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RETOUR DES CENDRES DE NAPOLÉON

Lorsque le gouvernement du roi Louis-Philippe eut obtenu du gouvernement anglais la restitution des restes mortels de l'empereur Napoléon, mort le 5 mai 1821, inhumés a Sainte-Hélène, M. de Rémusat, ministre de l'Intérieur s'exprima en ces termes, le 12 mai 1840, a la tribune de la Chambre des députés :

« Le roi a ordonné à S. A. R. Monseigneur le prince de Joinville de se rendre, avec sa frégate, à Vtle de Sainte-Hélène pour y recueillir les restes mortels de l'Empereur Napoléon.

« Nous venons vous demander les moyens de les faire recevoir dignement sur la terre de France et d'élever à Napoléon son dernier tombeau...

« Ces restes seront déposés aux Invalides. Il importe en effet, à la majesté d'un tel souvenir, que cette sépulture auguste ne demeure pas exposée sur une place publique, au milieu d'une foule bruyante et distraite. Il convient qu'elle soit placée dans un lieu silencieux et sacré où puissent la visiter avec recueillement tous ceux qui respectent la gloire et le génie, la grandeur et l'infortune.

1. Voir : Tombeau de Napoléon I cv érigé dans le Dôme des Invalides, par M. Yisconti, architecte de S. M. l'Empereur, Paris, Curmer, 1853.

Consulter aussi un petit livre anonyme très documenté : Visite à V Hôtel des Invalides, Paris, Dcntu, 1863.

HISTOIRE DE L HoTEE DES INVALIDES

« H fui empereur e1 roi; il lui souverain Légitime de notre pays. A ce titre, il pourrai! rire inhume à Saint-Denis ; mais il ne faut pasà Napoléon la sépulture ordinaire des rois. Il (au! qu'il règne et commande encore dans l'enceinte où vont se reposer les soldais delà Patrie et où iront toujours s'inspirer ceux qui seront appelés à la défendre. Son épée sera déposée sur sa tombe.

« L'art éLèvera sous le Dôme, au milieu du temple consacré par la religion au Dieu des armées, un tombeau digne, s'il se peut, du nom qui doit y être gravé- Ce monument doit avoir une beauté simple, des formes grandes et cet aspect de solidité inébranlable qui semble braver l'action du temps. Il faut à Napoléon un momenl durable comme sa mémoire...

Le prince de .loinville appareilla de Toulon le 7 juillet 1840 avec la frégate La Belle Poule q ifaccom pagnai I la corvette La Favorite.

L'expédition mouillait sur rade de James-Town, à Sainte- Hélène, le 8 octobre.

HISTOIRE DE l/ HÔTEL DES INVALIDES

Tombeau de Napoléon à Sainte-Hélène.

L'Empereur était mort le 5 mai 1821, à cinq heures et demie du soir; ses obsèques furent célébrées le 9 mai 1 .

Le gouverneur Iludson Lowe ne lui fit pas rendre les honneurs souverains, mais seulement ceux dus a un commandant en chef.

L'Empereur avait désigné comme lieu de sa sépulture le voisinage d'une source, ombragée de deux saules, au fond d'un ravin de verdure, qui s'est appelé depuis : le Val des Géraniums.

Le tombeau fut recouvert de trois grandes dalles en pierre calcaire.

Aucune inscription n'y fut gravée, parce que Hudson- Loavc voulait exiger que le nom de Bonaparte fut ajouté à celui de Napoléon, a quoi le maréchal Bertrand et le général Montholon ne voulurent pas consentir.

Cette circonstance devait inspirer plus tard à Lamartine les strophes suivantes :

Ici gît... point de nom!... demandez à la Terre! Ce nom, il est inscrit en sanglants caractères, Des bords du Tanaïs au sommet du Cédar, Sur le bronze et le marbre, et sur le sein des braves, Et jusque dans le cœur de ces troupeaux d'esclaves Qu'il foulai l tremblants sous son char!

Jamais nom qu'ici-bas, toute langue prononce, Sur l'aile de la foudre aussi loin ne vola, Jamais d'aucun mortel le pied qu'un souffle efface, N'imprima jamais sur terre plus belle trace, El ce pied s'esl arrêté là.

( . Sep i le m e m cd il a lion.)

1. Voir au Musée de l'Armée (salle des souvenirs de Napoléon) une lithographie représentant le cortège funèbre.

IllSTOIHE DE HÔTEL DES INVALIDES

Un poste militaire fournissant une sentinelle fut installé près du tombeau *.

Le 15 octobre 1840, l'exhumation du cercueil fut faite sous la direction de M. Auguste de Rohan-Chabot, secrétaire d'ambassade, commissaire de S. M. le roi des Français, et Charles Corsan Alexander, capitaine commandant le corps du génie à Sainte-Hélène, délégué par S. E. le major général Middlemore, gouverneur, commandant en chef les forces de S. M. britannique à Saintë-Hélèrie,

Én présence :

du baron de Las Cases, député;

du baron de (iourgaud, lieutenant général, aide de camp du roi ;

de M. Marchand; un des exécuteurs testamentaires;

1. Le tombeau de Napoléon à Sainte- Hélène était entouré d'une grille en fer.

La tombe, recouverte de trois dalles d'environ 0 m. 15 d'épaisseur, recouvrait une surface de ÎJ m. 'i6 x 2 m. 46.

Le caveau était formé par un mur encadrant une fosse de o m. 30 de profondeur, 1 m. 40 de largeur, 2 m. i0 de longueur ; à une profondeur de 2 m. 50 deux couches superposées de ciment, au-dessous desquelles une forte dalle de 1 m. 98 X 0 m. 90 et 0 m. 12 d'épaisseur recouvrant le cercueil.

(Extrait du Mémorial de Sainte- Hélène par le comte de Las Cases, suivi de Y Historique de la translation des restes mortels de V Empereur Napoléon aux Invalides, Paris, E. Bourdin, éditeur, 5, rue de Seine.)

Les dalles du tombeau de Sainte-Hélène avaient été apportées à bord de la Belle-Poule, le lendemain de l'exhumation; la veille du départ, elles avaient été descendues dans la cale.

Lors de l'arrivée de la frégate à Cherbourg et du transport du cercueil à Paris, elles restèrent à bord. L'officier laissé à la garde de la frégate les lit débarquer et transporter à L'arsenal.

En 1909, M. A. Picard, ministre de la Marine, en prescrivit le dépôt aux Invalides.

Voir aux Archives une note du 22 mars 1902 rédigée par M.Jouan, capitaine de vaisseau en retraite, qui était alors aspirant de 2 e classe à bord de la Belle-Poule, et qui constate l'authenticité de ces pierres.

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du comte Bertrand, lieutenant général, accompagné de son fils Arthur Bertrand;

de l'abbé Coquereau, aumônier de la Belle-Poule;

de MM. Saint-Denis, Noverraz, Archambauld, Pierron, anciens serviteurs de l'Empereur;

du capitaine de corvette Guy en, commandant la corvette la Favorite ;

du capitaine de corvette Charner , commandant en second la Belle-Poule ;

du capitaine de corvette Doret, commandant le brick V Ores te ;

du D l Guillard, chirurgien major de la frégate la Belle- Poule,

et de six autres personnes de nationalité anglaise.

Les travaux, commencés vers minuit, furent terminés vers huit heures du malin. Le cercueil retiré de la fosse, les enveloppes en fuient ouvertes.

Le corps fut trouvé dans un état remarquable de conservation. (Le cercueil ne resta ouvert que deux minutes 1 .)

Le cortège, escorté des troupes de la milice et de la garnison, accompagné des généraux Bertrand et de Gourgâùd, de MM. de Las Cases et Marchand, celui-ci un des anciens serviteurs et exécuteurs testamentaires de Napoléon dont il a dit : Les services qu'il ni a rendus sont ceux d'un ami) se dirigea vers la mer. Les honneurs souverains, qui avaient été refusés au moment de la mort, furent alors rendus par la garnison anglaise puis par la division navale française.

Le gouverneur anglais fit au prince de Joinville la remise du cercueil, qui fut transporté a bord de la frégate 2 .

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