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HoTFJ- DE Transylvanie puis de Laiitrec
Perspective de la façade sur la Rue Bonaparte (Cliché Roux)
L'hôtel de Transylvanie existe encore. Il est situé au coin du quai Malaquais^ dont il porte le n® 9, et de la rue Bonaparte. Il est contigu à l'École des Beaux-Arts.
Avant 1541, les plans^ même les plus anciens^ n'indiquent rien sur cet emplacement : c'étaient des prés et^ dans le voisinage un peu plus loin de la Seine, s'élevait dans l'antiquité un temple à une divinité païenne.
Depuis le moyen âge, l'Université et l'abbaye de Saint-Germain des Prés avaient sur toute cette région des droits se limitant mutuellement et souvent mal définis, d'où mainte fois naquirent des contestations.
En 154 1, un nommé Jean Bouyn (ou Boin) reçut à bail, de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, deux arpents et demi de prés situés sur l'emplacement qui nous intéresse. Cet emplacement avait été précédemment occupé par un canal, sorte de fossé creusé par les moines pour conduire en bateau jusqu'aux murs de l'abbaye les vivres et les denrées diverses qui lui arrivaient par voie fluviale. Ce fossé avait été comblé
i l'hôtel de TRANSYLVANIE.
et c'est son emplacement, qui est occupé aujourd'hui par la porte cochère de Timmeuble et la boutique du libraire Rapilly, que les moines avaient donné à bail à Jean Bouyn, à charge par lui de faire bâtir pour donner de la valeur au terrain. Jean Bouyn exécuta les clauses de son engagement et fit bâtir un petit manoir. Mais à peine était-il terminé que l'Université surgissait, brandissant ses parchemins et ses titres de propriété en vertu desquels elle enjoignait à Jean Bouyn de déguerpir de son pré aux clercs et de démolir ses constructions, l'abbaye n'ayant nul droit de donner à bail ces terrains. Pour aller plus vite en besogne, TUniversité lâcha sur la maison nouvellement construite une horde d' « escholiers » qui eurent tôt fait de jeter à bas toitures, chevrons et pans de murs. Le pauvre Jean Bouyn courut trouver messieurs de l'Université qui le. reçurent fort mal et le renvoyèrent à labbéde Saint-Germain des Prés ; là, les religieux lui démontrèrent, pièces en main, qu'ils avaient parfaitement le droit de lui donner ce terrain à bail, puisqu'il était sur l'emplacement du canal qui appartenait à eux religieux, à telle enseigne que nul autre qu'eux religieux n'y avait jamais eu le droit de pêche. Il leur avait plu de le combler, mais leur droit de propriété n'était pas touché pour cela. Jean Bouyn, las de courir de l'un à l'autre, alla au parlement et réclama une indemnité « de i,ooo ou 1,200 écus pour le moins » payable par l'un ou
Tautre, peu lui importait^ et eut enfin gain de cause. Il toucha l'indemnité qu'il réclamait et fut certainement maintenu dans ses droits, car il existe un procès-verbal de bornage du Pré aux Clercs, daté du mois d'août 1 5 5 1^ où Jean Bouyn est expressément nommé.
Jusqu'en 1606, nous n'avons point trouvé d'autre titre de vente ni trace d'autres constructions sur les plans dressés pehdant cette période, mais à cette époque la reine Marguerite, la première femme de Henri IV, acheta un immense terrain allant de la rue de Seine à la rue du Bac et sur une assez grande largeur. Elle se fit construire un hôtel au coin de la rue de Seine et du quai ; l'emplacement du manoir de Jean Bouyn fut absorbé dans les jardins qui, s'étendant jusqu'à la rue des Saints-Pères, supprimèrent le chemin qui conduisait de l'abbaye à la Seine et qui s'appelle aujourd'hui rue Bonaparte.
L'Estoile raconte à ce propos que le mercredi 5 avril 1606, Saint-Julien, le mignon adoré de la reine Marguerite^ fut assassiné à ses côtés mêmes d'un coup de pistolet, devant l'hôtel de Sens qu'elle habitait, par un jeune gentilhomme de dix-huit ans. La reine jura de ne plus boire ni manger qu^elle n'eût vu faire justice et elle assista en effet, le lendemain, à l'exécution du meurtrier qui eut lieu sur l'emplacement où avait été commis le crime, c'est-àdire devant Thôtel de Sens. Mais ces deux horribles
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scènes lui causèrent une telle commotion qu'elle s*en{uit le soir même de l'hôtel, jurant de n'y plus remettre les pieds. Le roi, son ancien mari, lui prodigua des consolations, lui disant que <k quand elle en aurait affaire on lui en trouverait encore plus dune douzaine qui le valaient bien ». On fit des vers à ce propos ; les voici :
A la reine Marguerite, sur la mort de SainUJulien son mignon :
Roine de qui Tamour surpasse la vertu, Cadette de Vénus, déesse demi-morte.
Ne regrettez point tant un laquais revestu, L*on vous en trouvera au palais de la sorte.
Cette nouvelle construction, élevée à grands frais, ne devait guère durer longtemps, car la reine Marguerite mourut en 1 615, léguant son hôtel au roi en paiement de certaines dettes qu'elle avait contractées envers la couronne. En 1620, la vente de l'hôtel était décidée et, le 11 mai 1622, le parlement prononçait un décret qui adjugeait à Jacques Garsaulan, Jacques de Vassan, Jacques Pottier et Joachim de Sandras, le grand hôtel de la reine Marguerite et dépendances, sis rue de Seine, moyennant 315,000 livres.
Le 6 avril 1629 a lieu un partage de l'hôtel et dépendances entre les sieurs de Vassan, de Garsaulan, Pottier, Bryois, Le Barbier et Sandras, acqué-
reurs de Thôtel. Il y a six partageants en 1629, alors qu'il n'y avait que quatre adjudicataires en 1622. Ces derniers sont donc des spéculateurs qui ont revendu des parts à déterminer, lors du partage. Il y a même un septième personnage qui a été plus pressé que les autres et qui n'a pas voulu attendre aussi longtemps, c'est Jacques de Hillerin, car dans ce partage du 6 avril 1629, nous voyons figurer des portions de terrains qui sont désignées comme étant situées « le long » ou « à côté de M. d'Hillerin ». Ce dernier était donc déjà propriétaire à cette époque et avait acheté lui-même à la collectivité des adjudicataires de l'hôtel de la reine Marguerite.
Or, ce Jacques de Hillerin est celui qui nous intéresse le plus, car son lot forme précisément le coin du quai et du chemin qui mène à Saint-Germain des Prés et qui a été rétabli au travers des jardins démembrés. Cette rue est alors dénommée rue des Petits- Augustins, à cause du couvent de cet ordre qui s'est établi un peu plus loin sur les terrains donnés par la reine Marguerite elle-même, et qui forment en grande partie TÊcole des Beaux-Ârts actuelle.
Berty, dans sa topographie du vieux Paris, cite de Hillerin comme déjà propriétaire de l'immeuble actuel en 1628. Nous arrivons donc à serrer d'assez près la date de construction du nouvel hôtel: il existait en 1628 et il n'exisuit certainement pas avant le 1 1 mai 1622, date de la décision du parlement qui dé-
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crête la vente de Thôtel de la reine Marguerite et de ses jardins. C'est donc dans cette période de six ans que le terrain a été acheté par de Hillerin et que Timmeuble a été bâti. Du reste, son aspect lui-même indique son époque. Il est du plus pur Louis XIII et sa façade a été rigoureusement maintenue dans son état primitif. L'enduit cimenté qui représente actuellement les briques et les pierres n'est pas de l'époque et a été appliqué en 1904 ; mais, pour ce travail, les murs ont été mis « à vif », si je puis dire, et j'ai pu constater que les vraies briques et les vraies pierres sont exactement à la place et de la dimension que Ton voit actuellement. L'architecte n'a fait que rendre plus unis et plus inaltérables ces divers matériaux.
Qui donc était ce Jacques de Hillerin ? C'est ce que nous apprennent les titres de propriété dont l'énorme liasse a été très obligeamment mise à notre disposition par le propriétaire actuel, M. le docteur Luling. Il était prêtre et conseiller au parlement. Il était né à Mortagne, vers 1573, et mourut à Paris vers 1663. Il fit son droit à Poitiers et ayant de bonne heure hérité de son père, il vint à Paris comme avocat ; mais ses idées religieuses lui firent quitter le barreau pour la prêtrise. En 1613, il acheta une charge de conseiller au parlement, et c'est une dizaine d'années après qu'il acquit le terrain où il fit construire l'hôtel qui nous occupe. C'était un homme considéré, pieux et exact. Richelieu disait de lui : « C'est un bon
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prestre qui dit son bréviaire ; ne lui disons point de mal ; aussy n'y a-t-il rien à gaigner avec luy qui vit de telle sorte qu'il ne void princes ni grands, ne se trouve en compagnie, se tenant assidu en ses exercices de l'église Nostre-Dame où il est chanoine, les dimanches et festes, toujours des premiers en la cinquiesme chambre, où il est conseiller dans le palais. »
Ce conseiller, déjà vieux jeu pour son époque, était en outre un écrivain. Il publia de volumineux in-folio sur des sujets en rapport avec son caractère : Les grandeurs et mystères du Saint Verbe incarné, — Lès grandeurs de Marie, la Sainte Vierge. — Discours mélangés et actions diverses en la cour du parlement de Paris. — Paris, 165 1, in-fol. — Ce dernier ouvrage est véritablement intéressant : c'est la chronique intime et officieuse (aujourd'hui nous dirions € les coulisses ») du parlement. Quant aux deux premiers et à quelques autres, j'oserai dire qu'ils sont d'un intérêt inférieur. Pour en donner une idée, je citerai au hasard le sommaire d'un chapitre des Grandeurs et mystères du Saint Verbe incamé, divisé en douze livres, qui parut à Paris, chez Claude Sonnius et Denis Béchet, rue Saint- Jacques, au Compas-d'Or et à rÉcu-au-Soleil, en 1635, 1642 et 1643, 3 ^^^' in-fol. d'environ i,SOO pages chacun. Dans la troisième partie du tome II, page 1072, voici ce que je lis :