DES SEMIS ET CHOIX DES GRAINES
La condition première et la 'plus essentielle, dit M, Appelins, pour le, snccès de tout senîu's, est d'employer des graines susceptibles de germer. Or, la bonté d'une semence quelconque
est nettement exprimée par le nombre de graines qui, sur me quantité donnée, lèvent et se développent en plantes. Le plus souvent on cherche à l'évaluer en déterminant le poids spéd* fique ou la densité des graines ; cette méthode est sans doute bonne, mais non absolument in£aillible; d'ailleurs le poids pour une même espèce peut varier d'une année à l'autre, en raison des conditions de végétation ; il peut même varier ^ur un seul pied : c'est ainsi notamment que les grains situés dans la por^ tion moyenne d'un épis de mais sont plus denses que ceux qui se trouvent plus bas et surtout plus haut. Or les expériences toutes récentes du docteur Hellriegel tendent à prouver d'abord que , conformément à l'opinion générale des cultivateurs, les graines les mieux formées sont les plus denses, en seeond Ueu, que celles qui ont la plus grande densité donnent les plantes les plus vigoureuses* «^ Tout le monde sait que, pour détenmiier sur-le-champ et commodément la densité des ^fwnes, on est dans l'usage de les mettre dans l'eau, et qu'on recueille comme les meilleures celles qae leur densité plus grande fait aller a» fond, tandis qu'on rejette comme mauvaises celles qui surnagent « Néanmoins il faut se garder d'accorder à cette épreuve des graines par l'eau une confiance illimitée. Elle peut induire assez souvent en erreur, notamment pour les graines dont la densité diffère peu de celle de ce liquide. Par exemple, celles des Gucurbilacées qui sont venues pendant des années froides nagent sur l'eau et germent cependant très bien; on saitmème, dit M. Appelius, que, conservées quelques années, les graines de ces plantes produisent ensuite des pieds beaucoup plus chargés de fleurs femelles, c'est-à-dire plus fertiles que celles qui viennent de graines récoltées dans des années froides et semées peu de temps après leur maturité. Les bonnes graines de Melons et de Courges diminuent de densité à mesure qu'elles vieillissent ; elles allaient d'abord au fond de l'eau, et, dès la sixième année, la moitié d'entre elles nagent déjà sur ce li-
quide, sans éke eâpendant deyennes manTaites. (hi conçoit donc que, dans ce cascomme dans plusieurs autres, l'épreuYO par l'eau puisae induire en erreur. — ^En général^ les graines les plus lourdes sont celles qui renferment beaucoup de fécule, comme cdle des Céréales, des Légumineuses> eto» L^ graines oléagineuses ont très -souvent une densité voisine de celle de TeaUy bien que, dans certains cas, elles soient plus denses que^ ce liquide, comme le sont, par exemple, celles des Choux. Les sanencesles plus Itères sont cdles des^Ombellifëres, comme la Carotte, le Panais, le Cerfeuil, l'Ânis, etc., et des Composées, conome les Laitues, Scorsonères, etc. Cette légèreté tient surtout à la présence, dans l'enveloppe qui renferme la graine proprement dite, d'une huile essentielle pour la première de cesÊtmilles, de l'air pour la dernière. A peu d'exceptions près, tontes les graines lisses ont un poids spécifique supéiie^ur à ce* lui de Feau. -— Beaucoup de cultivateurs, avant d'acheter des graines, en essayent la valeur en le? faisant germer sur du papier brouillard humide, à une température de 15 à 20^ G. Ce procédé est^commode et assez sàr po^v les espèces qui lèvmt promptement^ comme les Trèfles, Içs Pois, les Céréales; mais • il est in^[^icaUe aux espèces qui exigent un kmg espace de temps pour germer. Pour oelles-ci le meilleur moyen dont on puisse faire usage est, un semis d'épreuve en pot. Encore cet essai ne donne«t-il pas toujours L'indication rigoureuse de la valeur germinative dea graines, puisque le . résultat qu'on en obtient^ dépend, toutes choses égales d'ailleurs, du soin apporté au semis, de la température de Tair , de la profondeur à laqadle en sème^ de l'époque à laquée on opère^ etc. Ainsi presque toujours les pépins des Poiriers et des Pommiers germent fort mal et en très-petit nombre lorsqu'on im fait un semis d'épreuve, dans des pots, aussitôt après leur matujnté, tandis qu'ils lèvent parfaitement lorsqu^on les sème à la fin d'octobre ouœ mars, en planches et à l'air libre. Il est souvent résulté de
là qu'en a reganlé comme mauvaise mie semence qui, en réalité, était d'excellente qualité. — Des £ait3 analogues se présentent pour la géoéralitédes. végétaux ligneux dont les graines lèvent la première année, les Conifères ezeeptés. — La couche de terre dont on couvre le^ semis d'essai exerce encore une influence importante sur les résultats. Si, par exemple^ on sème du Ray-grass {Lolium peremie) dans une terre qui i^enne Thumidité avec une force moyenne et qu'on en enterre la semence d'un pouce (27 millim.), il en lève 7/8 en 12 jours; àdeox pouces (54 millim.) de profondeur, il en lève également 7/S, mais en 1 8 jours ; à trois pouces (81 millim.) de profondeur, il lève 6/8 des graines en 20 jours; à quatre pouces (iOgmiUim.), 4/8 d^ graines germent ^ 2i jours^ à cinq pouces (135 mil* lim.), 3/8 lèvent en 22 jours, et i six pouces (162. millim.), k proportion des germinations se réduit. à 1/8 des gtaines en 23 jours. D'un autre côté/ lorsqu'on recouvre la sem^ace de Baygrass avec un simple ^up de herse, die germe à peu près sans exception , dans Y espace de 5 jours «
€ Le mémoire de M. Garl Appdius renferme, sens forme de tableau, l'indication du temps qu'exigent, pour germer, les graines de beaucoup de plantes cultivées sons l'influence d'une température de 11 à 1 2" C. dans le sol,de 12%5 àl7%5 C. dans l'air. Nous reproduisons ces utiles indications sans les disposer en tableau.
» Germant en 2 jours : Cresson aléijiois. {LepidiiMf sativum).
x> Germant en. 3 jours |: Épinard^ Arroche (Atripleœ hor^ tensis).
D Germant en 4 jours : Ghoux^ Tumeps, Navette, Laitue, Sarrasin.
» Germaait en 5 jours : €améHne, Pois^ Chicorée^ Endive, Millet à grappe et à panicule, Lm, Pavot, Melons et Courges, Navet, Colza, Ray-^grass, Moutarde.
» Germant en 6 jours : Lupin, Lentille^ Spargoute {Spergula},
Raifort, [Radis, Oignon (souvent aussi en 15 jours), Poireau.
» Germant en 7 jours : Orge, Avoine, Maïs, Sorgho, Phléole {Phieum), Phalaris arUndinacea, BiH)Cdli. Anethum graveoletis, (*arthame, Fève, Betterave, Achtllée, Julienne.
» Germant en 8 jours : Froment, Fe$tucapraten8is,F. rubra^ Coiuin/ Marjolaine, Thim, flwioot-Princesse , Ghoa à vaches, Chicorée.
» Germant m 9 jOttrâ : Pois^^moelle*
» Germant en 10 jours : Cynosurus dristatuSy Agrostis^ Ser^ radella (Omt/opus), Ye^ce, Haricot-sabre^ Haricot-beurre, Befr tèrave à^mcre, Oianvte-géant^ Tabac, Cerfeuil.
» Germant en 12 jour^ Fromental {AvmaelatiorL ), Brome des prés, Carotte (assez souvent en 20 jours), Tomate. Grambe ou Chou marin. Scorsonère , Céleri ordinaire et Céleri-rave (Cefa]i*ci fréquemment en 20 jours). Sarriette {Satureia horten-* êis\ BdBÎUc, Giroflée.
> Germant en 15 jours : Anis, Fenouil, Paturîn des préi^ {Poa).
p Germant en 14 jours : Pim]»*enelle, Soleil {Helianthus (mmttis)i Artichaut.
» Gesmant en 15 jours : Trèfle (blanc et rouge) ^ Mélisse Ci* tfonelle {Melissa officinalù).
1 G^mant en 16 jours : Vulpin (AlùpecuTm)^ Houquè laîneuse {Holcm), Lavande, Pourpier, Oseille.
♦ Germant en 17 jours : Gauche (Atra).
» Germant en 18 jours : Festuca duriuscula^ Cardère {Dipsa^ eus fullontwi). " '■
» Germant en 1 9 joura : Aira fteasuosa.
» Germant en 20 jours : Avena flavéscans^ Molinia tœrxilea, Bromus moUiSf Oignon de Mûdère^ Mûrier, Sauge officinale, Piment.
M . Gennant en 21 jourg^ : Flouve (An/^a?anfA^um odoratwn), Panais, Berœ (tferoc/tfiA), Persil, fiaude. Asperge.
» Omonant en 27 jours : Fommede teire.
» Ce tableau montre clairement, dit l'auteur allemand^ que la ptupurt des gndnes dont la densité est moindre que cette de Teau, ont besoin de plus dé temps pour germer que celles qui sont plus daises.
» Un assea; grand nombre de graines ne lèvettt que lentemmt et même difficilement; telles sont, en général, celles qui ont un tégument épais et dur. Dans ce cas, on se trouve ordinairement très^bien de faire tremper la semence, pendant vingt-quatre heures, dans de Teau chaude dont la température soit de 75 à 85"* C, et de ne la mettre en terre qu'après cette préparation. On accélère auan leur germination en entaillant ou usai^ leur iègumexA dans la région du bile ou omUic; cependant cette dernière méthode est plus délicate que la première, à cause des précautions qu'on doit prendre pour ne pas blesser rembryon. Sans l'une ou l'autre de ces précautions, ceir graines ne lèvent généralement qu'au bout d'un ou deux ans. — Les graines des Palmiers germent très -bien pour la plupart passées sur de la sciure de bois humide, l'extrémité germinative en bas, et sous Finfluence d'une atmosphère chaude et humide. — Les sp<ms des Fougères et les graines des Oftshidées, qui sont très-fines, lèvent sans difficulté lorsqu'on les répand sur des morceaux de tourbe posés sur un plat avec de Teau. — Pour les plantes de pleine terre, M. Âppelius recommande comme les plus avantageux sous tous les rapports les semis en lignes. — Selon lui, ce qui fait très-souvent échouer dés semis dans les jardins, c'est qu'on les fait dans une terre trop sèche et en enterrant trop profondément. En outre, si, avant le semis, on n'a pas le soin de plomber légèi*ement la terre, il suffit qu'Q survienne aotsnite de fortes pluies pour que beaucoup de graines soient entraînées profondément et qu'il y ait dès lors, une grande inégalité dans la g^mination. -~ Pour les plantes annuelles qui ne sont pas sensibles au froid {Delphinium, ColUîma^ Netnaphilû, Colh-
mia^ eto»)» le mieux est de sexoer taid ea automiiet ou. tout au moim de boune heure au pÈmtém^; si en ne peut eoufia^ ces grilles à la terre a^imt le moifl ^^afxîl^ on est exposé à voir ces végétaux fleurir tibp tard et mal.
» Les seoûs qu'ouest forcé de faire mir couche et sous châssis donneut Uqu à beaucoup de mécomptes et, par suite, de plaiutes sur la qualité des semences* M. Âppelius n'hésite pas à dire que, dans ce cas, les insuccès tiennent pljis souvent à la marche défectueuse qu'on a suivie qu'au mauvais état des graines, n est d'avis qu'on a tort de semer sur couche chaude beaucoup d'ei^ces à fleurs, (elles que Giroflées, Ast^, Phlox, Pensées, etc., qui lèveraient beaucoup mieux et donnerai^t du plant plus vigoureux et moins sujet à fondre, sur une simfdc couche tiède. D*un autre çdté, il ne faut pas oublier que le fu* mier aVec lequel on monte onecouche^ après qu'il a jeté son premier feu, absorbejl'humidité delaterredont on Fa recouvert ; que la surface de cette t^re, spus le châssis, est ordinairement en pente vers le sud^ et que Teau des arrosements suit cette pente en majeure partie ; il résulte de là que la terre des€ofi&es à semis est souvent trop sèche dans son étendue, ou du moins dans sa moitié la plus rélevée. Dans ce cas, dit l'horticulteur allemand, si l'on sème vers le bas, c'est-àrdire sur le devant du co&e, des graines qui lèvent lentement et qui ont besoin d'uue humidité constante, comme les Phlox, les Pensées, etc., et dans le haut celles qui germent plus facilement, on obtient de bons résultats ; mais il en serait tout âfutremaat, si l'on faisait l'inverse. Au total, c'est surtout à la manière dont on règle Thumidité que tient le sueeès des semis sous châssis. Une autre précaution de la plus haute importance, dans ce eas, consiste à ne pas semer dru ; le plant qui provient de semii» trop sevrés est sujet à pourrir au pied avant d'avoir sa quatrième feuille. Cet accident est rare, au contraire, si l'on, sème clair et qu'on mêle à la terre un peu de poussier de charbon de bois
li. AppelÂQ» «dtre efteme àms des détails ciFCODsta]ici& relativjraient au semis des plao^ bisannueUas et herbacées^^ivaoes, ainsi que des arbres; mais nous ne le suivions pas, faute d'espace, dans cette partie de son travail.
{Eœtrait du Rull^m de la Société impériaie et centreAe d'HartiGulture).
QUELQUES ftONNES POIRES.
Poire Bergamotte-Espérefu
Fruit de 6 1|2 à 7 centimètres de hatiteur, sur à peu près autant de largeur, arrondi, tout à fait la forme d'une Bei^motte> tuais à surface inégale, rugueuse, quelque peu bosselé et mamelonné du côté de la queue.
Le pédoncule, de grosseur variable (2 à 3 centimètres de
langueur), ert quelquefois droît, d'autres fois coude au mîlîeu, et {ysaraissant comme formé de deux partiq^ soudées Tufie à l'autre ; il est obliquement inséré, presque à la surface, et tou-* jours accompagné du côté du point d'insertion, d'un petit mamelon qui donne au fruit un caractère particulier.
L'œil, ou ombilic, est de moyenne grandeur, situé dans une caTxté assez évasée et irrégulière.
La couleur est yerte, jaunissant peu, même à la maturité, et marbrée, enr partie, de larges taches et de gros points gris et noirs.
La peau est nide et épaisse.
La chair est blano*jaunàtre> très-fine, très^fondante, juteuse ; Teaû est abondante, parfumée et très^-agréablement aromatisée.
La Bergamotte-Espéten est une très-excellentû Poire, de première qualité, et incontestablement l'une des meilleuies d'^hiver. Sa maturité a lieu de janvier .à avril ; mais elle n'ert véritablement parfaite qu'en mars et avriU Je regarde ce fruit comme supérieur e& qualité au Dayermé (P hiver y au 9^gamotte de Pentecôte. Son tort est de n'avoir pas autant d'apparence et d'être moins connu.
L Vbre est vigoureux en pépmière et forme de belles pyramides ; il est très-fertile, mais il a besoin d'une températm^e chaude pour amener à maturité parfaite ses fruits qui, dans les anuées froides et humides, ont quelques difficultés à mûrir.
Cette variété, d'après M.Bivort, a été obtenue par le major
Espéren, en 1830.
André Leroy.