LIBRAIRIE RENOUARD — H. LAURENS, ÉDITEUR
6, RUK DE TOURNON, 6
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Vue de l'Hôtel des Monnaies (1779).
Gravure de Thomas Yivarès (Bibliothèque de la Monnaie).
LES ANCIENS HOTELS DES MONNAIES DE PARIS
En face de la pointe de l’ile de la Cité et du terre-plein du Pont- Neuf, où la statue du roi Vert Galant semble regarder avec son sourire narquois de Béarnais la foule pressée qui se rend d’une rive à P autre de la Seine, s’élève, en façade sur le quai Conti, en bordure sur la rue Guénégaud à l’ouest, formant pendant à la Bibliothèque Mazarine, à l’est, et attenant au sud à des maisons particulières et à une cour de l'Institut, un majestueux palais orné de colonnes sur son avant-corps, dont l'aspect extérieur rappelle le style architectural des œuvres du célèbre Gabriel, c'est b Hôtel des Monnaies.
Construit à la fin du xvme siècle par un habile architecte, Jacques-
L’HOTEL DLS MONNAIES
Denis Antoine, il n’a pas changé de destination depuis cette époque.
.11 existe encore sur la rive droite de la Seine une rue de la Monnaie, que bordent des deux côtés, sur sa plus grande partie, les magasins de la Samaritaine . Bien des Parisiens ne s’expliquent pas comment cette rue se trouve de l’autre côté de la- rivière, en face du bâtiment actuel qui porte ce nom, et en est séparée par le Pont- Neuf.
Ce nom rappelle le souvenir d’un établissement monétaire antérieur, qui, construit en cet endroit et s’étendant à l’est au delà de la rue du Pont-Neuf, disparut auxvm6 siècle lorsque, tombant en ruines, il fut démoli et remplacé par l’Hôtel actuel du Quai Conti.
L’Hôtel des Monnaies de Paris ne fut pas installé, dès l’origine, rue de la Monnaie ; de plus, il n’a pas été le seul atelier de frappe existant sous l’ancien régime. La fabrication des espèces, des médailles et des jetons, que centralise actuellement l’Administration des Monnaies et Médailles, fut au cours des siècles passés, répartie, d’une façon suivie ou passagère, entre plusieurs établissements, dont nous allons retracer l’existence et les diverses transformations :
1° La Monnaie de Paris ;
2° La Monnaie de Nesle ;
3° La Monnaie des Étuves ou du Moulin ;
4° Le Balancier du Louvre ou Monnaie des Médailles.
Ces divers ateliers, tout en ayant une large indépendance, étaient placés sous la surveillance et le contrôle de la Chambre des Monnaies, érigée en 1552 en Cour souveraine ; celle-ci, ayant dans ses attributions toutes les questions concernant la fabrication des monnaies et l’emploi des métaux précieux, avait comme justiciables aussi bien les officiers et ouvriers des hôtels monétaires de tout le royaume, que les orfèvres, changeurs, affineurs, joailliers et tous ceux qui faisaient le commerce de l’or et de l’argent.
1° La Monnaie de Paris. — Nous savons par un capitulaire de Charlemagne, de 805, que l’Empereur, dans le but de faciliter le contrôle <le la fabrication monétaire, ordonna que ses monnaies ne seraient plus frappées que dans son Palais; on ne saurait
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affirmer qu’il s’agissait de la demeure royale, édifiée dans l’île de la Cité.
Nous ignorons donc où se trouvait l’officine parisienne jusqu’au jour, qu’on ne peut préciser, où elle fut établie dans le quartier du Marais, rue de la Bretonnerie.
Dès le xiiir siècle, l’Hôtel des Monnaies avait dû quitter cet emplacement, car Félibien, dans son Histoire de la ville de Paris , nous raconte que le roi saint Louis, édifié par la sainte vie des religieux de la Sainte-Croix, en fit venir plusieurs à Paris et les installa dans les bâtiments précédemment occupés par son atelier monétaire. La rue prit alors le nom de Sainte-Croix de la Bretonnerie.
La Monnaie de Paris fut alors transférée rue de la Vieille-Monnaie , dans le quartier Saint-Jacques de la Boucherie. D'après les pians de Verniquet 1789-1794) et de Jacoubet (1836), nous voyons que cette rue faisait suite à la rue de la Savonnerie; elle coupait le carrefour formé par la rue des Ecrivains et la rue de la Heaumerie.
En 1636, suivant Jaillot, la rue de la Vieille-Monnaie était aussi appelée rue Passementière.
Ces rues disparurent dans les travaux d’édilité exécutés sous le règne de Napoléon III, pour le percement du boulevard Sébastopol; les plans que nous avons cités permettent de retrouver exactement remplacement de la rue de la Vieille-Monnaie : entre le n° 96 de la rue de Rivoli et le n° 25 de la rue des Lombards.
Les historiens parisiens Sauvai et Jaillot ignorent à quelle époque exacte et pendant combien d’années l’atelier royal fonctionna rue de la Vieille-Monnaie. Probablement, par suite d’une confusion, le premier de ces historiens affirme que Philippe le Bel établit sa Monnaie rue des Billettes (actuellement rue des Archives) ; la rue des Billettes coupant la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, cet auteur a, suivant toute vraisemblance, fait allusion aux anciens bâtiments que saint Louis avait concédés aux religieux de la Sainte- Croix.
Mais il est certain que, dès la fin du xiv® siècle, l’Hôtel des Monnaies se trouvait transféré dans le quartier du Louvre, où il devait rester pendant quatre siècles.
Jaillot cite, en ellet, le Censier de Saint-Denis de la Chartre*
d'après lequel, en 1387, la rue de la Monnaie est mentionnée, comme ayant substitué son nom à celui de la rue au Cerf.
Cette rue de la Monnaie est la rue actuelle, perpendiculaire à la Seine, rive droite, et donnant sur le Pont-Neuf.
L'Hôtel des Monnaies et la rue de la Monnaie, d'après le plan de Bullet et Blondel (1676).
(Collection E. Mareuse). .
Jaillot qui, publiant en 1772 le fascicule de ses Recherches critiques, consacré au troisième quartier de Paris (Sainte-Opportune), put encore voir les bâtiments de la rue de la Monnaie, avant leur démolition, affirme que leur style architectural permettait de les
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attribuer au règne de saint Louis ou de Philippe le Hardi. Les gravures qui nous en ont conservé le souvenir (plans de Jouvin de Rochefort (1675), de Bullet et Blondel (1676), et de Turgot (1734) ne reproduisent que des bâtiments qu’il est impossible de dater d'une façon précise ; ce qui ne permet pas de contrôler l’affirmation de Jaillot.
La rue de la Monnaie prolongeait la rue du Roule, à partir de Pau-
La rue de la Monnaie, d’après le plan de Turgot (1734).
(Bibliothèque de la Monnaie).
vienne rue de Béthizy et aboutissait à la place des Trois-Maries, en face le Pont-Neuf.
Une rue, donnant rue de Béthizy avait pris le nom de petite rue de la Monnaie ; c’était un cul-de-sac dénommé précédemment rue Alexandre -Lang lois .
Jusqu’au milieu du xvie siècle, toutes les monnaies royales, frappées à Paris, furent fabriquées rue de la Monnaie. Ainsi que nous le dirons plus loin, Henri II, dans le but d'enrayer les progrès du faux
monnayage, créa successivement deux nouveaux ateliers, la Monnaie de Nesle et la Monnaie des Etuves ou du Moulin; ce dernier atelier pourvu d’un matériel nouveau de fabrication mécanique.
Le travail, ralenti ou même suspendu momentanément rue de la Monnaie, reprit bientôt son activité, par suite de l’opposition que la Cour des Monnaies n’avait cessé de faire aux nouveaux procédés employés à la Monnaie du Moulin ; nous en parlerons plus loin.
Des le début du xvne siècle, le Roi songea à donner à son atelier monétaire un emplacement plus commode et plus moderne ; il voulut d’abord en 1613, malgré la Cour des Monnaies, le transférer dans l’Hôtel de Matignon (rue de Yarenne) et installer dans les bâtiments de la rue de la Monnaie la congrégation de l’Oratoire, instituée par Pierre de Bérulle, et que la reine-mère, Marie de Médicis, comme fondatrice, protégeait particulièrement.
L’obstination de la Cour des Monnaies l’emporta momentanément sur la volonté royale ; mais elle ne put empêcher qu’en 1617, par lettres patentes du mois de juin, ainsi que nous le rapporte Félibien, Louis XIII fît don à Gabriel Cotignon, notaire et secrétaire royal, d’une place dépendant de l’Hôtel de la Monnaie, appelée Jardin de la Monnaie , pour y bâtir une maison et en jouir et disposer, lui et ses successeurs.
Le Roi persista dans ses intentions; mais, sans désaffecter l’Hôtel des Monnaies, il en transféra les services au Louvre, ou, sous la direction de Jean Yarin, il fit procéder à la grande refonte des monnaies et à la frappe des nouvelles pièces d’or, les louis , au balancier. Le célèbre artiste, malgré l’opposition de la Cour des Monnaies, qui durait depuis près de cent ans, avait fini par faire substituer définitivement le balancier au procédé archaïque de la frappe au marteau , employé presque jusqu’à la fin du règne de Louis XI 1 1 dans l’atelier de la rue de la Monnaie.
Sauvai nous parle de ce transfert en ces termes :
« Il en a été au Louvre de la Monnaie ainsi que de l’Imprimerie, et n’étoient séparées l’une de l’autre que par un vestibule; l’appartement qu’on lui avoit donné étoit beau, spatieux, commode, magnifique, et jamais elle n’avoit été si bien placée. Chacun crovoit alors qu’elle ne sortiroit point de la Maison du Roi
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(( Varin, l’un des plus excellens graveurs et des plus adroits monoieurs du monde, en avoit la direction sous le meme maître, le même instituteur et le même surintendant qui avoient fondé et maintenu rimprimerie Royale. Nous y avons vu battre en moins de quatre ans, plus de cent vingt millions ; de là sont parties ces belles espèces que nous appelions louis, qui, pour leur rondeur juste et égale, ont mérité l'admiration de nos ennemis.
« Nonobstant un si beau travail, la Monoie n’a pas été plus heu-
Pièce de 10 louis frappée au Louvre par Jean Varin. (Musée de la Monnaie).
reuse que l'Imprimerie. Ce beau logement qu’on lui avoit donné, n’est plus qu’un lieu vague et inutile; et pour elle, depuis peu, elle a été transférée dans des trous et des nids à rats, petits, obscurs et embarassés les uns dans les autres. »
La Monnaie dut réintégrer ses « trous » et ses « nids à rats », vraisemblablement à la fin de la carrière de Jean Varin, mort en 1672.
Louvois avait songé à la transférer sur la place Louis-le-Grand (place Vendôme) ; mais ce projet ne fut pas mis à exécution.
La place manquait pour les divers services, bien qu’un arrêt du Conseil d’Etat, du 5 août 1669 eût fait réunir le « jardin » qui avait été distrait de laMonnaie, cinquante ans auparavant, en faveur de Gabriel Cotignon ; aussi, pour y remédier, des arrêts du Conseil d’Etat des 12 mai et 4 juillet 1705 annexèrent une maison dite
Y Hôtel de Mantoue, rue de la Monnaie, et une autre maison contiguë, située rue Thibaut-aux-Dés.
L'hôtel de Mantoue, attenant aux bâtiments de l'Hôtel de la Monnaie, fut acheté au sieur de Th u mer y, seigneur de Boissise, conseiller au Parlement et président des Enquêtes, qui, agissant en son nom, comme époux de Madeleine Le Tellier, et au nom des parents de sa femme, cohéritiers de la maison, avait offert au Roi de lui céder cette propriété, pour la somme de 40 000 livres.
L'hôtel de Mantoue avait été loué en 1701, moyennant 1 800 livres au représentant de la Monnaie ; un petit corps de bâtiment, compris dans la vente de 1701, en avait été distrait, en 1695, par un bail consenti à Pierre Rigolet, serrurier.
Les « nids à rats » dont parle Sauvai. ne permettaient guère de donner au directeur de la Monnaie un logement convenable. C'est pour cette raison que le Roi fit acheter la maison sise rue Thibautaux-Dés ; elle fut payée 47 000 livres à Marie Boucher, veuve Pagnon, qui l’avait acquise de la succession de Louis Alvarez, trésorier des Cent Suisses de la Carde Royale.
Malgré ces accroissements, la place faisait défaut ; les bâtiments étaient notoirement insuffisants. La Cour des Monnaies semble avoir été toujours hostile à un transfert dans un autre quartier et à une reconstruction, qui cependant devait être nécessaire, si nous en croyons les contemporains. L’autorité supérieure, par contre, voulait un changement radical.
M. A. Babeau, dans un article paru récemment ( Les Pépinières da Roule , 1905), a fait connaître un projet grandiose, dont Abot de Bazinghen a dit quelques mots dans son Traité , projet dû à l’initiative du célèbre contrôleur général des Finances, Law. Sur son ordre, le 20 janvier 1720, un architecte des Bâtiments du Roi, le sieur d'Ulin, qui avait été nommé, en 1712, inspecteur et contrôleur des bâtiments de la Monnaie, aux appointements de 800 livres, en remplacement du sieur Levé et qui fut, en 1716, confirmé dans ses fonctions, dressa le plan d'un nouvel hôtel devant être édifié sur remplacement de la Pépinière du Roule. L'utilité de cette pépinière avait été singulièrement diminuée par suite des accroissements successifs des pépinières des châteaux royaux; aussi Law conçut-il
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le projet d'y transférer l’atelier monétaire, dont l’installation était si défectueuse.
Le plan qui a été conservé, permet de connaître la situation exacte des bâtiments projetés; ils devaient être limités par les rues actuelles de la Boétie et de Berri et par l’avenue des Champs-Elysées, sur laquelle devait se trouver l’entrée principale.
On pénétrait par une cour flanquée de constructions, destinées à servir d’appartements au directeur et aux divers officiers ; à l’extrémité, la cour du monnayage formait la partie centrale d’un corps de
Projet de reconstruction de l’Hôtel des Monnaies, au Roule. (Dessin. — Cabinet des Estampes).
bâtiment de forme hexagonale, qui contenait les bureaux de la délivrance et une chapelle.
Des fonderies, des laboratoires, des ateliers, ainsi que des jardins destinés aux officiers complétaient ce vaste ensemble. Le projet était trop vaste; il faut aussi reconnaître que l’emplacement choisi était assez éloigné du centre commercial de cette époque.
Aussi ne fut-il donné aucune suite au plan dressé par l’architecte IJlin. Ce qui n’empêcha pas, cependant, que la Pépinière du Roule ayant été transférée dans un autre endroit, les terrains, devenus disponibles, fussent laissés au directeur de la Monnaie, Regnard, auquel ils avaient été concédés en vue de la construction projetée. Celui-ci les transmit à sa mort 1741), à son frère, qui en obtint la jouissance,
pour vingt années, moyennant le paiement d'une somme de 14 000 livres.
A la On du xvin0 siècle, une partie du terrain, sur laquelle les monnayeurs avaient été autorisés à établir des hangars, fut cédée au comte d'Artois, le futur Charles X, qui y lit, construire ses écuries, connues sous le nom d ’ Ecuries cl’ Artois. Une autre partie de ce terrain avait été vendu, en 1766, au curé de la paroisse de Saint- Philippe du Roule, lors de la construction de l'église.
Plan du quartier du Roule avec l'emplacement projeté de l’Hôtel des Monnaies.
(Dessin. — Cabinet des Estampes).
Le projet de Lavv ayant été abandonné, les successeurs immédiats du trop entreprenant financier paraissent s'être complètement désintéressés des améliorations si urgentes à apporter à batelier monétaire.
Ce ne fut qu'en 1755 qu'on songea à apporter un remède sérieux à l'état lamentable dans lequel se trouvaient les bâtiments de la rue de la Monnaie. Par arrêt du Conseil d’Etat, en date du 8 juillet, le Roi « étant informé de la nécessité qu’il y a de reconstruire l’Hôtel « de la Monnoye de Paris et que pour parvenir à ladite reconstruc-
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a tion, suivant les plans qui en ont été présentés à Sa Majesté, il « est également nécessaire d’acquérir et réunir au terrain dudit « Hôtel plusieurs maisons qui y sont adossées, joignantes et con- « tiguës dans la rue de la Monnoye, ainsi que dans la rue Bétizy et « dans la rue Thibaut-aux-Dez » ordonna d’acheter toutes ces maisons, en vue de la reconstruction projetée.
L’arrêt énumère les noms des propriétaires; les maisons à acquérir rue de la Monnaie appartenaient au sieur Gaignard, à la veuve et aux héritiers du sieur Tousset (lisez : Roussel), au sieur Letellier, à la veuve du maréchal de Nangis ; celles des rues de Bétizy et Thibaut-aux-Dés, au sieur Montenval (ou Montauval) ou à ses représentants, au sieur Levasseur «l'Iléi •ouville, au sieur et à la demoiselle de Beaufort, au comte de Bouillé, aux héritiers du sieur de la Martinière, à la fabrique de Saint-Germain-l’Auxerrois, à la veuve Marcault, à la marquise de Ghevrières (ou de Chevrier), au sieur Thiberge, au sieur Josse, au sieur Masse et au président Mallet et consorts.
Lesdites maisons devaient être rendues vacantes le 1er octobre suivant et l’estimation devait en être faite par l’architecte Guillot Aubry, inspecteur et contrôleur des bâtiments de la Monnaie.
Ln plan fort intéressant, dressé en 1773, qui est conservé aux Archives Nationales et qu’a publié récemment M. L. Taxil dans les Procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris ( 1903), nous donne les emplacements exacts des diverses maisons qui devaient être acquises, conformément à l’arrêt du Conseil d’Etat de 1733. On peut se rendre compte que les accroissements étaient considérables et que les terrains de la Monnaie et ceux qu’occupaient les bâtiments qui lui étaient annexés, permettaient la construction d’un monument fort important, répondant aux exigences de la fabrication des monnaies.
Suivant l’intention du Roi, des plans de reconstruction furent établis ; nous voyons par ceux de l’architecte Boullé, conservés dans la Bibliothèque de la Monnaie, que la façade du nouveau palais devait se trouver sur la rue de la Monnaie.
On pénétrait, par un vestibule décoré de quatre colonnes, dans une cour principale, de forme rectangulaire; les constructions élevées
sur les côtés et dans le fond de cette cour étaient destinées aux bureaux, aux laboratoires, aux manèges et aux autres services; par derrière, se trouvaient la chapelle, les forges, les fonderies, les écuries, etc.
La cour principale conduisait, par deux passages, à une cour, du côté de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, et a la cour des travaux, du côté de la rue de Bétbizy, en bordure de laquelle se trouvaient les ateliers des balanciers. Les pièces en façade étaient affectées aux assemblées des Commissaires des Monnaies, au corps de garde, au logement du suisse et à un vaste appartement.
Au premier étage se trouvaient les laminoirs ; le second étage était occupé par des appartements.
Nous voyons d’après ces plans que les bâtiments de la Monnaie, en façade sur la rue de ce nom, étaient bordées, d’un côté par la rue de Bétbizy, de l’autre par des maisons donnant sur la rue de la Monnaie et la rue Saint-Germain-l’Auxerrois ; les constructions du fond étaient en partie sur la rue Thibaut-aux-Dés et en partie attenantes à des maisons donnant sur cette rue et sur la rue de Bétbizy.
Ces projets, s’ils avaient été suivis d’exécution, auraient certainement donné une installation plus commode aux divers services, mais les bâtiments nouveaux auraient toujours été resserrés entre des rues étroites, sans dégagement, sans air et sans vue.
Dans le but de remédier à ce dernier inconvénient, l’abbé de la Grive avait proposé, avant 1750, de réunir, par une rue nouvelle, le futur Hôtel des Monnaies au palais du Louvre.
Deux plans manuscrits conservés dans la bibliothèque de la Monnaie permettent de se rendre compte des transformations qui étaient proposées.. Une rue devait être percée, perpendiculairement à la façade, rue de la Monnaie ; elle devait couper la rue de l’Arbre- Sec, passer au nord de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois et aboutir à une nouvelle esplanade, qui aurait fait disparaître une grande partie des maisons de la rue des Poulies, et quelques maisons de la rue des Fossés-Saint-Germain, afin de dégager la colonnade du Louvre; une autre rue devait être aussi percée, au Nord, pour prolonger la rue de Bétbizy.
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La colonnade du Louvre eut donc été visible de la façade de F Hôtel des Monnaies.
Ces projets ne furent pas adoptés; leur exécution eût exigé des dépenses considérables, peu en rapport avec le résultat obtenu ; remplacement ne se prêtant guère à une construction d’aspect vraiment royal.
L’abbé de la Grive, qui parait s’être rendu compte de ces difficultés et des critiques fort justifiées que soulevaient les travaux de dégagement nécessaires, avait ensuite suggéré, en 1750, une reconstruction sur l’emplacement du grand et du petit hôtel de Gonti.
Un plan gravé (Bibliothèque de la Monnaie) nous prouve que Fabbé de la Grive voulait qu’en même temps que ce transfert, on exécutât d’importants travaux de vicinalité ; la rue Dauphine devait être prolongée et aboutir à une vaste place, au centre de laquelle devait être élevée une statue du Roi.
Le texte, qui accompagne la gravure, donne des indications fort curieuses sur le projet; ces explications méritent d’être reproduites :
« Projet pour transférer l'ILôtel de la Monnoie à l’Hôtel de Gonti.
« L’Hôtel de la Monnoie qui contient 1 100 toises de superficie, périt de vétusté. U s’agit d’y en conslrnire un nouveau, ou de le transférer sur le terrain acquis par la Ville à l’hôtel de Gonty, qui, étant reculé comme on voit en ce plan, contiendra encore 2 700 toises.
« L’objet de ceux qui désirent le voir rebâtir où il est, est de le mettre en face de la rue que l’on suppose devoir être percée dans l’allignement du Louvre. Cette rue dont on se forme une si belle idée n’est qu’imaginaire. Elle friseroit de trop près l’église Saint- Germain, et la quantité de belles maisons qu’il fa adroit abbatre pour la dresser, jetteroit dans des dépenses énormes qui ne permettent point d’en jamais présumer l’existence. D’ailleurs cet allignement tend au point où se termine aujourd’huy la Monnoie, à 43 toises de la rue Bétizy, et à 31 de la rue Saint-Germain. On ne peut donc placer la Monnoie en face du Louvre, à moins qu’on ne la raproche du Pont-Neuf. En ce cas, il faut dépenser 450 000 livres en acquisitions pour procurer à une croisée de ce nouvel hôtel la perspective du portail du Louvre au bout d’une rue longue et étroite. Ge faible
agrément peut-il être comparé à Faspecte (sic) dont jouit l’hôtel de Conty en face du Louvre.
c( Cet objet .qui seul pouvoit séduire, ne pouvant être réalisé, voici les inconvéniens :
1° La rue de la Monnoie est très marchande; plus on y prendra de terrain pour le nouvel Hôtel, plus le commerce public en souffrira.
2Ù Le service de la Monnoie cessera tant en démolissant qu’en construisant.
3° L’éloignement où l'on sera obligé de placer les atteliers rendra la construction plus coûteuse au moins d’un cinquième.
4° La voie publique interdite par l’embaras des matériaux et des ouvriers ruinera les habitants du quartier. »
A l’appui <le ses propositions, l’abbé de la Grive indique le montant présumé des dépenses, pour la reconstruction rue de la Monnaie et quai Conti.