‹ L'Hôtel de Ville de ParisChapitre 39 sur 67 · USINES SOUTERRAINES · texte numérisé non relu

USINES SOUTERRAINES

sur 8 mètres de largeur, où fonctionnent les machines. Montée en i883, au prix d'une somme d'environ un million, cette usine fut tout d'abord administrée par la maison Geneste et Herscher, moyennant un crédit annuel et approximatif de 120.000 francs. Elle est maintenant conduite en régie par les services de la Ville et fournit, outre le chauffage et la ventilation de tout l'Hôtel de Ville, la vapeur, à deux salles sur trois, des machines électriques.

La seconde usine est située au-dessous des grands escaliers des fêtes et de la cour Louis XIV ; elle assure la lumière électrique dans tous les salons et aussi dans un certain nombre de bureaux, les autres continuant à recevoir l'éclairage au gaz et même à l'huile, alors cependant, que cette usine pourrait les alimenter. Ses frais de première installation peuvent être évalués à 35o.ooo francs; elle fonctionne depuis 1 883. Le montant annuel de l'éclairage électrique de l'ensemble de l'Hôtel de Ville, s'élève à environ 46.000 francs ; le coût de l'éclairage d'une grande fête, y compris tous les salons, galeries, cour Louis XIV, etc., atteint à peu près la somme de 2.5oo francs.

En dehors de ces services administratifs, l'Hôtel de Ville est encore pourvu d'un grand bureau de poste et télégraphe, donnant sur la façade centrale, du côté de la rue de Rivoli ; d'un poste de pompiers, installé du côté de la rue Lobau ; des écuries pour un piquet de cavaliers de la Garde républicaine servant d'estafettes ; d'autres écuries pour les voitures et chevaux : du Préfet de la Seine, des Présidents du Conseil municipal et du Conseil général, et du Syndic. Un poste d'infanterie a également son corps de garde dans la façade centrale, du côté du quai.

Puisque nous sommes ici dans les parties accessoires et utilitaires de l'édifice, rappelons qu'il existe, entre l'Hôtel de

i 7 4 L'HOTEL DE VILLE DE PARIS

Ville et la caserne Napoléon, une communication destinée à assurer, en cas de besoin, la défense du premier par les soldats de la seconde. Ce couloir, décoré du nom moyenâgeux de souterrain, n'a pas encore eu, fort heureusement, l'occasion d'être employé. Pourtant, en 1887, à propos de l'élection du Président de la République, il fut la cause d'un conflit dont on trouvera les détails dans les procès-verbaux des séances des 2 et 3o décembre, entre le Préfet de la Seine, et le Conseil municipal.

Prévoyant une poussée populaire vers l'Hôtel de Ville. M. Poubelle avait prudemment déposé, entre les mains du colonel de la Garde républicaine, les clefs du fameux passage, afin de lui permettre, le cas échéant, d'y introduire ses soldats. Froissé de ce fait que l'occupation militaire de la Maison Commune avait pu être ordonnée sans son assentiment, le Conseil municipal, par l'organe de son président, M. Hovelacque, protesta avec véhémence contre cet acte, qu'il qualifia d'arbitraire, et adopta un ordre du jour présenté par M. Navarre, invitant le Préfet à remettre les susdites clefs au Syndic de l'Assemblée. Cette délibération fut d'ailleurs annulée par le Gouvernement, et l'on ne parla plus du fameux souterrain. Des galeries semblables existent, d'après les plans, entre l'Hôtel de Ville et les bâtiments de l'avenue Victoria, côté de la rue de Rivoli, et entre le monument et l'ancienne caserne Lobau.

Il ne sera pas déplacé de rappeler ici, comment le Préfet de la Seine finit par prendre possession de la demeure particulière qui lui avait été affectée dans le palais de la place de Grève.

La question de l'habitation de ce haut fonctionnaire à l'Hôtel de Ville, ne fut pas sans soulever, en son temps, de curieuses contestations de la part de l'Assemblée municipale. Ces locaux,

prévus par la délibération du Conseil du 22 juillet 1872, occupent l'entresol de la façade du côté du quai, et ont leurs fenêtres sur le jardin, ainsi que sur la rue Lobau et dans la cour du Sud.

Le texte de ce document est, en effet, formel puisqu'il dit : a Les bâtiments de l'Hôtel de Ville comprendront : « i° Les appartements de réception et le logement particulier du Préfet, avec ses dépendances, écuries, remises, cuisines, etc. »

Jusqu'en i8o5, le Préfet de la Seine avait eu sa résidence place Vendôme ; de i8o5 à 1870, à l'Hôtel de Ville; du mois d'août 1 871 au mois d'octobre 1879, au Luxembourg, et enfin, du mois d'octobre 1879 au mois d'août 1890, au Pavillon de Flore. Pour l'occupation de ce logement, et pour celle des bureaux de la Préfecture dans l'ancien Hôtel de Ville, le département payait à la cité, de i8o5 à 1845, un loyer annuel de 1 2.000 francs. De 1 845 à 1 870, ce loyer fut élevé à 40.000 francs.

Lors de la reconstruction du Palais municipal, en 1872 et en 1873, les appartements particuliers du Préfet furent prévus dans les plans et devis, et adoptés dans les délibérations du Conseil municipal, sans la moindre mention de location, sans le plus petit projet de participation du département aux frais de réédification.

Personne ne songeait à soulever de réclamations à ce sujet, quand un incendie éclata, en 1880, au Pavillon de Flore, alors siège de la Préfecture et de l'Hôtel de Ville, incendie qui avait pris naissance, paraît-il, dans les appartements occupés par le préfet Herold. Ce modeste fait-divers, qui n'eut d'ailleurs pas de suites graves, devait éveiller les susceptibilités d'un Conseiller municipal, M. Manier, lequel, dans la séance du 9 octobre de cette année-là, déposait une proposition rendant ce fonction-

i 7 6 L'HOTEL DE VILLE DE PARIS

naire responsable du sinistre, et demandant que, pour l'avenir, le Préfet de la Seine ne fût jamais logé à l'Hôtel de Ville. Le 4 janvier 1881, il est vrai, le Conseil passait à Tordre du jour sur cette proposition, en donnant pour raison, que, à plusieurs jours de là, il avait adopté une distribution des locaux du nouveau monument, dans laquelle la Préfecture de la Seine avait sa part.

Le 5 mai suivant, la question revenait au Conseil municipal, à propos, cette fois, de l'exiguïté des bureaux destinés aux services municipaux, alors que certains services du département étaient largement pourvus. Comme on insistait sur le manque de place, un Conseiller, M. Hovelacque, s'écriait avec véhémence :

— Et d'ailleurs, devons-nous donner un logement au Préfet ?

— La loi vous y oblige, répondait ce dernier.

— Soit, mais alors nous allons vous mettre ailleurs qu'à l'Hôtel de Ville.

Cette motion fut pourtant repoussée, et les choses restèrent en l'état.

Le 3o mai 1 883, le Conseil donnait encore implicitement son adhésion à l'entrée de la Préfecture de la Seine dans l'Hôtel de Ville, en ouvrant un crédit nécessaire au déménagement et à l'installation de ses bureaux dans le nouvel édifice. Nous devons dire, il est vrai, que le 27 juin suivant, M. Georges Martin faisait revenir le Conseil sur cette délibération, par un amendement stipulant que le crédit ne s'appliquerait qu'aux services municipaux.

Déjà, le 1" juin de cette année, à la suite d'un conflit intervenu entre le Conseil et le Préfet Oustry, le même conseiller avait déposé une proposition commençant par ces mots :

a Messieurs, par suite d'une décision de M. le ministre de

l'Intérieur, M. le Préfet de la Seine qui, en vertu de la loi d'exception qui nous régit, au point de vue municipal, remplit les fonctions de maire de Paris, n'assistera plus aux séances du Conseil »

Et M. Georges Martin, prenant texte que le fonctionnaire en question ne remplissait plus les obligations du maire de Paris, proposait de disposer des appartements particuliers qui lui étaient destinés dans le nouvel Hôtel de Ville, et de les attribuer à la Direction de l'Enseignement.

De son côté, et à la même époque, le Conseil général de la Seine était également saisi de la question. Reconnaissant le droit de propriété exclusif de la Ville de Paris sur 1 édifice tant disputé, et ne voulant pas participer aux frais de sa reconstruction, cette Assemblée prit un certain nombre de décisions, qui n'eurent d'ailleurs aucune sanction, tendant à négocier avec l'État, soit pour l'installation de la Préfecture de la Seine dans la caserne de la Cité, soit pour la construction d'un hôtel de Préfecture.

Ce fut dans une séance du Conseil général, le 24 avril 1884, que le Préfet de la Seine, M. Poubelle, défendant ses prérogatives, donna l'argument suivant, favorable à son installation dans la Maison Commune :

« Le Conseil municipal a prisunedélibération,le 10 juin 1873, approuvant le projet de MM. Bal lu et Deperthes avec plans et devis et prévoyant le logement du Préfet à l'Hôtel de Ville. Ce vote a été approuvé par un arrêté du 10 novembre 1873, qui l'a rendu irrévocable. Le logement du Préfet est donc à l'Hôtel de Ville. »

Et il ajoutait :

« Il ne faut pas oublier que la loi veut que le Préfet soit logé là où sont placés les services qui sont sous ses ordres, et

que le Conseil ne peut, dès lors, prononcer leur séparation. »

Le i3 juin 1884, la parole était encore au Conseil municipal et toujours à M. Georges Martin, qui s'était fait, dans les deux Assemblées, le champion delà cause du non-emménagement du Préfet. Il fit valoir, cette fois encore, qu'un certain nombre de services municipaux étaient installés en dehors de l'Hôtel de Ville, au grand détriment des commodités de la population parisienne, et demanda, en leur faveur, la réintégration du Palais Municipal, dans les locaux vacants, ou occupés par les services départementaux.

Par : locaux vacants, il est certain que le Conseiller entendait les appartements du Préfet, toujours inoccupés. Cette fois encore, la proposition n'eut d'autre sort qu'un renvoi aux Commissions.

La question devait surgir à nouveau, le 2 février i885, à l'occasion de travaux de peinture exécutés dans les sempiternels appartements, sans l'avis du Conseil, et contrairement à l'esprit du vœu émis à différentes reprises tendant à leur affection à usage de bureaux. Le Conseil, estimant que le coût de cette peinture pouvait s'élever à la somme de 10.000 francs, prit une délibération le mettant à la charge du Préfet, tout en maintenant son veto prohibitif vis-à-vis de l'occupation. Ce que M. Poubelle résuma en disant qu'on voulait l'obliger à payer certains travaux faits dans l'appartement du Préfet de la Seine, sous la réserve qu'il ne s'y installerait pas.

Et il ajoutait spirituellement, au milieu du rire général :

« Je paierai et n'habiterai pas, c'est entendu. »

Naturellement, le Préfet ne paya rien, mais il est juste de dire qu'il n'habita pas non plus, du moins alors.

Le silence et l'oubli s'étendirent ensuite sur cette affaire et nul n'en parla plus ; pas même M. Poubelle, douillettement

installé au Pavillon de Flore, loin des bourdonnements de la ruche administrative, et à l'abri des ricochets de la salle des Séances du Conseil municipal.

Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1890. A cette époque, la réorganisation complète d'un important service municipal, à laquelle n'était pas étranger le Gouvernement, amena ce dernier à prier M. le Préfet de la Seine de s'installer définitivement dans l'Hôtel de Ville, au milieu de ses bureaux, et, ce qui en était la conséquence, à prendre enfin possession de ses appartements particuliers.

Au mois de juillet, son Cabinet était installé, ainsi qu'en témoigne une interpellation de M. Charles Longuet, du 25 de ce mois, interpellation qui devait avoir une suite à la rentrée d'octobre, et qui n'en eut pas. Quant aux appartements particuliers, ils furent emménagés pendant les vacances de l'Assemblée communale, vers le mois d'août.

La prise de possession était dès lors un fait accompli.

Puisque la chose est maintenant de l'histoire, on peut dire que M. Poubelle ne vint loger à l'Hôtel de Ville que contraint et forcé. Il quitta avec regret les somptueux appartements du Pavillon de Flore, et la vue charmante des parterres fleuris du jardin des Tuileries, qu'il trouvait infiniment plus agréables que le paysage aperçu des fenêtres de la Maison Commune, d'où il ne voyait, disait-il avec malice, que la Morgue et ses tristes abords.

On jugea sans doute, au Conseil municipal, la peine assez forte, puisque l'incident fut clôturé sur ce mot.

Page 1