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QUATRIÈME VACATION

De larges vides. La curiosité s’épuise au fur et à mesure que diminuent les numéros du catalogue.

Eds Tru FT ou à !

Les amateurs ont presque tous disparu. Les marchands par devoir sont présents, beaucoup guettent une occasion ; parmi eux deux Anglais bien connus, venus pour les sèvres.

Pendant que Mannheim prépare sa vacation, en rangeant les saxes, les montres et les bijoux, on fait cir-

culer un journal qui reproduit une lettre très spirituelle

de M. Philippe Burty, le nouvel inspecteur des Beaux- Arts, dans laquelle il raconte de Febvre une charmante anecdote :

« J'ai peu connu Febvre, n'étant qu’un amateur qui » loge plus de désirs dans sa cervelle que de louis dans » son gousset ; mais j'avais en grande estime cet » homme poli, au regard fin et sanglier pour les sots.

» J'étais un jour chez lui et, dans un angle, je vois » une très petite étude d’Ingres d’un caractère surpre- » nant : un homme à longue barbe grise se tenant la » tête à deux mains et au-dessus, avec un frottis, des » remparts d’Autun qui sont dans le Saint Symphorien, » enfin un pied nu d’une construction digne des maîtres » italiens les plus sincères.

» — Vous aimez donc Ingres, me dit-il avec ce regard » qui brûlait derrière ses lunettes.

» — Pas du tout dans ses tableaux, mais beaucoup » dans ses études.

» — Que vous me faites plaisir! Voilà dix ans que » j'ai cela chez moi. Vous êtes le premier qui l’ayez » touché. Monsieur Burty, je vous en prie emportez-le. » C’est un cadeau personnel.

» Il fallut me défendre et tout ce que j’obtins, ce fut » de le payer ce que lui-même l'avait payé, 70 ou 80 fr., » je crois, dans une vente où personne n'avait fait » attention à ce morceau qui, tout réduit qu'il soit, donne » une forte idée du maitre. »

bi 372 L'HOTEL DROCUOT ET LA CURIOSITÉ EN 48.

Autre anecdote racontée par M. Auguste Dalligay du a Journal des Arts. +.

. Une des dernières fois que je le vis, dans le courant » de l'été dernier, il ouvrit devant moi la plus précieuse » des vitrines et, me montrant d'un gesteune trentaine » d'objets :- » — Estimez-moi cela, me dit-il » — Il y en a bien pour cinquante ou soixante-mille » francs, lui répondis-je un peu rapidement.

» — Je ne donnerai pas le tout pour cent mille! Déci- » dément. vous n'êtes pas fort en calcul, vous! » — Que voulez-vous, mon cher, un Journaliste : » Nous autres nous révons de millions ; maïs quand il » s'agit d'additionner seulement vingt francs, nous » DOUS trompons presque toujours! »

Ce que Febvre venait de montrer, c'étaient ses chasses byzantines, monuments si précieux de l'art au xar siècle: c'était encore toute la série des émaux de Limoges, vendus la veille avec tant de suecès.

Das baie eu es mi de entourée de charmantes peintures signées Lesueur; dessus. Véaus sur son char; au fond un amour aiguise ses fièches : au pouriour, un chien assis Sur un coussin rouge; puis, dans des médaillons, des fleurs, des attri-buts et des tourierelles se becquetant. 8,000 francs.

Une boite ronde en vernis Martin - la Lecon de flûte, d'après Boucher. 600 francs.

Une boite oblongue en écaille ave lo-partrel ser émail de ke Grende Moine 1.700 francs.

Une grande miniature sur ivoire - portrait de Là PR

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cesse Charlotte, archiduchesse d'Autriche, cheveux retenus par des perles, robe violette traversée par une écharpe blanche.

Vient ensuite une ribambelle de montres en or, gravées, guillochées, émaillées, ciselées, à répétition, à portraits, quelques unes de forme bizarre, presque toutes françaises, de l’époque Louis XVI. — Une trentaine environ vendues de 50 à 200 francs. — Pas bien chères, mais pas bien belles non plus.

Arrivent les vieux saxes :

Bacchus sur un tonneau, 510 francs.

Deux figurines assises : Un joueur de musette et une joueuse de vielle, 305 francs.

Le Char d’Apolion traîné par trois chevaux en bronze doré, 2,020 francs.

Bergères et Bergers assis sous un arbre, en ancienne porcelaine de Kronenburg, 880 francs.

Puis le tour des sèvres, pâte tendre, attendus impatiemment par quelques-uns :

Epoque Louis XV. — Une écuelle ronde, à plateau ovale : fond vert pomme rehaussé de dorure et décoré de fleurs en festons, 1,420 francs.

Epoque Louis XVI. — Une tasse droite, décorée d’oiseaux et de feuillages, 325 francs.

Deux sucriers oblongs et à lobes avec plateaux à fiiet bleu au bord, rehaussés de dorures et de jetés de fleurs,

Un pied de jardinière découpé à jour, orné de médaillons renfermant des paysages sur fond vert, 600 francs.

Une écuelle, décor à œil de perdrix d’or sur fond bleu, avec des médaillons d'oiseaux et des couronnes de fleurs, 310 francs.

Et pour finir, les petits objets variés :

Hausse-col de la fin du xvr° siècle, en cuivre rouge

« Cru 27 = =

| AR ci Z74 L'HÔTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1882. LR repoussé : Combat de piétons et de cavaliers, 1,300 fr. Vêtements ayant appartenu à Napoléon [, vendus 300 franes sous le n° 32 du catalogue de San-Donato, — en baisse sérieuse! — 30 francs.

Un jeu de loto très curieux an - de Louis XVL, 190 francs.

Deux cogs en émail cloisonné Ce 570 francs !

quel prix pour ces deux cogs, sans doute destinés à la : reproduction !

La Folie et [ Amour. bes-rolioiou cire steé spslieie À sur ardoise, époque Louis XVI, 260 franes.

Une grande bibliothèque de Boule assez médiocre, époque Louis XIV. 910 franes.

Un médaillier Louis XVI en marqueterie de bois, 1,020 francs.

Le reste serait trop insignifiant et trop long à énumérer. La corporation des débineurs ne nous le pardonnerait pas, et l’on ne saurait trop la ménager. En somme, puisque tout doit se résumer par des chif- . fres en ces matières, indiquons le total de ces cinq grandes journées : 692,158 francs.

Les procès-verbaux signés de M. Henri Lechat et M. Paul Chevallier seront, pour la postérité, les parchemins d'Alexis Febvre, dans l’armorial de l'Hôtel des Ventes. C'est ce qu'il avait voulu |

La collection Michel Pascal. — Tout en faïence ! — Les premiers amateurs. — Le vieil imagier. — La chasse aux vieux Rouen. — Les produits de Strasbourg, de Nevers, de Lille, des Islettes.

. — Les faïences populaires. — Principales adjudications.

Paris, 12 mai.

. « Le roi délibéra de se mettre en faïence, » écrit quelque part Saint-Simon. Ce jour-là, la faïence fut, — comme la lumière le premier jour de la création. La cour s’empressa d'envoyer, avec dédain, aux creusets de la Monnaie, les chefs-d’œuvres de Ballin et de Pierre Germain. Un monde fragile, mais pittoresque, sortit des ateliers de Rouen et de Nevers. La faïence devint une vaisselle de luxe. Les grands seigneurs commandérent des services à leurs armes. Bientôt la mode, exagérant comme toujours cet engouement nouveau, tout dut se faire en faïence : les poêles, les violons, les sucriers. les fontaines, les huiliers, les surtouts de table, les râpes à tabac, les cartels de montre, les lampes d'église et les pupitres à écrire.

Cela dura cent ans. Mais hélas, ici-bas, tout lasse. tout passe et tout casse, — surtout la faience. — Au commencement de ce siècle, elle fut chassée par la terre de pipe et le bon marché de la porcelaine blanche. Après avoir régné en souveraine, elle cessa peu à peu d'être en usage. Bientôt même elle disparut entièrement de tous les intérieurs élégants.

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Trente ans s’écoulérent pendant lesquels on n'y songea guère. Mais les Sauvageot, les Pottier, les Davillier, les Leroux, les Du Boulay, veillaient. On n’en voulait plus : ils la recueillirent, ils la mirent en honneur dans leurs cabinets de collectionneurs. Heureux temps! C'était l’âge d'or! Il n’y avait pas encore de Société du vieux Rouen montée par actions.

On commença par sauver de la destruction les rustiques figulines de Bernard Palissy et de ses continuateurs. On rechercha les faïences d'Oiron, « ces originaux et ces sphynx de la curiosité, » et puis on passa aux faïences italiennes à reflets métalliques, et l'appétit venant, on aborda le xvire et le xvir° siècle, dont on recueillit tout ce que l’on put trouver.

L'élan était donné. L'école romantique vint accentuer encore cette fièvre. Victor Hugo lui-même sacrifia à cette passion. Il mit dans son cabinet de toilette un pichet représentant Bacchus, et il écrivit joyeusement sur le socle ces deux vers :

Je suis fort triste, quoique assis sur un tonneau, D’être, de sac à vin, devenu pot à l’eau.

Il y a vingt ans, c'était une rage: on fouillait les greniers où dormaient oubliées les fontaines polychromes en compagnie des vieux portraits de famille, respectables, mais peu respectés des rats. On décrochait dans les fermes, du manteau de la cheminée, les saladiers de Rouen avec l’Ardre de l'Amour emprunté à l'imagerie populaire. On enlevait de tous les dressoirs à la campagne ces assiettes de Marseille aux fleurs trop rouges, aux feuillages trop verts. Le paysan se laissait faire. Il échangeait volontiers ses faiences séculaires pour du beau Creil ou du pur Montereau. A part lui, il disait sans doute : «En voilà un encore qui prend de la luzerne pour du blé. »

Cela devint enfin de la folie furieuse. On achetait tout : les plats à barbe, les épis de pignons, les moules à pâté de lièvre, les lions à crinière jaune condamnés à se regarder éternellement sans ennui, et jusqu'aux bourdalous intacts pour en faire des jardinières.

Elle est, du reste, charmante la collection de faïence ! Elle est décorative, elle plait aux yeux, elle provoque d'heureuses trouvailles, elle donne des bonheurs sans amertume. C'est un roman avec des anecdotes piquantes. Chaque pièce a son histoire. Ceci a coûté cinq sols, cela servait à donner à manger aux poulets. Ce grand plat contenait des pommes chez un fruitie’ de la rue du Temple. Ce pot à boire était le broc à cidre d’un cabaret de village. Cette aiguière appartenait à une vieille dévote ; il fallut faire des bassesses pour l'obtenir. Évidemment, en racontant tout cela, le collectionneur ne narre pas ses recherches inutiles, ses démarches perdues et ses déceptions profondes. Il ne dit pas que bien souvent, dans ses pérégrinations lointaines, au lieu de rencontrer des faïences il a rapporté des courbatures,. Mais fatigues et déboires sont bien vite oubliés par les fureteurs, comme le sont, pour la jeune mère regardant son nouveau-né, les terribles épreuves de la maternité.

Croyez-moi, rien de plus agréable aux yeux le soir, à la lumière d’un vieux lustre hollandais, que les couleurs variées de la salle à manger de l’un de mes amis, grand amateur de céramique et fort habile metteur en scène. Il a étudié ses effets avec le plus grand soin. Tout est réglé comme au théâtre. Jugez-en :

Ici, les grands plats de Rouen au décors rayonnant ressemblent à des soleils. Là, les faïences hispano-mauresques jettent autour d’elles leurs reflets irisés. Les belles plaques de Delft doré miroitent avec leurs merveilleux émaux bleus et rouges. Les assiettes de Moustiers avec leurs grotesques et leurs lambrequins de

Gillot, les nevers avec leurs Chinois peints au violet de manganèse, les bannettes à la corne et à l'œillet avec leur ton de brique pilée, constellent comme des étoiles les murs tendus d’andrinople, tandis que, grands et pâles, émergent de deux médaillons, en relief, des personnages au pourpoint jaune, étendant leurs bras pour soutenir des flambeaux. C’est féerique.

Je le sais, c’est accompagnée de la plus grande tristesse qu’elle a quitté le quai Bourbon où elle fut accrochée si longtemps, cette collection Michel Pascal qu'on a vendue la semaine dernière. |

Elle avait d’abord été l’ornement et la gloire de cette grande galerie de l’hôtel Pimodan, que Charles Baudelaire habita et qui est aujourd’hui la bibliothèque du baron Jérôme Pichon. Dans cet entassement de seulptures au ton blême, elle jetait une note vive et gaie; elle étincelait de couleur au milieu des maquettes grises et des modèles ternes en plâtre ; elle faisait de l'atelier un véritable musée céramiques, cette belle moisson lentement amassée !

Que de fois elles avaient provoqué l'envie, ces faïences bien vraies, choisies dans le temps où les truqueurs n’essayaient pas de tromper les naïfs! Que de gens bricabraconnant étaient venus tourner autour ! Les délégués des musées de Vienne et de Kensington avaient fait maintes fois des offres à leur propriétaire qui les avait repoussées ; car il avait des tendresses humaines pour chacune de ses pièces. Un jour cependant il hésita, non pour lui, mais à cause des siens : on lui avait proposé cent mille francs du tout; mais il n’hésita pas longtemps.

« Me séparer de mes faïences, répondit-il, jamais ! Plutôt mourir ! je les quitterai, elles ne me quitteront pas. »

Il avait dit vrai, le collectionneur, la mort seule a pu

l'en séparer, et ces souvenirs sont tout l'héritage de la veuve et des enfants laissés sans fortune.

Michel Pascal, élève de David d'Angers, était un sculpteur de talent. Ce fut un laborieux artiste d’une modestie sincère, qui s’inspira surtout du passé et qui semblait avoir vécu à l’époque gothique, tant il l’interprétait bien. On l’aurait pris pour un vieil imagier. I] avait un sentiment profond des époques primitives. À côté de son métier, il aimait l’art pour l’art. Il se privait de toutes les satisfactions matérielles et savait diner de rien pour acheter un bel objet qui le remplissait de joie.

Que de fois, au début, Pascal était revenu du fond de la Bourgogne, rapportant sur ses genoux un plat jusqu’à Paris, dans ces vieilles diligences cahotées que les chemins de fer ont remplacées. Infatigable, nous a dit l'un de ses amis, il trouvait après vingt ans le couvercle d'un sucrier, le dessus d’une soupière de Nevers, le complément d’un Sinceny. Le sculpteur sauvait, à Vézelay dont il restaurait la chapelle, toute une série merveilleuse de pots bleus de Nevers, livrés à des enfants sans pitié, qui en faisaient des charrettes ou des reposoirs. Un jour, on lui offrit en wagon 500 francs d'une écuelle à oreilles, dite towillon de la mariée, qu'il venait de trouver pour trente-cinq sous et qu'il tenait dans les mains. Une autre fois, moins heureux, des «compagnons du devoir » en goguette lui brisèrent par mégarde, avec leurs grandes cannes, dans une gare, une merveilleuse bannette de Rouen, achetée quelques instants auparavant et depuis bien longtemps désirée. il lui sembla à ce moment-là que l’on venait de lui arracher l’âme. Toute sa vie, Pascal parla de ce malheur.

Viollet-le-Duc, Jacquemart et d’autres ont décrit cette collection, qui a fait l’'ornement de l'Exposition des Arts décoratifs et celle de l'Union centrale. Depuis

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la vente Lefrançois de Rouen, faite il y a deux ans, d'aussi beaux Rowen n'avaient été offerts aux enchères. Toutes les époques et toutes les provenances étaient représentées par de merveilleux spéeimens de décoration. Les plus beaux échantillons s’y trouvaient : Nevers avec ses modèles orientaux et son bleu lapis, Strasbourg avec ses bouquets carminés à feuillage vert, Lille avec ses rosaces bleues, Niederviller avec ses paysages camaïeux, Les Islettes avec leurs rouges intenses, Bayreuth avec ses insectes et ses oiseaux, Savone avec ses plantes à grandes feuilles et ses branchages fleuris, Pont-aux-Choux avec ses bouquets en relief, Rhodes avec ses beaux groupes de tulipes, de jacinthes et de roses, la Perse avec ses larges feuilles rouges, jaunes et bleues, Berne avec ses faiences en terre rouge, et bien d’autres fabriques, sans oublier les faïences à devise qu’aime tant Champfleury et qu'il a si bien étudiées. Il n’aurait pas manqué, l’auteur des Faïences populaires, de citer, s’il l'avait connue, une très amusante assiette portant l'inscription suivante :

Partout où règne le chagrin,

L'on ne me voy jamais paraître, Partout où je scay du bon vin, Ou gy suis, ou gy voudrais être.

Aussi tous les amateurs étaient-ils à cette vente, avec des catalogues annotés pendant l’exposition : MM. G. Lebreton, le conservateur du musée de Rouen ; Karl Daubigny, le peintre; Louis Leroi, du Charivari, G. Lefrançois de Rouen, Maillet du Boulay, Doucet, Champfleury, qui représentait le Musée de Sèvres. Chacun d’entre eux à fait de nombreux achats.

Et maintenant, je dois ici m’arrêter. Mes aimables lecteurs feront bien de se procurer le catalogue de cette vente, très bien rédigé par M. Gasnault, des Arts

décoratifs. C’est un document précieux à conserver pour ceux qui aiment la céramique. Il faut y joindre les prix détaillés et ne pas oublier de mettre en regard — des cinq assiettes de Rouen, à décor rayonnant bleu, rehaussé de jaune d'ocre : vendues 2,125 fr., — de la bannette octogone aux deux cornes d’abondance : payée 1,000 francs, — des douze assiettes de Sceaux à bords lobés, dorées, décorées de gracieux bouquets et ornées d’une bordure de chicorées en carmin : achetées 2,018 francs, — et d'indiquer le total général de toutes les adjudications, s’élevant à 60,492 francs.

C'est trop peu pour d’aussi belles choses impossibles à retrouver. Voilà ma conclusion.

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