‹ L'Hotel des haricots, maison d'arret de la Garde nationale de ParisChapitre 3 sur 17 · JE RÊVE A ELLE · texte numérisé non relu

JE RÊVE A ELLE

C'est dans une étroite prison Quand les ténèbres sont profondes Que l'esprit plane a l'horizon Et découvre au loin d'autres mondes, L'homme s'exile au fond des bois Pour mieux penser à ce qu'il aime, Son front se combe entre ses doigts,

li ne vit alors qu'en lui-même.

Je soufflée et je languis loin de tout ce que j'aime, Sous ces tristes verroux, le cœur gonfle à mourir. Et pourtant, 6 mon Dieu, ma joie serait extrême D'y vivre abandonné, si, tout seul a souffrir, Et, rejetant sur moi le fardeau de misère, Pour Elle vous changiez en moments de bonheur Mes heures de souffrance et de douleur amère En lui faisant rêver le rêve de mon cœur.

CONSTANT GUÉROILT.

10 mai 45.

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(24). — « Belle de jour. » — La peinture ne dit jamais tout ce que pense le peintre. Représente-t-elle une femme mi-vêtue, on ne saurait dire si cette femme s'habille ou se déshabille. (Grande perplexité chez les bourgeois pudiques.)

(25). — Ea charge à la baïonnette. — Souvenir de Crimée, ^d'Italie,... et de mille autres lieux.

(26). — I/ange de la liberté. — Quelle est donc la garde que ce pauvre prisonnier a refusé de monter pour subir une punition si exemplaire? Il faut qu'on ait été bien

mécontent de lui dans sa compagnie, et que vingt fois condamné comme récidiviste.... Mais pardon, ce corps abattu par la douleur, ce cachot sinistre, cette paille humide sont d'un autre temps et rappellent des codes moins cléments que les nôtres. Bien sûr nous sommes dans quelque basse-fosse de la Bastille, là où, pour avoir déplu à la favorite du roi, on faisait ses trente-six ans « de Haricots, » comme aujourd'hui on en ferait trente-six heures pour avoir manqué à son capitaine. Ce n'était pas trop d'un ange, alors pour vous rendre la liberté; on n'en aurait jamais cru le geôlier capable.

(27). — Un moulin hollandais (par M. Ferai). — Joli modèle de moulin pour opéra-comique, butte Montmartre, ou édition de Don Quichotte.

(28). — JLe cauchemar du garde national (par M. Ferai). — Il a voulu grignoter le fruit défendu de Tindépendance, une détente a joué, et le voilà pris au piège Monsieur le récalcitrant. Plus d'espoir ! plus démines repentantes devant le conseil de discipline ! plus de peine remise ! La porte est bien verrouillée, la fenêtre parfaitement gardée par une serrurerie tenace ; le malheur est complet!... Encore s'il pouvait reposer de ce repos sans rêves noirs, fruit d'une conscience sans reproche? Si la nuit, le remords qui oppresse le coupable, ne venait pas encore le saisir aux entrailles ! Mais non ; et un affreux cauchemar, composé comme les Borgia composaient leurs poisons, le vient visiter. Il entre dans ce cauchemar, et à haute dose, les ingrédients les plus corrosifs; on dirait l'échantillonnage complet de tout ce qu'il y a de calamiteux en ce monde. C'est d'abord un tambour (Croquemitaine des gardes nationaux qui ne sont pas sages), un tambour infestant l'air de la cellule d'une pluie de petits papiers. Cette plaisanterie, tout en rappelant le moyen employé dans le théâtre pour représenter la neige, est une plaisanterie de mauvais goût; et elle devient tout à faitamère quand on a la précaution d'écrire sur les petits morceaux de papier les mots : arrêt, prison, 48 heures, jugement, condamnation à mort... Le seul homme capable de rire d'une semblable mystification n'est jamais celui qui la subit ; on a remarqué que c'était toujours l'autre. Vient ensuite une caisse placée sur la poitrine du patient et qu'un amour éreinte à

coup de baguettes.... Serait-ce le rappel que Ton battrait

ainsi à cette heure avancée de la nuit? (ram-blan-blan

ram-blan-blan ram-blan-blan.....) Si c'était le rappel, il

faudrait peut-être marcher aux barricades?... La garde nationale s'y est illustrée en 1848, et elle y a conquis par son sang versé le droit de vivre désormais à l'abri des quolibets. Mais dans le rêve, image renversée et absurde des choses de la vie, il est permis de s'entrevoir soi-même, et sans déshonneur, aux prises avec la peur la plus incongrue. Le petit fantôme qui apparaît à l'extrême droite du dessin cicontre, le montre assez. Plus loin, dans un nuage perfidement éclairé, voici la femme du prisonnier en train de flâner au-dessus des abîmes de l'adultère; et on frémit en pensant que le vertige peut la prendre... Amère ironie! il est là le pauvre reclus, il assiste en peinture à cette scène scabreuse, et, figé dans son cadre, il sourit de ce sourire béat de tous les portraits. Ses épaulettes semblent même se hérisser de joie ; car il a mis son bel uniforme pour se donner un petit air de fête (!!!!) Au rebours du bon sens, c'est saint Joseph en personne qui préside à ces ébats, saint Joseph dont l'homonyme, au temps des époux Putiphar, avait inventé une manière de quitter son manteau devenue si difficile aujourd'hui qu'on porte des paletots. Dans le fond, tout là-bas, làbas, se dessine une épouvantable silhouette: c'est la machine qu'en son argot le gamin de Paris appelle « la veuve »... Mais comme les têtes qui ont refusé de ceindre le shako n'y sont

pas pour cela portées, vous voyez bien qu'il y a dans ces images confuses quelque chose à ne pas prendre au sérieux; quelque chose qui s'évanouira au premier rayon du soleil matinal, à l'heure où la porte de la cellule s'entrouvre pour laisser voir la silhouette du gardien , augmentée de la silhouette d'un bol de café.

(30). — I<c lendemain de la bataille. —Les lendemains de bataille sont comme les lendemains de fêtes ; on s'y sent triste qu'on en pleurerait. La terre, déchirée par des pieds en colère, est humide d'une rosée sanglante; le ciel est obscurci par des vols de corbeaux, bandes affamées dont les cris semblent des rires de démon. L'écho dort, harassé

des bruits de la veille La nature entière a pris une teinte

de deuil, carie jour des chants de victoire est déjà loin, et le

jour des larmes est venu. — Et puis, l'année prochaine, le blé, symbole de vie, fleurira à cette même place où la mort a fait rage. Une colonne de pierre chargée d'épitaphes s'élèvera au milieu de la plaine et terminera comme un point d'admiration la grandiose épopée.

(31). L'homme qui baille {par M. Gaildrau).— Plan, coupe et élévation d'un prisonnier au premier quart-

d'heure de ses soixante -douze heures La morale de

ceci est qu'il faudrait, avant de commencer la corvée, faire

une provision de gaîté, que l'on pourrait dépenser au fur et â mesure des besoins de la situation. Le matin, on lâcherait un petit sourire; à midi, on rirait tout à fait, et quand viendrait le soir, il serait temps de laisser déborder toute la joie sagement économisée dans la journée. — Mais tournez vite la page, car le bâillement est contagieux; et les auteurs sont si susceptibles qu'ils prennent toujours pour eux cette grimace significative.

(32). — marine. — Où l'on prend des soles à la nor-

0ers fce la Cellule n° B

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