Albert Lenoir, notes manuscrites, p
Cette façade sur le jardin est ornée d’une jolie porte Renaissance provenant
d’un hôtel, dit de la Reine Blanche, situé autrefois dans la rue du Foin.
La grille qui isole le square du petit jardin qu'on voit entre la chapelle
et l'aile du logis principal a été élevée sur l'emplacement des murs qui séparaient le couvent des Mathurins de l'Hôtel de Cluny. L'espace qu’elle limite
ainsi représente le jardin primitif de l'hôtel.
(Voir le plan, page 8).
On peut compter les quelques rares personnes qui ont visité les caves de l'Hôtel de Cluny. Pourtant cette promenade est des plus curieuses et nous croyons intéressant de donner à nos lecteurs la description inédite de ces souterrains.
On peut ÿ accéder de trois façons. La porte (9), voir page 8, pratiquée dans les Thermes du côté du boulevard Saint-Michel constitue l'accès le plus commode et celui qui permet d’arriver le plus rapidement aux parties intéressantes. On peut y descendre aussi en soulevant une trappe que l’on voit dans la cour d’entrée de l'hôtel. Enfin un troisième moyen d'arrivée est
; celui que fournit un escalier d’une trentaine de marches que l’on trouve dans l'angle sud-ouest de la cour d’entrée ; il se trouve à l’une des extrémités du portique aux quatre arcades, qui occupe un des côtés de la cour d’entrée.
Nous avons pris ce dernier accès; les parois de cet escalier circulaire sont d'appareil romain en briques et pierres. On arrive au dessous du portique auquel correspondent deux caves et une étroite galerie. Les murs sont d'origine romaine, mais les voütes sont pourvues d’arcatures très simples de l’époque ogivale. Les murs antiques se composent Le plus souvent d'assises alternées de briques et de pierres, et parfois de petit moellon carré.
On yÿ voit aussi un grand appareil romain en belles assises de pierres de taille mesurant 0,30 de haut sur 0,70 de long. Le point d’intersection du dessous de la galerie aux arcades (10), avec le dessous de la galerié (10) occupée par l'escalier en bois, offre une particularité : on trouve en cet endroit un appareil magnifique dont les pierres mesurent 1" 40 de long et
0,40 de haut. C’est sur ce mur que porte la façade principale qui, comme
on le voit, porte sur un solide soubassement ; il est aussi intact que s’il venait d’être construit quoiqu'il soit vieux d’environ quinze siècles.
La cave qui correspond aux grandes salles du rez-de-chaussée n’est qu’un étroit boyau eouvert par une voute en berceau renforcée de loin en loin par des arcs doubleaux. L'appareil est en briques et en pierres. On ne peut suivre bien loin cette galerie, car elle est actuellement murée à peu de distance.
Au dessous de l’étroite galerie dont l'extrémité est occupée par l'escalier en bois, se trouve une cave en forme de long boyau. Les murs en sont romains et ses dimensions ont dicté à l’architecte du Moyen-Age l’étroit corridor du rez-de chaussée. Le maïtre de l’œuvre a suivi fidèlement les indications de plan que lui imposait son ancêtre romain; on y constate des appareils divers s’entrecroisant et se rapportant à l'un des types que nous venons de signaler.
Telles sont les caves que l’on voit au dessous de l'Hôtel de Cluny. Elles sont essentiellement romaines ; on y constate de rares additions du Moyen- Age consistant uniquement dans l'adjonction de voütes de cette époque. Elles servent actuellement de magasins pour le bois et le charbon.
Mais il est sous les Thermes, ainsi que sous le square de Cluny, d’autres voûtes romaines qui offrent des restes du Moyen-Age bien autrement importants. On est d'autant plus surpris de les y trouver, que rien ne fait présager leur existence à l'extérieur. Ce sont sans doute les caves de constructions ogivales depuis longtemps détruites et qui occupaient jadis l'emplacement sur lequel on a établi le square de Cluny. Nous ne serions pas éloignés de croire que ce sont là les restes de ces hôtels primitifs des abbés de Cluny dont nous avons recherché les traces ignorées dans le chapitre Ier (page 7). Les demeures clunisiennes antérieures à l'Hôtel actuel ont disparu ; le souvenir méme s’en était perdu; mais ces caves, sont croyons-nous, des vestiges de ces habitations que le sous-sol à su nous garder. On y voit d’étroits passages s’entrecroïisant en tous sens et débouchant subitement
dans des salles spacieuses. Les murs sont presque tous d'appareil romain,
de natures diverses. Cette variété de constructions antiques semble indiquer que des remaniements ont eu lieu dès cette époque. On constate, notamment sous la salle, des tapisseries, des fragments d’arcade, qui offrent un appareil singulier ; nous ne le recommandons point sans doute comme un modèle; il indique au contraire une époque de décadence; mais nous croyons que c’est un exemple assez rare et, comme il est difficile d'accès, nous croyons devoir le signaler comme curiosité de coupe de pierre. C’est dans cette même pièce que débouche un escalier à vis, actuellement muré.
Quelques-uns de ces murs ont été construits ou consolidés en ces derniers temps.
Sous la porte d’entrée de la salle des voitures on voit un conduit vertical et cylindrique. Il est circulaire, mesure 1 " 25 de diamètre; il est construit en bel appareil d’assises en pierre de taille. Il en subsiste une demi-tranche verticale. On peut supposer que ce sont les restes d’un puits.
Ici comme dans les caves suivantes, se trouvent déposés des fragments non classés ou rebutés, provenant des collections de M. Du Sommerard. C’est dans ces débris que nous avons découvert les fragments des statues qui décoraient l'Hôtel ; on ignorait complètement ce qu’étaient devenues ces décorations. (Voir le chapitre de la Chapelle.)
Visitons à présent les dessous du square de Cluny.
À l’endroit où l’on a placé le portique des Bénédictins d'Argenteuil, correspond une assez grande cave aux murs romains, mais dont la couverture ogivale se compose de trois travées couvertes par des voütes d’arètes aux saillantes ossatures. Le profil des arêtes, très simple, est analogue à celui des voütes des autres parties de ces caves; il donne un très grand caractère à ce sombre intérieur ; des culs-de-lampe reçoivent la retombée de ces voûtes ; nous n’y avons pu distinguer aucune armoirie.
Sous la croix de Sébastopol et sous les arbres qui se trouvent à côté, on
aperçoit une colonne engagée dans des gravois qui emplissent une salle
souterraine; on voit les amorces des voûtes qui la couvraient ; des fouilles
Lw1724
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= 134 = intelligentes permettraient sans doute de la dégager. À côté, se trouve un petit escalier à vis.
Sous la porte ogivale qui relie au square la cour qu’on vient de couvrir, se trouve une grande salle, actuellement étayée avec des pièces de bois. Les mêmes et fortes nervures de cette cave et de la pièce voisine lui donnent un grand cachet, mais cette dernière est plus intéressante à cause de sa grande clef de voûte; elle parait avoir été destinée à recevoir des armoiries ou des ornements dont on ne voit plus aucune trace.
Ces deux caves forment la partie extrême des caves accessibles. Un arceau romain, qui permet d'y accéder, possède un appareil en brique et pierre fort beau et d’une merveilleuse conservation. Nous ne doutons pas que des fouilles bien conduites permettraient de retrouver d’autres parties de ces caves, qui doivent s'étendre bien au delà. Nous ne saurions trop conseiller d'entreprendre un jour ces fouilles car nous croyons qu’elles seront
intéressantes.
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ND L> ) — 135 — DS Al D> 1 1D |$ TOURELLE DE L'ESCALIER PRINCIPAL | | F' |18 oyez la planch ; | (loy planche double) || 5 2 » . . 3 ; {Al La grande planche double représente l'escalier principal figuré en (10) 2 |»
sur le plan; il est terminé par une plate-forme à laquelle on arrive par un le petit escalier à vis partant de l'étage sous comble. | D Ces escaliers, qualifiés d’escaliers in- 5 1 2: Û )») térieurs parce qu'ils desservaient plu- Z P q ê P RAS . ÿ . . . Î sieurs étages d’un bâtiment, quoiqu'ils (LR Il | furent posés dans des cages accolées aux (I | constructions, offraient de nombreux (| avantages. On les voit, comme le fait à . ND remarquer Viollet le Duc auquel nous 11 empruntons ce passage, pouvant à vo- | 5 (fl za x LLK lonté être englobés dans les construc- | tions où n’y tenir que par un faible | segment, permettant de pratiquer des | portes à toutes hauteurs et sur tous | les points de leur circonférence, pre- $ nant peu de place, d’une construc- | 0 . 3 Œ 5 : | tion simple, d’une exécution et d’un pl éclairage faciles, doux et rapides à vo- Il lonté; les réparations en étaient com- | D modes, ils montaient du fond jusqu’à des hauteurs considérables sans que la solidité des parties voisines püt en être atteinte, et, avantage précieux en ces re Dar Porte de l'escalier principal || temps de guerroyeurs, ils étaient barri- placé dans la grande tour de l'Hôtel de Cluny. IPS j cadés en un moment. E D - HI || | | D | D IE LD LEE»
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On nommait vis ces escaliers, « puisqu’en ce temps-là le nom d'escalier n'était pas connu », dit Sauval *. L'adoption de ce genre de degrés obligeait à des portes assez basses puisqu'il fallait que le linteau de la baie masquât la première révolution de l'escalier; mais alors on considérait ce linteau comme une imposte, dont une fenêtre, parfois une niche, comme à l'Hôtel de Cluny, formait la dépendance obligée ; au dessus de la baie se trouvaient habituellement des sculptures desquelles se détachaient les devises chères au maitre de céans; c’est ce qu’on voit aussi à l'Hôtel de Jacques Cœur; ici, où on lit une devise bien en rapport avec une demeure d’abbés : Servire deo regnare est.
L'intérieur de la tourelle n'offre rien de bien saillant. IL est décoré de boiseries et de tambours modernes en différents points de sa hauteur. Le bas du noyau de l'escalier offre des moulures analogues à celles qu'on employait d'ordinaire à cette époque dans cette partie des constructions.
Le noyau est surmonté, à sa partie supérieure, par un fût cylindrique mouluré qui reçoit la retombée de la voûte qui recouvre la cage de l'escalier. Une balustrade vient s'y appuyer, tandis que, par l’autre extrémité, elle pénètre dans le mur; c’est la disposition si fréquemment employée dans ces
constructions.
1. Histoire et antiquités de la ville de Paris, t. 11, p. 23.
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