‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 65 sur 236 · IV · texte numérisé non relu

IV

5. c Pour avoir nettoyé par Thierry Sandou vi penneaulx de voirre en la sale Saint-Thomas, par marchié fait à luy, vi s. » (Comptes, VI, 140.) —

s'élevait un autel ou deux^ A Plnfirmerie et à la Salle-Neuve était dérobé, derrière une tenture historiée, le < chaslit des corps », oti Ton déposait les morts jusqu'à leur départ pour le cimetière'. Combien de lits renfermait chacune des salles de PHôtel-Dieu? combien de malades y pouvait -on recevoir? Un document du zv* siècle, anéanti dans l'incendie de 1 871 , mais dont V Inventaire" sommaire^ nous a conservé une analyse assez détaillée, quoique incomplète encore, permet de répondre à la première question. Le double renseignement que nous cherchons nous eût peut-être

c Pour avoir baillé et livré cinquante et une verge à voirre pour TEnfermerie, du costé de la rivière, xxv s. vi d. p. » (Ibid., XYII, 140.) — a Pour avoir remys à point deux voirrieres bien dommagées, où il y a en Tun saint Grégoire et en l'autre une Nostre-Dame, servans en la Salle-Neuf, du costé de la rivière, xvi s. p. > (Ibid., XVII, 55.) — c Pour iiii loques batens, garnis de ce qu'il y appartient, pour les fenestres qui sont sur les malades, iiii s. » (Ibid., III, 234.) — « Pour iiiixx x toises de cordeaux faitiz pour clore et ouvrir les fenestres d'entre les malades, la toise 11 d., valent. xv s. 1 (Ibid., III, 258.) — c Pour une fenestre coulant, de quatre piez de long et de deux piez de lé, mise en l'une des lucarnes estant en la première sale et entrée de cest hostd, du costé destre, pour boiz et paine, viii s. p. » (Ibid., IV, 227.)

— c Pour xvi poulies de cuivre, pour icelles mettre es lucarnes des grandes fenestres estans en l'entrée de la salle de cest hostel, pesans ensemble xvu 1. III quars, xxxv s. 9 (Ibid., VIU, i33.) -~ < Pour xv chevilles de fer, où il a à chascun me pâte à l'un des boux, pour les poulies de cuivre qui servent aux fenestres coulisses au-dessus des malades, xvi s. 1 (Ibid.*, VIII, 169.) — c Item, pour faire traillicier xii fenestres de fil d'archat, xxxvi s. p. 1 (Ibid., VII, 141.) ^- c Pour avoir fait refermer les haultes fenestres au-dessus des litz aux malades et pour avoir fourny les cordes qui estoient neccessaires, un s. p. » (Ibid., XV, 216.)

1. c Lambertus dictus le Guete, bucherius, legavit Domui Dei unam

culcitram cum ejus coussino et duobus Itntheaminibus auricularique ac una

culcitra picta seu, gallice vocata, coute-pointe pro pauperibus infirmis

ibidem jacentibus ante altare situatum et fundatum in introitu dicte Domus

Dei 9 (À. P. i52G, n* 898.) — a in cujus (Domus Dei) certis partibus

certe capelle et oratoria dirata existunt.... » (Arch. nat., L 533*^.) — Règlement du XVI* siècle, art. 4.

2. c Et au bout de la sale de l'Enfermerie vit sur une couche de bois plusieurs morts, ja enfsevelis, prestz d*estre en terre enfouys. » (Livre de vie active, 109.) — c Pour faire 11 grans gons à mettre une verge de fer qui est au bout de la Salle-Neuve et soustient la custode devant les trespassez, xvi d.

— Pour ung tableau de boys fait par Jean Morille, huschier, pour mettre et asseoir une ystoire sur le chaslit des corps trespassez, au bout de la sale, viii s. — Pour une colombe mise par led. Morille en la première porte de Petit-Pont, prés du chaslit aux corps. » (Comptes, III, 234; IV, 222, 225.)

3. N" 5 100. Publié en partie dans V Étude sur les hôpitaux^ 495.

lY. — LES MALADES A L^HÔTEL-DIEU. 7 3

été fourni par un billet d^indulgences du xyi* siècle, récemment découvert et publié \ si cette pièce ne nous fût parvenue mutilée : dans son état actuel, elle nMndique plus que le nombre des lits de deux salles, nombre sensiblement supérieur à celui du siècle précédent. Cette donnée nous suffit toutefois pour établir approximativement le nombre des lits des autres salles; car, d'une part, nous connaissons la superficie de chacune d'elles, et, de Tautre, les dimensions des lits, environ i'°'5o de large sur 2 mètres de long, soit 3 mètres carrés de superficie, et 4 mètres en tenant compte de l'espace laissé libre pour le service :

Nom des Nombre de lits Dimensions Lçur Nombre

saUes XV* s. xyi* s. des sailes superficie de places

Infirmerie 54 92 [3 2" j sur 12" [384]». 0. [276]

Saînt-Oenis 80 io8 ^^^ [^ J [5oo] [324I

Saint-Thomas 60 [70] 24 11 70 280 80 [210]

Salle-NeuTe 85 [147] [5o] 12 [600] [441] Chambre des

accouchées 24 [3o] » » i l3o]*.

On voit^ diaprés le tableau qui précède, que chaque lit pouvait recevoir jusqu^à trois personnes. Il n^y a là rien qui doive surprendre : on ne construisit pas, au moyen âge, pour les hôpitaux, des lits spéciaux, comme on le fait pour nos établissements modernes; les lits en usage à PHôtel-Dieu étaient, au point de vue des dimensions, du tout identiques à ceux qu'on rencontrait chez les particuliers, et Ton sait qu^au xv« siècle et au xvi* siècle, notamment, les lits étaient de grande dimension. On en trouve d^innombrables spécimens dans les miniatures des manuscrits, sur les vitraux des églises; tantôt on voit une jeune fille couchée seule dans un lit oti elle pourrait recevoir, à ses côtés, deux de ses compagnes'; tantôt, dans une chambre d*auberge, on aperçoit

1. Texte et fac-similé dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de VIle-de-France, i885, XII, 27-29.

2. Nous croyons qu'on ne mettait qu'une femme enceinte dans chaque lit; délivrée, elle couchait son enfant A ses côtés. En avait-elle déjà un ou deux et les avait-elle amenés avec elle à l'hôpital, elle les plaçait aussi sur son lit.

3. Bibl. nat., ms. fr. 93 (une femme et son enfant dans un lit); ms. fr. 166, fol. 69 V*, 72, 76, 80 v*, 81, 87, 89, 97, 109, x5o V"; ms. fir. 218 (un malade, dans sa maison, couché dans son lit; en face, boutique de l'épicier); ms. fr. 239, fol. 256 V*, 297 (une femme et son enfant dans un lit); ms. fr. 2829, fol. 104; ms. fr. 12574, 16997 (malade dont le médecin examine l'urine).

74 PREMIÈRE PARTIB.

trois voyageurs dormant ensembk sans se gêner Tun ^autre^ Nous ayons même un document figuré directement relatif à l'Hôtel-Dieu de Paris; c'est une miniature, unique en son genre, peinte dans le Livre de vie active; Tartiste conduit le spectateur dans une salle de l'hôpital et le met en présence de trois couches : dans celles de droite et de gauche, deux malades auxquels on pourrait adjoindre un compagnon ; celle du milieu est occupée par un malheureux qui, à en juger par la pâleur de son visage, doit être à la veille de trépasser '.

Cet usage de lits à trois places, qui nous choque si fort aujourd'hui, ne paraissait nullement étrange aux Parisiens du temps de Louis XII et de François I*'; au xvi® siècle, on réforma Phôpital, on introduisit dans le service maintes modifications : jamais il ne hit question d'abandonner le type de lits jusqu'alors adopté. Le règlement de i535 recommande de ne pas coucher avec un pestiféré un nouvel arrivant qui ne l'est pas : n^est-ce pas faire placer ensemble tous les contagieux'? Autant que possible, du reste, on couchait chaque malade seul^ ; on n'agissait autrement qu'une fois tous les lits occupés; dans les années de « pestilence », la place faisait-elle^ malgré tout, défaut, on en gagnait en rapprochant trois ou quatre couches Pune de l'autre; sur ces lits, ainsi juxtaposés et que les gens de service ne considéraient plus que comme une couche unique^ on arrivait à mettre douze ou quinze malades. Le procédé n^était sans doute pas irréprochable; mais valait-il mieux laisser ces malheureux mourir de faim et de froid sur le Parvis'?

Et puis, d'ailleurs, ces années d'encombrement et de gêne n'étaient pas si fréquentes,, ni la population de l'Hôtel-Dieu si nombreuse qu'on s'est plu jusqu'ici à le dire et à le croire ^. Il

1. Vitrail de Téglise de Triel (Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cantoa de Poissy).

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