‹ L'Hôtel des InvalidesChapitre 23 sur 51 · TROPHÉES · texte numérisé non relu

TROPHÉES

Sous l'ancienne Monarchie, il était d'usage de déposer a Notre-Dame de Paris, avec un cérémonial particulier, les trophées conquis dans les guerres.

Des albums manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale 1 donnent le dessin des drapeaux qui furent portés a Notre-Dame sous les règnes de Louis XIII, Louis XIV et Louis XV (1627-1745) 2 .

En 1793, lorsque les églises lurent fermées, les drapeaux de Notre-Dame furent transportés à l'église des Invalides, appelée alors le temple de Mars.

Pendant les guerres de la Révolution, les trophées étaient envoyés par les généraux en chef a la Convention, reçus avec solennité et déposés dans la salie des séances. Ces drapeaux lurent transportés aux Invalides lorsque cette assemblée se sépara.

Pendant les guerres de TLmpire, le nombre des trophées fut si considérable qu'on ne prenait guère la peine d'en dresser l'étal, ni même de conserver avec quelque précision la date du combat où ils avaient été conquis et le numéro des régiments qui avaient eu l'honneur de leur conquête.

1. Les triomphes de Louis XIV et de Louis XV, Bib. nat., Cab. des estampes.

2. Le maréchal de Luxembourg envoya une si grande quantité de drapeaux qu'on le surnomma le < tapissier de Notre-Dame ».

HISTOIRE Di: L'HÔTEL DES INVALIDES

I/Kiiipereur les envoyait d'ordinaire aux grands Corps de l'État; les drapeaux autrichiens et russes de la campagne de 1805 (Austerlîtz) furent remis a La Commission du Tribunat envoyée au quartier général de l'Empereur et répartis entre l'Hôtel de Ville, le Tribunat et Notre-Dame.

280 drapeaux prussiens de la campagne de 1806, avec l'épée et les décorations du Grand Fédéric enlevés a Potsdam, furent déposés aux Invalides le 17 mai 1807 avec une grande pompe l .

Souvent aussi, ces drapeaux étaient laissés aux généraux ou a d'autres officiers. L'Empereur les donnait parfois à des personnes de son entourage, tels ceux que conserva le chirurgien baron de Percy, qui accompagna l'Empereur dans ses campagnes 2 .

En 1814, le nombre des drapeaux déposés aux Invalides s'élevait a plus de 1 500.

Dans la nuit du 30 au 31 mars 1814, le maréchal Sérurier, gouverneur des Invalides, craignant que les alliés ne vinssent les enlever, donna l'ordre d'allumer un bûcher dans la cour d'honneur de L'Hôtel et y fit brûler tous les drapeaux et étendards conservés dans l'église.

L'épée du Grand Frédéric fut jetée dans le brasier.

Les cendres et les débris lurent jetés dans la Seine.

1. Le Corps législatif, de sou côté, reçut : en 1806, 17 drapeaux provenant d'Austerlitz ; en 1808 et en 1810, 92 drapeaux provenant de l'armée d'Espagne.

2. La collection de 20 drapeaux conservés par le baron de Percy fut acquise par M. Durand, léguée par lui à l'Etat et déposée au Musée d'Artillerie. 8 de ces drapeaux disparurent lors du pillage du musée (29 juillet 1830). Ceux qui sont restés sont inscrits au catalogue avec l'indication : legs Durand-Percy .

Le général de division Dufaure, baron d'Antist, avait, de son coté, réuni 10 drapeaux provenant des guerres de l'Empire. Ils furent déposés aux Invalides par ordre du ministre de la Guerre (26 février 1865). Ils sont inscrits au catalogue avec l'indication : don Dufaure d'Antist.

Dans la même nuit, l'avis fut donné par le préfet de la Seine a l'archevêque de Paris de faire enlever les drapeaux pendus aux voûtes de Notre Dame. Cet ordre fut exécuté, niais on ne sut jamais ce que devinrent ces trophées.

Au Sénat, les drapeaux furent cachés. En 1840, ces trophées, au nombre de 54, furent envoyés aux Invalides par la Chambre des pairs pour être placés près du tombeau de rKmpereur.

A la Chambre des députés, personne ne donna d'ordres et personne, du reste, ne touc ha aux drapeaux; mais, en 1815, les alliés voulurent s'en emparer.

Un employé exigea un ordre écrit et, pendant qu'on allait le chercher, il réussit à sauver 54 drapeaux sur les 110 qui s'y trouvaient. Ces drapeaux y sont encore.

En juin 1815, pendant les Cent Jours, M. Gaillard, ingénieur hydraulique, aidé d'un de ses amis, réussit a repêcher dans La Seine un certain nombre de débris, lances, fers de hampes et ornements en cuivre ou en bronze, ayant appartenu aux drapeaux brûlés l .

Tenus cachés jusqu'en 1825, ces débris furent offerts au roi Charles X par les détenteurs (30 mars 1829) ; ils furent alors réintégrés a Tllotel des Invalides. En 1863, on les disposa en quatre panoplies qui sont dans le chœur de L'église, avec deux plaques de marbre, portant l'inscription : Débris des drapeaux conquis par les armées françaises et brûles dans la cour d r honneur de V Hôtel des Invalides, le 30 mars 181 'i.

Les premiers trophées déposés à l'Hôtel des Invalides après 1815 sont trois drapeaux provenant du Château de Morée (29 mars 1829).

Une décision royale du 16 octobre 1830 prescrivit de

1. 168 insignes ou pièces en cuivre provenant des hampes des drapeaux.

déposer désormais aux Invalides tous les trophées pris a l'ennemi, et des procès-verbaux authentiques devaient constater le dépôt. C'est ainsi que, le 20 juillet 1831, lurent transférés aux Invalides j 10 drapeaux (74 espagnols, 32 portugais, \ anglais) qui avaient été déposés au Musée d'artillerie en 1827.

Les drapeaux provenant du sîége d'Anvers (1833), de la prise du château de San Juan d'Uloa (Mexique, 1838) et des guerres d'Algérie y lurent successivement envoyés.

Le 11 août 1851, pendant le service funèbre célébré pour les obsèques du maréchal Sébastiani, la chute d'un cierge mit le feu a une tenture et l'incendie atteignit les drapeaux <[ui ornaient les voûtes de l'église.

Un grand nombre de trophées, parmi lesquels le parasol du sultan du Maroc, pris a la bataille de l'ïsly (1844), furent détruits; beaucoup d'autres furent endommagés, dont quelques-uns plus tard réparés \

D'autres, trop abîmés, lurent roulés autour de leurs hampes et replacés aux corniches de l'Eglise 2 .

En 1852, l'inventaire indique le chiffre de 342 trophées, y compris les 54 drapeaux de la crypte. Ce nombre s'augmenta des trophées rapportés des guerres de Grimée, d'Italie, du Mexique.

En 1870, lorsque l'armée allemande, victorieuse, marcha

1. Par les soins de M. Pernot, artiste peintre, qui s'était longtemps occupé de la question des drapeaux français et étrangers.

2. Les drapeaux algériens en partie détruits par l'incendie de 1851 comprenaient :

6 drapeaux pris sur Abd-el-Kader au combat de la Sikkah (1836).

7 drapeaux pris au combat de l'Oued Halleg (31 décembre 1839). 1 drapeau pris au combat de Selsous (1840).

4 drapeaux provenant des combats livrés contre Abd-el-Kader et son kalifah Sidi-Embareck (1843)*

5 drapeaux et un pavillon pris à Isly et k Mogador (1844).

HISTOIRE D E l'hÔTBL DES INVALIDES

sur Paris, les trophées déposés aux Invalides furent transportés a Brest. Ils furent remis en place a la fin de 1871 .

De 1872 a 1906, les Invalides reçurent deux drapeaux allemands conquis pendant la guerre de 1870-71 et un grand nombre de trophées des guerres coloniales.

D'autre part, le Musée d'Artillerie avait reçu, h diverses époques, 164 drapeaux de différentes provenances. Au moment des journées révolutionnaires de juillet 1830, le Musée fut pillé, 35 drapeaux disparurent. En 1831, 110 de ces drapeaux lurent envoyés aux Invalides.

Le Musée historique avait reçu, avant sa fusion avec le Musée d'Artillerie, 25 drapeaux étrangers.

En 1908, il fut décidé que tous les drapeaux ayant un caractère de trophées ou de souvenirs de guerre seraient conservés par les soins du Musée de L'Armée. Le total, d'après le recensement 1 , fait h cette époque, est de 444. Sur ce chifTre 220 drapeaux sont placés dans l'église et 54 dans la crypte. La (nomenclature en est donnée ci-après.

Les autres sont dans les salles du Musée.

1. Ce recensement a fait reconnaître qu'un fort grand nombre de drapeaux, particulièrement ceux en étoffe de soie pendus aux voûtes de l'église ou déposés dans la crypte, étaient dans un tel état de détérioration que leur destruction complète était à craindre dans un avenir rapproché. Pour mettre désormais à L'abri de tout accident et en assurer la conservation, les plus précieux des trophées furent placés dans des vitrines fermées et déposés dans les salles du Musée où sont gardés les souvenirs glorieux de l'armée. Les autres ont été replacés dans la chapelle et dans la crypte.

Les drapeaux ont été nettoyés, consolidés autant que possible et leurs lambeaux rajustés aux hampes.

L'examen de chaque drapeau a été fait avec la plus grande circonspection et ce n'est qu'après avoir scrupuleusement vérifié les archives et établi une probabilité aussi voisine que possible de la certitude, que le classement a (Hé établi.

1«. Ki.

Trophées placés dans l'église ».

Côté de V Orient en partant <ln maître-autel :

— Drapeau bavarois. \

— Drapeau prussien.

— 1 Drapeau espagnol.

( i uerrrs du 1" Empire.

— Drapeau portugais.

— Drapeau anglais. /

— Drapeau turc. Expédit on de Morée (1828).

— - Drapeau algérien.

(luerres d'Algérie (1830).

Page 1