VI PRÉFACE
proscrivant les habits noirs de magasins, où le moindre dérangement met en émeute des bataillons de poussière.
L'hôtel se repose à peine quelques minutes de midi à une heure, pour être prêt aux expositions et aux ventes, où vont se précipiter de nombreux clients. En un clin d'œil la foule a changé d'aspect , comme l'hôtel a changé de porte. Le mouvement s'est porté vers la rue Drouot, sur une des façades latérales du bâtiment. Alors commencent les exhibitions d'objets d'art ; c'est là que vont s'exercer les yeux les plus pénétrants de l'Europe.
L'intelligence du nombreux public qui arrive à l'hôtel à pied ou en voiture, entasse dans des magasins ou dans des hôtels les achats de la journée, cette intelligence gît dans l'œil. Une faiblesse de regard, un vice dans la vue, sont des fautes comme dans un duel à l'épée.
Les expositions de deux ou trois mille objets chaque jour demandent une puissance de re-
PRÉFACE YH
gard semblable à celle du sauvage étudiant sur le gazon la piste d'un ennemi.
Le principal théâtre des diverses comédies qui se jouent pendant les ventes est au premier étage de l'hôtel , qui ne contient pas moins de sept salles différentes, réservées presque exclusivement à l'adjudication des œuvres d'art.
Pendant que pullule au rez-de-chaussée, qu'on a appelé du nom significatif de Mazas, une foule en blouse qui s'échauffe à mettre des adjudications sur les meubles, étoffes, fonds de magasin, objets vendus par suite de saisie ou de faillite, le large escalier qui conduit au premier étage est l'endroit où se coudoient les amateurs riches et les amateurs pauvres, les gros bonnets de la curiosité et les petits marchands, les banquiers et les princes, les étrangers et les indigènes, les artistes et les bourgeois, les coulissiers et les lorettes, les avides et les curieux, les flâneurs et les badauds, toute une population de gens se connaissant