‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 50 sur 85 · FABRIQUE DE DELFT · texte numérisé non relu

FABRIQUE DE DELFT

Dessus de tronc ovale, bombé, à décor polychrome : paysage chinois sur fond émaillé noir, 880 fr.

Pot à eau côtelé, à couvercle jouant sur une charnière en étain, décor bleu, rouge et or, de style chinois, 420 fr.

La fièvre parisienne. — L'extrait de paresse. — La journée de l'amateur, — Les médailles d'Eugène Piot, — Succession Oppigez. — La tapisserie du tournoi. — Bronzes de la collection Timbal. — Un dessin de Raphaël : La Mise au tombeau. — Encore des autographes! — Mme de Genlis scandalisée des Confessions de Jean-Jacques Rousseau. — Sa critique de Paul et Virginie à Bernardin de Saint-Pierre. — Le cœur des jeunes filles. — L'amour platonique. — Les tourterelles de Marie Stuart. — Tableaux modernes de M. Th. Leroy. — Pièces de cinq francs à la mèche.

Paris, 14 mai.

Comme les heures de solitude sont rares au milieu de cette vie mondaine de Paris! Qu'il est difficile de trouver un moment de calme pour pouvoir écrire et que Zola a raison de se renfermer à Medan pour travailler.

Réfléchissez-y : le matin, douze journaux à lire, si on veut se tenir au courant de tout; dix lettres à répondre, au moins, pour entretenir ses relations; invitations à refuser; dîners à accepter; rendez-vous à donner; amis à consoler; billets à demander; compliments à adresser à celui-ci sur son livre, à celui-là sur sa pièce. La dernière lettre est à peine cachetée qu'arrive l'heure impitoyable du déjeuner. Impossible de s’y soustraire. — Vous n'avez jusque-là pu rien entreprendre du travail arriéré.

Dans la journée, si vous restez chez vous, vous avez à subir les visites interminables des importuns qui

n’ont qu’un mot à vous dire et qui ne s’en vont plus. On a beau clore hermétiquement sa porte, vous re pouvez la défendre d’une infiltration quelconque. Les fàcheux, trainant leur ennui dans leur redingote, arrivent toujours à forcer la consigne et à vous faire perdre un temps précieux.

Si vous sortez, vous avez d’abord les obligations de famille, les mariages et les enterrements (ce qui se ressemble quelquefois). Il faut ensuite aller au Salon, au bois ou aux panoramas. Que sais-je? Il y a une fête au Trocadéro, une réception à l’Académie, une exposition nouvelle aux Arts décoratifs, une vente impor-

tante à l'hôtel Drouot, une première au musée Grévin,

et le reste.

Le soir, les diners d’amis, la pièce nouvelle au théàtre, les réceptions hebdomadaires, la réunion du co-

mité dont vous faites partie, s'emparent de vous comme

d’un esclave, jusqu’au moment où, éreinté, fourbu, anéanti, brisé de fatigue, tombant de sommeil, l’heure bienheureuse du repos arrive enfin.

Pas le temps d'être malade, pas même celui de lire le roman tapageur dont tout le monde parle sans en avoir seulement coupé un seul feuillet. Pas moyen de distiller une bonne heure d'extrait de paresse. Il faut marcher toujours, sans trêve ni merci, comme le Juif errant, poussé par une force invisible dans cette existence fiévreuse de Paris.

Et cela est vrai pour tous : mondains, lettrés, banquiers, musiciens, journalistes parvenus, peintres en renom, sculpteurs au pinacle, diplomates en activité, généraux, députés, sénateurs, ministres en exercice ou en disponibilité.

Si vous croyez que, faisant exception, le métier d’amateur soit une sinécure, vous vous trompez.

ac LEE

M. Edmond Bonaffé, dans l’une de ses charmantes causeries, pétillantes d'humour et de verve, publiée par le Courrier de l’Art, a retracé sa besogne quotidienne. Jugez-en par son itinéraire détaillé de la semaine. C’est effrayant.

« Zundi. — 9 heures, rue de la Victoire, chez les Italiens, pour voir une Vierge du xv°-xvr. — Chiné rue de Châteaudun et aux environs. — 3 heures, séance hôtel des Ventes; au retour, promenade en plein air pour combattre les miasmes et les microbes. — 5 à 7 heures, chez le baron Davillier, rue Pigalle, et chez Basilewski, rue Blanche ; c’est leur jour. — Le soir, rue Chaptal.

» Mardi. — Visite d'un Allemand et de deux Belges ; entrevu une Circassienne, destinée à l’un des pachas de la curiosité; juré de ne rien dire. — 10 heures, chez Rouquette, Fontaine et Morgaud, pour des livres. — 11 heures, chez Beurdeley. — Sur le quai, fouillé les boîtes et les portefeuilles. — 2 heures, hôtel Drouot ; promenade antimiasmique comme la veille. — Avenue d’Eylau, chez Bague, pour voir la S£a/le ; très reussis, les /rous de vers. — 5 heures, rue de Villejust, chez Spitzer; c’est son jour.

» Mercredi. — Vaugirard, chez Dournès ; apporté l'épée à damasquiner. — 2 heures, chez Recappé. — Chiné le long du boulevard Saint-Germain. — Louvre, antiquités chaldéennes. — Bibliothèque, médailles. — Rollin et Feuardent. — 4 heures, chez Foulc, impasse Conti; c'est son jour. — Retour par l'Hôtel des Ventes et par Miallet.

» Jeudi. —7 heures. À la Douane, pour l’arrivée d'une

» caisse. — Chez Desmottes, place des Vosges. — Chiné » rue Lappe et aux alentours. — Carnavalet. — Chez » le remonteur et le laveur d’estampes. — 2 heures,

Page 1