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DES ARBRES ET DES BOUTURES RENVERSÉS

Lorsqu'on veut obtenir des arbres pleureurs, disent les personnes étrangères à la science horticole, il fout simplement planter les arbres la tète en bas : les racines se couvrent alors de feuilles, et comme elles ont une tendance à se diriger vers la terre, on a dés branches renversées.

•Duhamel, dans sa physiqite des arbres rapporte : que si un arbre est planté les racines en Tair et les bi'anches en terre, on voit des feuilles se développer sm'les premières, tandis que les bourgeons placés en terre se transforment en racines.

Enfin, Mustel dit, dans son traité de la végétation : « L*expérience a fait connaître qu'une bouture mise en terre dans un sens renversé, réussit également bien ; ce qui parait fournir une preuve qu'il n'y a pas de différents conduits pour la ^ve montante et descendante, puisque Tune et l'autre opèrent également, malgré le renversement de la bouture, soit que le gros ou le petit bout soit en terre, et que la naissance des racines et de» branches est toujours décidée, par le milieu où elles se trouvent, n

Je dirai nettement que le procédé populaire pour obtenir des arbres pleureurs est une absurdité qui ne mérite pas une réfutation. Quant aux faits avancés par Duhamel et Mustel, mes expériences personnelles et celles dont les résultats ont été publiés. dernièrement par M. Carrière, m'autorisent à dire que ces faits ont été rapportés avec un peu trop de légèreté, par ces deux savante physiologistes, qui, bien certainement, n'ont pas pris soin de vérifier les faits.

Dans les œhves^ renversés, jamais je n^ai vu, QiM.Garrièreî de feuilles se développer sur les racines exposées à l'air ;Ge8 racines se sont toujours desséchées sans jamais produire d'organes fbliacés. Les branches placées en terre, m*ont présenté qudqnefois des racines, mais* ces racines ne prov^aient paB de bourgeons transformées; elles étaient produites ; comme dans lès marcottés ou couchages, par les prolongements des &iflçéanx radiculaires partant de la base des yeux qui s'étaient développés souterrainement, mais qui, ne se trouvant pas dans un milieu convenable, avaient fini par périt; l'humidité du sol» en avait fait disparaître les traces*

Ces expériences sur les arbres renversés, m'ont conduit à répéter l'épreuve sur de siiiiples tronçons de branches^

Les premières boutures qui furent faites, avait la base orgs^ niqi^ à l'air, et le sommet renversé dans un pot rempli de terre ; c'était des trràçons de brancihes de Peupliers de Hollande. Dés bourgeons se développèrent sur le corps de ces boutures ; ils se diidgèrent d'abord vers le sol^ puis se redressèren t vers le ciel. En mélne temps un bourrelet assez gros se formait à la section située dans Fair. Mais bientôt les jeunes bourgeons se flétrirent, et tout annonça que la vie avait cessé. Je dépotai alors ces boutures. Pas la moindre trace de racin,es dans la terre; à la section enterrée pas le moindre bourrelet. J'enlevai aussitôt l'écorce^et je constatai, que de la base des jeunes bourgeoios, partait un réseau de faisceaux ^ que M. Gaudichaud appelle faisceaux ou fibres radiculaires, et que ces faisceaux au lieu de se diriger vers la terre, s'allongeaient vers le cieU et parvenaient tous au mamelon circulaire de la section aérienne de la boutm^e. Si ces faisceaux sont réellement les prolongements radiculaires des phytons, comme le prétend M. Gaudichaud, leur direction vers le ciel, infirmerait la théorie de la force centrifuge. . Pour m'en assurer, je répétai l'expérience sur des boutures de Saules, de Robinia de Frêne etc. ; mais cette fois en plaçant les

deux extrémités des boutures dans le même mitieu, ea terre. Je piquai d'abord le sommet renversé dans un pot, puis la base, qui se trouvait être alors le sommet géométrique, fut introduite par le trou élargi d'un second pot maintenu par des petits ta* leurs, et j'arrosai également la terre du vase supérieur, et celle du vase inférieur. Des yeux se développèrent; lorsque les bourgeons eurent atteint de 15 à 20 centimètres de longueur, je dépotai les boutures. Le pot supérieur, qui contenait la base organique de la branche, était rempli de racines qui partaient toutes du bourrelet' de la section; dans le pot inférieur, aucune racine; pas la plus petite apparencede bourrelet à la section qui, au contraire, présentaitpresque toujours un conunencement de décomposition de Técorce.

Quand un œil de la bouture se trouvait enterré dans le potin* férieur, cet œil se développait en bourgeon^ mais en bourgeon étiolé, comme ceux des pommes de terre qui se dévebppentdans robscurité, et jamais eu racine. Si cet œil se trouvait très rapproché de la section, alors là, il y avait bourrelet, et, en décoitiquant, on y distinguait très nettement des faisceaux qui avaient tous une direction parallèle, n'offrant pas cette réticulation si complexe des faisceaux de la base organique de ces mêmes boutures . Dans des boutures renversées, dont les 2 extrémités plongeaient dans Teau, sur une longueur de 7 à 8 centim., le même phénomène se produisit ; les bourgeons s'allongèrent dans Teau du vase inférieur, et cette fois en produisant des feuilles; mais sans bourrelet à la section. DansTeau du vase supérieur les yeux qui s'y trouvaient effectuèrent normalement leur développement, et^ du bourrelet de la section, sortit un abondant chevelu.

Ainsi de l'ensemble de ces faits, que je décris ici très brièvement, le cadre de ce recueil ne me permettant pas d'entre ians des considérations physiologiques, on peut donc déduire :

1* Que les arbres plantés les racines en air, ne développent

pas, comme (fit IhihaïQel, des feuilles sur ces organes et que les l)ourgeons placés en terre ne deviennent jamais racines.

S"" Que la naissance des branches et des racines» n'est pas toujours décidée par le milieu environnant, comme le prétend llustel; mais qu'elle régit l'évolution naturelle de tous les organes des végétaux et qui est due à cette force organique qui restera longtemps encore inexpliquée..

3?^Que les faisceaux qui partent de la base des gemmes» sont bien les productions radiculaires, qui se transforment m véritables racines, lorsqu'ils sont parvenus à l'extrémité inférieure organique du corps ligneux, et que leur direction ;(i'est pas soumise aux lois générales de la gravitation, puisque ^es faisceaux s'allongent toujours de la base au sommet géomé* trique d'une bouture renversée;

4* Et qu'enfip, dans la, pratique horticole, il est trës-impoi^ tant de placer la bouture dans sa position naturelle, c*est*à« dire labase en terre» puisque ][à sfeulement peuvent se former les racines. H. Hëringq.

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