ennemi ne s'effraye

Mai 4868. 9

>*.- ;*► TimA ^?st ; >k* *x-'r&i to-âder <ièvCÂî:H *.^T tï^;» iani

lazztt,c.z:J&& ce If. Prsil^z:!^, ic Graille, t san qu'en ïrxjfr ?jz \xr* b?as:o :p, et q^e. si *eriniHs paroi es penrait V>£ ta horane. xi c'y en a amune q^i puisse àûnaer h LVyît &»\:a izï»h iz*z&„\é- De li îa ii --"-Ce i£n--îu>2rf et i aisance *\ht \&'jh\\h i: d^vâite n:s cr.acii-î et eos iardins, en chantami ironiq \emett avec M. Humbert. de Mii^eourt. le grand hannetonnier des Vos.es, celte enivrante hymne guerrière :

« Par^^i tou p-;cr la guerre.

• MiroaU/3, ton toc. mirosuine.

• Contre les han&etcns.

• (jae Bons éeraierocs

» Comme des limaçons !

» Puis no as non* eoncherons ! »

Oui, bien le bon soir ! (Test bien ainsi, par la chanson, que tout finit dans notre beau pays, patrie non contestée du vaudeville.

Tâchons donc d'être sérieux une bonne fois. Chantons moins et agissons davantage. Laissons les enfans aux écoles; retenons-les même le pins longtemps possible en classe ; car ce sont eux, les petits vagabonds, qui favorisent la multiplication des hannetons, en faisant l'école dans les buissons qu'ils fouillent pour dénicher les œufs de toute la gent insectivore.

Ne nous préoccupons pas tant de la chasse aux hannetons, mais davantage de la chasse aux oiseaux ; tout le mal est là.

Il est facile de voir, en effet, que la gent hannetonnière augmente en mémo temps que le nombre de chasseurs, et c'est tout simple. Aujourd'hui, tout le monde veut se donner le luxe delà chasse; le vrai gibier est rare, on tire alors surtout pour ne pas rentrer bredouille : le pierrot, ce grand destructeur do hannetons, la pie, le corbeau, etc., rien n'est épargné, tout

est bon pour garnir la gibecière. Lie laboureur, lui-même, a son fusil sur sa charrue; il guette l'oiseau qui suit le sillon pour saisir le ver blanc que le soc met à découvert, et s'il ne le tue pas toujours, il l'effraye et met en fuite, par ses coups de feu répétés, toute la légion de protecteur* naturels de ses récoltes.

Soyons donc moins chasseurs, et le mal deviendra de moins en moins grand ; l'équilibre détruit par notre aveuglement se rétablira naturellement. Nous n'aurons plus besoin alors de chanter : * Partons pour la guerre contre les hannetons, » et nous ne serons pas menacés de nous nourrir, à la recommandation de M* Baron-Char tier, de ce fameux ver blanc, dont il est si question depuis quelque temps dans tous les grands et petits journaux, et

Qui n'est pa«, prétend -t-on, ce qu'un vain peuple pense ; Le dégoût qu'il en a, vient de son ignorance.

On veut, en effet, que ce ver blanc soit.... Mais, pardon, chère lectrice. Dans le cas où vous sortiriez de déjeuner ou de dîner; il serait peut-être prudent de suspendre un instant la lecture de cette chronique et de ne la reprendre qu'après parfaite digestion: un désagrément est si vite arrivé !.. — Le vain peuple, dis-je, croit que le ver blanc est un animal tout à fait impropre à la nourriture de l'homme* C'est une erreur. M, Baron- Chartier, l'inventeur de l'engrais pour détruire le ver blanc, assure que la larve du hanneton peut fournir, à l'espèce humaine; une nourriture aussi saine qu'abondante. Sans en faire sa nourriture de chaque jour, il en mange souvent, surtout quand il traite ses amis; son but est de faire de l'homme le destructeur du vér blane. C'est pénétré de cette noble et grande idée, qu'il nous a offert, au dernier dtner des cultivateurs, un plat de 200 vers blancs frits, en guise de goujons 1 ... Il y ai des gens qui se révol-

tenta cette pensée ; il n'y a pas tant de quoi. J'en ai mangé quatre. Eh bien, vraiment, j'ai trouvé que c'était assez ; un de plus eût été très-probablement de trop!... Je né prétends pas dire que c'était absolument mauvais, — je ne dirai pas non plus que c'était bon ; — seulement, il y avait, dans le coup de dents qui brisait l'enveloppe de pâte frite, un certain je ne sais quoi qui, chaque fois, me donnait froid dans le dos...

L'intention de M. Baron-Chartier était certainement trèsbonne; mais il n'a pas précisément atteint le but qu'il se proposait, dans cette première épreuve publique ; car les écrivains de la presse agricole, qui assistaient à ce dîner, ne m'ont pas paru très-disposés à recommander le ver blanc à leurs plus vaillants lecteurs, comme nourriture saine, abondante et peu coûteuse. Quant à moi/ je ne puis que lui donner acte de sa généreuse et philanthropique tentative, pour qu'il s'en serve ce que de besoin.

Ce n'est donc pas de sitôt que le ver blanc truffé, frit ou à la poulette, figurera dans les 366 Menus du baron B risse; et, quoique substance à très-bon compte, je doute fort qu'il en donne jamais la préparation dans le nouveau livre qu'il vient de publier à la librairie Donnaud, sous le titre de : Recettes à Vusage des ménages bourgeois et des petits ménages.

J'ai parcouru ce recueil dans un moment de loisir. Au point de vue alimentaire, la simple lecture n'est pas certainement très-substantielle ; mais, d'après l'analyse que j'ai faite de plu* sieurs des 600 recettes qu'il contient, je puis assurer qu'il aidera puissamment à préparer des mets sains, très «succulents et à bon marché.

Les Recettes du baron Brisse forment un volume de 246 pages, qui n'a rien de commun avec ses Menus. Le livre de 366 Menus est le guide de la maltresse de grande maison; il indique la manière de composer un diner varié, et donne quelques fines receltes plus ou moins compliquées, et parfois très-coû-

teuses. Le livre des Recettes, lui, est le guide de la ménagère bourgeoise et des. petits ménages, chez lesquels le besoin de faire des économies se fait souvent vivement sentir ; car pour eux les restes du repas du jour deviennent le principal mets du repas du lendemain. C est pour ceux-là que le baron Brisse a donné, dans son livre, la manière de servir à nouveau tous les restes; et, par cela, il est appelé à rendre d'utiles services aux petits bourses qui possèdent une grande famille.

Une innovation réelle, qui tirera d'embarras bien des ménagères novices dans Fart de la cuisine, c'est le catalogue des produits alimentaires de chaque mois de Tannée : viandes, poissons, légumes et fruits. En le consultant, il devient très-facile de composer le modeste repas de chaque jour. Enfin, de nombreux dessins intercalés dans le texte représentent ces différents produits, les différentes sortes de viandes de boucherie et des volailles sur lesquelles sont tracées des lignes pour indiquer la manière de les découper .

En résumé, ce nouveau livre du baron Brisse n'est pas une encyclopédie de cuisine, mais un bon petit livre qui contient tout ce qui intéresse la ménagère économe et la bonne mère de famille. L'auteur a eu soin, en effet, de toe point parler de tous ces plats tentateurs qui exigent de vastes connaissances culinaires ou qui entraînent à des dépenses considérables.

Les plats truffés, par exemple, en sont complètement bannis, et c'est avec raison; car, outre que la truffe est d'un prix toujours très-élevé, elle est encore une substance difficile à digérer et que prohibe la saine science de l'hygiène. Nos lecteurs vont pouvoir en juger par celui qu'il me reste à leur servir, comme hors-d'œuvre, de la part de M. Jacques Valserres.

Si j'en juge parla sauce, mon spirituel confrère est vivement piqué. Je lé regrette bien sincèrement. Toutefois, une chose me console, c'est de n'être point une mouche truffière ; car si j'appartenais au genre tipule, et si sa théorie était vraie,

il ne tarderait pas à être tout couvert de truffes. Ce serait assurément très- curieux au pointée vue scientifique ; mais j'aurais été désolé d'en avoir ainsi fait quelque chose... comme qui dirait un homme truffé.

Voici donc ce hors-d'œuvre à la provençale que le défenseur de la théorie Ravel me prie de vous servir, ô lecteurs malheureux! Je vous le sers en entier, sans en retirer le moindre grain de sel : c'est aux épiées qu'on reconnaît le genre du cuisinier. Mais si Je suis forcé de le mettre à votre disposition, vous n'êtes pas obligés d'en prendre... connaissance.

Paris, 22iThM868.

A monsieur le directeur de V Horticulteur français.

Monsieur et cher confrère,

Lorsque, dans le numéro 3 de votre illustre journal, vous avez jugé convenable de m'âltaquer, vous ne m'avez point consulté sur la Forme que tous désiriez donner à ces attaques. Pourquoi, dès lors, vous arrogez-vous le droit de modifier ma réponse et de l'expurger ad usum amiri. Cette fantaisie, le législateur ne vous la concède point, parce qu'elle annulerait le droit de réponse qu'il accorde à toute personne nommée ou désignée dans un journal ou écrit périodique. Ce sont là les termes dont se sert la loi. Or, comme vous ne paraissez point les connaître, vous me permettrez de les placer sous vos yeux» afin qu'à l'avenir vous ne péchiez plus par ignorance.

Vous faites subir des suppressions à ma lettre, parce que, dites-vous, la personne en cause ti'app&ttient point à votre rédaction» Mais, mon subtil confrère, si votre distinction était admise, vous effaceriea d'un trait de plume le droit de réponse. Vous n'auriez qu'âme faire éreinter par le premier chenapan venu, étranger à votre rédaction, et le tour serait joué. Tout beau, rusé confrère, ce n'est point ainsi que les tribunaux interprètent une loi protectrice de l'honneur des personnes et de la dignité des familles.

Pour votre peine donc, \ous allez me faire le plaisir d'insérer ma lettre tout entière, en y ajoutant les parties que vous avez cru devoir en retrancher.

Le solde de l'arriéré ainsi établi, vous n'en serez point quitte avec moi, parce que, dans votre numéro quatre, vous recommencez vos attaques. Seulement , permettez-moi de vous dire que votre numéro quatre ne fait guère que répéter les plaisanteries si élégamment ex-

primées dans voire numéro trois. Je dois cependant reconnaître, à votre louange, que pour élever le débat et le rajeunir en quelque aorte, dans votre numéro quatre, vous Bernez force citations latines ; c'est là une excellente démonstration scientifique, surtout lorsqu'on se trouve à bout d'arguments. Le latin vous donne un vernis de savant en «a fort agréable à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et qui, par conséquent, n'est point à dédaigner. Sans mentir, vous connaissez votre siècle d'Auguste sur le bout des doigts ! Ne pourriez-vous , si vous me faites une duplique, ce dont je vous crois très-capable, y mêler un peu de grec? La langue d'Homère et de Sophocle me platt. J'ajoute que, ai vous vouliez me rendre parfaitement heureux, vous feriez bien de mêler h vos citations grecques quelques mots de sanskrit. De la part d'un naturaliste aussi distingué que vous l'êtes, cela ferait très-bien à propos de la truffe. L'argument par lequel vous pulvérisez la théorie de la noix de galle souterraine me prouve que votre esprit n'est point exempt de préjugés, et que votre estomac est véritablement fantasque. Si vous étiez certain, je le gage, que la truffe n'est qu'un agrégat de couvain de chettlkê, jamais plus de votre vie d'aide-naturaliste, vous ne toucheriez au délicieux tubercule. Vous seriez en cela de l'avis de l'Académie des sciences. Il y a quelque dix ans, un membre de la docte compagnie qui réfutait la théorie de la mouche, comme argument suprême, s'écriait avec douleur : a\i répugne de penser que la truffe soit le résultat de la piqûre d'une mouche. » Ce mot il répugne est le coup de grâce pour ma théorie. Et remarquez, estimable confrère, que l'argument par lequel vous prétendez m'anéantir est exactement de la même force. C'est pour cela, sans doute, que vous le reproduisez dans votre numéro quatre. Bis repelita placent. Quelques mots latins ne peuvent que me faire bien venir auprès de vous et chasser de votre esprit la fâcheuse impression que vous cause ma turlutaine.

L'argument que vous tirez de la différence qui existe entre une décoction de truffes et une décoction de noix de galle est un peu plus scientifique que celui que vous tirez de l'agrégat du couvain de chenilles qui vous donne des hauts de cœur. Des chimistes, qui n'ont pas sur lee yeux le bandeau académique, constatent que la truffe, en effet, ne renferme point de tanin , mais qu'elle est très-riche en azote ; tandis que la noix de galle très-pauvre d'azote contient beaucoup de tanin. Cette différence, dites-vous, prouve que la truffe n'est point une galle, puisqu'elle ne se compose pas des mêmes éléments. Moi je dis, au contraire, que l'exception confirme la règle. La truffe tire l'azote qu'elle possède en grande abondance de la couche végétale où elle se forme. Vous savez que cette couche est bien plus riche en azote que l'atmosphère. Vous savez aussi que les matières minérales assimilées par les racines de la

plante n'ont pas, au point de départ, une composition identique à la sève qui se trouve dans les branches, et qui, durant le trajet qu'elle accomplit, a le temps de s'élaborer. A mes yeux, cette circonstance explique pourquoi la truffe produite par les racines n'est pas composée des mêmes éléments que la galle produite par les branches. Mais, n'en déplaise à l'Académie des sciences, la Nature, dont les admirables procédés sont si simples, n'emploie pas deux manières pour fabriquer la noix de galle qui pousse sur les branches et la truffe qui pousse sur les racines. Toutes deux sont produites par la piqûre d'un insecte. Je ne suppose pas que pour vous être agréable à vous et à vos patrons, la Providence ait dû procéder autrement pour la truffe qu'elle ne procède pour la noix de galle. Jusqu'à preuve du contraire, démontrée scientifiquement, j'aime mieux m'en rapporter à la Nature qu'à l'Académie des sciences.

Cela ne m'empêche pas» Monsieur et cher confrère, de saisir avec empressement l'occasion qui m'est offerte de vous recommander à l'illustre compagnie. Voilà douze ans que vous rompez des lances en faveur de la truffe-champignon contre la truffe-noix de galle. Ce sont là des services très-méritoires et, certainement, l'Académie ferait preuve, de la plus noire ingratitude, si elle ne vous donnait point votre picotin d'avoine. Elle a bien reçu dans son sein M. Tulasne, auteur d'un ouvrage sur les champignons hypogés, que vous citez avec éloges et dont vous me recommandez la lecture. Or, il y a dans ce livre, au sujet de la reproduction de la truffe, certains passages qui sentent le fagot. Mais vous qui, depuis de longues années, avez toujours émis sur la truffe les doctrines les plus orthodoxes, à plus forte raison l'Académie doit-elle vous ouvrir ses portes, et chanter en corps : dignus intrare in docto corpore. Vous me pardonnerez ce latin barbare qui n'est point du siècled' Auguste, comme celui dont vousémaillez vos nouvelles attaques; mais il est de Molière qui sut si bien flageller tous les charlatans de son époque.

Avant de terminer, permettez-moi, mon cher confrère, de vous dire que vous feriez bi£n d'en finir avec cette polémique stérile. Si vous me répliquez une seconde fois, je me trouverai encore dans la dure nécessité de vous répondre. Alors vous m'autoriseriez à croire que votre but n'est point de soutenir les doctrines un peu surannées de l'Académie des sciences, mais bien d'obtenir ma collaboration gratuite.

Recevez, Monsieur et cher confrère, l'assurance de mes sentiments distingués.

Jacques Valserrbs,

3 rue de Moscou.

J'ai le regret de ne pouvoir me rendre au désir de M. Jacques Valserres, en rééditant sa première lettre avec la fin qui, seule, a été retranchée. Je répète que son pourfendeur n'a pas combattu ses erreurs dans Y Horticulteur français et que, par conséquent, il n'a aucun droit d'exiger, ici, l'insertion des attaques acerbes dirigées contre lui ; car il ne manquerait pas de se trouver atteint, à son tour, dans l'honneur de sa personne,, et de m'accuser de complicité. La loi — que mon spirituel confrère connaît si bien — lui donne, en effet, le droit de réponse ; mais seulement envers l'écrivain qui Ta attaqué, et dans le recueil ou écrit périodique qui a inséré l'article contenant les attaques contre Vhonneur de sa personne ou la dignité de sa famille.

M. Jacques Valserres s'est cru atteint dans cet honneur et dans cette dignité, parce que j'ai écrit, dans une de mes chroniques, qu'il se livrait à sa turlutaine 'dans le journal 17nsectologie agricole, et que, là, M. Méguin se chargeait de lui montrer son erreur.

Turlutaine ! C'est grave, j 'en conviens ; la loi fait très-bien de lui accorder le droit de me prouver qu'il n'a pas de turlutaine, et de in abreuver, en outre, de ses plus amers sarcasmes; c'est bien fait pour moi. Mais son droit se borne là j il ne Ta utorise pas à attaquer, dans sa verte et redondante réponse, des adversaires qui combattent ses doctrines truffigènes dans d'autres recueils. Je comprendrais les prétentions de M. Jacques Valserres, si V Horticulteur franc ais avait reproduit, les articles publiés, dans VInsectologie agricole , par M . Mégnin, contre sa théorie de la mouche truffière ; mais encore n'aurait-il le droit d'exiger l'insertion des critiques blessantes contenues dans sa réponse qu'autant que cette réponse aurait été insérée telle, préalablement, au journal qui a publié les articles originaux portant atteinte à l'honneur de sa personne, etc. Or, ['Horticulteur français n'a rien publié, rien reproduit des attaques de

M. Mégnin contre M. Valserres; par conséquent, M. Valserres n'a aucun droit de répondre à M, Mégnin dans l'Horticulteur français. Si mon spirituel et fongueux confrère connaît la loi, il faut convenir qu'il a une singulière manière d'en interpréter les textes.

Quant à la partie sérieuse de la discussion, à la truffe-champignoiï ou à la truffe-galle, M. Jacques Valserres répond a côté de la question, — comme tous les défenseurs de causes perdues, de théories insoutenables. — 11 dit que les galles qui poussent sur les branches ne peuvent pas être cotaposées des mômes éléments chimiques que les galles qui poussent sur les racines, parce quela Nature n'emploie pas deux manières pour fabriquer les unes et les autres, et que la Providence ne procède pas autrement pour la truffe qu'elle ne procède pour les noix de galle. Donc si la truffe provient de la piqûre d'une mouche, c'est une galle; si c'est une galle, elle doit contenir du tanin. Or, elle n'en contient point ; elle est fortement azotée, ce n'est donc pas une galle ! Mais, dit M. J. Valserres, si elle est azotée, c'est parce qu'elle croit sous terre et qu'il y a plus d'azote dans le sol que dans l'air. Examinons. D'après cette théorie, toutes les parties souterraines des plantes contiendraient donc plus d'azote que les parties aériennes. La pomme de terre, par conséquent, serait plus azotée que le haricot M. Valserres n'ignore pas cependant que c'est précisément le contraire qui a lieu. Après cela, c'est peut-être encore une exception qui viendrait confirmer la règle (système J. Valserres). Toujours d'après la théorie de mon spirituel confrère, les racines du chêne doivent être très-azotées, et les branches contenir beaucoup de tanin et Irès-peu d'azote. Or, Técorce de la racine de chêne ne contient pas plus d'azote que l'écorce des branches, tandis qu'elle fournit autant de tanin que celle des rameaux.

On est donc en droit de se demander pourquoi la Nature,

dont les admirables procédés sont si simples, qui n'emploie pas deux matières différentes pour fabriquer les racines et les branches du chêne, abandonne la simplicité de ses procédés pour fabriquer la galle des branches et la galle des racines? Est-ce pour être agréable à M. Valserres, en lui fournissant une exception de plus qui confirme la règle? Dame Nature eu est bien capable, pour faire niche à mes futurs collègues de l'Académie! A qui donc se fier, mon Dieu?...

Mais là n'était pas la question posée. Il ne s'agissait, dans ma réplique, ni de galles de branches, ni de galles de racines. J'engageais simplement à faire macérer, dans une solution de sulfate de fer, des prétendues truffes à 3 loges, ou galles souterraines, comme en a trouvé M. Valserres, comme j'en ai rencontré souvent aussi sur les racines de chêne, et des truffes qui n'ont pas ces trois loges, c'est-à-dire celles que vendent les marchands, et qui sont des truffes pour de vrai. Eh bien, je le répète, ces prétendues truffes à 3 loges sont des galles souterraines qui ne sont pas plus azotées que les galles aériennes, malgré le milieu très-riche en azote dans lequel elles se trouvent, et elles font parfaitement tourner au noir là solution de sulfate de fer, comme les galles formées à l'air ; et cela, parce que la Nature dont les admirables procédés sont si simples — comme le reconnaît lui-même M. Valserres — n'emploie pas deux manières pour fabriquer la noix de galle qui pousse. sur les branches, et la noix de galle qui pousse sur les racines.

Quant à la vraie truffe, celle qui ne contient pas de tanin niais beaucoup d'azote, comme l'admet M. Valserres, ce n'est nullement une exception à la règle établie par la Nature. Tous les champignons qu'elle fabrique, qu'ils soient aériens *oû souterrains, sont tous fortement azotés; et ils doivent cet azote, a l'innombrable quantité de spoces qui tapissent leurs feuillets, ou qui remplissent les cellules des tissus fruc-

tifères, lesquels spores contiennent beaucoup d'azote, comme les embryons des graines, parce que c'est là que se trouve pour ainsi dire emmagasinée la matière protoplasmique... Mais je crains que mon spirituel confrère ne comprenne plus. Je m'arrête. Il lui sera plus facile de reconnaître qu'il erre dans l'empire de l'ignorance en regardant tout bonnement une tranche de truffe avec un bon microscope. Il verra certaines portions composées de grandes cellules remplies de petits corps de forme oblongue tout hérissés de fines pointes : ces petits corps sont les spores dans lesquels il* trouvera, s'il connaît la manière de s'en servir, une matière fluide, albumineuse, comme dans tous les spores de champignon. Que M. Jacques Valserres m'en fasse voir autant dans une noix de galle souterraine, et j'abandonne les vieux préjugés qui m'ont permis, jusqu'à ce jour, de toucher sans répugnance à ce délicieux tubercule.

En attendant, je prie mon spirituel et très-habile confrère, de ne point considérer cette seconde Réplique comme une demande détournée de collaboration gratuite, ainsi qu'il l'insinue à la fin de sa lettre.

Cette insinuation, qui est du reste très-adroite, fait honneur à son auteur ; car elle prouve que M. Jacques Valserres sait «'apprécier à sa juste valeur, puisqu'il me menace de sa colla* boration pour me forcer au silence. C'est bien dire positivement qu'il reconnaît qu'elle ne pourrait que compromettre l'existence de Y Horticulteur français.

Et, en effet, bien que notre époque soit fertile en sots admirateurs qui se pâment d'aise en écoulant des marchands d'or* yiétans, il est très-certain que le boniment que débite notre spirituel confrère sur la mouche truffière ferait abandonner la place à tous nos lecteurs. Ce serait une exception, dira-t-il. C'est très-vrai; mais cette exception confirmerait précisément la règle établie par Boileau :

Qu'un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

A bon chat, bon rat ; mon spirituel confrère n'a pas le droit de se fâcher de cette citation, que j'ai le regret de ne pouvoir mettre en sanscrit. Gomme il demande pour moi un picotin d'avoine, il est tout simple que je lui témoigne ma reconnaissance par une petite ruade :

C'est ainsi qu'agirait la plupart des humains.

M. Jacques Valserres peut riposter, à son tour, par un coup de boutoir; c'est son droit de par la loi protectrice de Thon* neur de sa personne et de la dignité de sa famille Quant à moi, j'ai dit 1

* F. Herincq.

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