‹ L'hôtel des commissaire-priseursChapitre 1 sur 35 · H PRÉFACE · texte numérisé non relu

H PRÉFACE

vendre : meubles, bijoux, tableaux, vins, médailles, dentelles, animaux.

Trois grandes portes ênt été percées dans la façade de l'hôtel pour donner passage à d'immenses voitures de déménagement, qui apportent et emportent sans cesse des masses énormes de marchandises, emballées et déballées par une brigade de garçons en casquette' aux armes des commissaires - priseurs.

Autour de l'hôtel tourbillonne une population particulière qu'un étranger pourrait croire faire queue dès huit heures du matin pour l'ouverture de l'Opéra, car une véritable queue se forme de petits revendeurs, de marchandes à la toilette, d'Auvergnats, de Juifs, de fripiers, d'étalagistes de toute sorte qui vont acquitter leurs droits au bureau pour les marchandises achetées la veille.

Le mouvement commence donc autour de l'hôtel vers huit heures du matin, pour ne finir quelquefois qu'à dix heures du soir. En même

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temps que s'opère l'enlèvement des gros objets d'autres non moins considérables arrivent, qui prennent la place de ceux vendus.

Ce mouvement peut se résumer dans les mots emballement et déballement, déballement et emballement. On vend et on achète, on achète et on vend.

Il est même certains acheteurs qui, ayant acheté par spéculation , ne prennent pas livraison, et écoulent sur place leurs achats de la veille, la mutation consistant à faire descendre dans les salles de vente du rez- déchaussée ce qui s'adjugeait au premier étage, sauf à rentrer de nouveau en possession des objets que le feu des enchères ne soutiendrait pas.

De huit heures à midi, l'hôtel offre l'aspect d'un marché qu'on installe; mais le bruit vient plutôt de l'extérieur que de l'intérieur, dans les cours, sous les portes.

Les objets inanimés y prennent une voix comme les objets animés. Un bahut vermoulu

iv PRÉFACE

qu'un marchand a trouve au fond de la Bretagne, qui a voyagé moitié en diligence, moitié en chemin de fer, qui a attendu inutilement un acheteur dans les magasins du boulevard Bourdon, qui est grimpé au premier étage de l'hôtel pour descendre le lendemain dans les magasins, qui en est tiré pour suivre un nouveau maître, ce bahut trouve dans ses flancs une voix plaintive pour exprimer son étonnement d'être secoué de la sorte, de subir le dénigrement plutôt que l'enthousiasme d'une foule qui affecte de le déprécier afin de le posséder à meilleur compte.

Sans tomber dans le système des écrivains qui prêtent généreusement leurs sensations à la girouette comme à l'arbre, au ruisseau comme à la brise, n'est-il pas permis de constater un cri de douleur dans le déchirement de ces vieux ais pourris qui ne demandaient qu'à finir en paix au fond d'une chaumière? Mais ces gémissements sont perdus au milieu des aboiements des chiens qu'on amène pour

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