LAURENT RICHARD
(APRÈS DÉCÈS)
TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES, OBJETS D'ART, BRONZES DE BARYE, SCULPTURES EN MARBRE, TAPISSERIES DES GOBELINS ET AUTRES.
M. PAUL CHEVALLIER, COMMISSAIRE-PRISEUR
M. CHARLES MANNHEIM, EXPERT POUR LES OBJETS D'ART. M. E. FÉRAL, EXPERT POUR LES TABLEAUX.
28 et 29 mai.
Ce n'était pas, à coup sûr, la première collection venue que celle de cet amateur bien connu. Sa persistance à s’entourer de belles choses avait aidé son nom à rester dans toutes les mémoires, autant, si ce n’est plus, que le rôle commercial pourtant considérable qu'il a joué à notre époque.
Grand tailleur parisien, plus tard propriétaire de la célèbre marque de l'Eau de Botot, beau-père du célèbre médecin Charcot, M. Laurent Richard était, à ne pas s’y méprendre, une des figures curieuses du Tout-Paris. De bonne heure il avait groupé autour de lui une galerie célèbre et, après sa dispersion, avait recommencé à édifier pierre par pierre le monument artistique qu'il avait une fois déjà laissé échapper de ses mains. Cette fois, aux toiles de maîtres anciens et modernes il avait ajouté l'élément pittoresque de la statuaire moderne.
Dans les deux précédentes collections dont M. Laurent Richard s'était défait, de son vivant, en 1873 et 1878, il s'était attaché surtout aux chefs-d'œuvre de l'école romantique. Dans la galerie livrée cette année aux enchères après sa mort, la formule était plus éclectique.
Boilly, Debucourt, Prudhon, Mlie Constance Mayer, y coudoyaient Lancret, Hubert, Robert et Fragonard. On y voyait Clouet à côté de Guardi, Van der Neer, Adrian van Ostade, Hondekoeter et Van der Heyden s’y trouvaient à côté de Ruysdaël, de Téniers, de Jan Steen et de Wouwermans.
Corot, Diaz, Troyon, les deux Rousseau, Tassaert, Florent
Willems, Berchère, Tofano, Saint-Jean, Charlemont y personnifiaient la peinture moderne, tandis que la sculpture avait pour représentants Falguière, Cordier, Clésinger, Franceséhi, Mathurin Moreau et Delaplanche, sans préjudice des bronzes d'art de Barye.
Un magnifique catalogue in-40, sorti des presses de l’imprimerie de l'Art, donnait au public un avant-goût de ces richesses artistiques. Un ‘frontispice et quatorze planches gravées ainsi que dix autres planches dues à l’héliogravure, interprétaient, mieux que toutes les descriptions possibles, les meilleures toiles. les statues les plus importantes, les plus belles be oi de la collection.
Une préface de Philippe Burty précédait la désignation des objets à vendre. C’est dans le cadre même où le collectionneur les avait placées, c'est-à-dire dans cette élégante propriété de Neuilly placée à la porte du bois de Boulogne, que Ph. Burty avait voulu voir les merveilles réunies naguère par M. Laurent Richard. |
« C’est au bout d'une pelouse qu'arrose uñé rivière anglaise, a dit M. Burty, adossé au pied d’un « rocher » — le rocher historiqué du Temple, démonté bloc à bloc lors de la démolition de la prison royale, — que je m'essaye à classer mes notes sur ce que j'ai si souvent vu dans cette maison hospitalière sans banalité. La figure de son vieux maître se dégage peu à peu, plus nette qu’en son vivant, où le soin des affaires, mêlé à une infirmité entravant souvent sa rude activité, le laissait parfois fatigué et colère contre lui-même. De l’ensemble de ses collections, distribuées dans les appartements muets, je surprends mieux son sourire d’orgueil, son regard pénétrant, quand il nous conduisait devant sa dernière acquisition, traînant la jambe, la main sur sa canne; le panneau d'appartement devant lequel il nous arrètait à la bonne distance était enfin complété! Son intelligente patience, sa décision si nette lui avaient enfin livré le tableau de maître, qui, par ses qualités de couleur et de com= position, par sa nationalité, faisaient valoir les maîtres qui l'avaient précédé tout autour et se trouvait lui-même rehaussé! Il en étudiait l'effet sur vos sens, vos souvenirs et vos partis pris. Bien fin qui lui eût caché son sentiment vrai! Il parlait peu, en connaisseur sincère et modeste. »
Comme beaucoup des belles ventes artistiques de l’année, la vente Laurent Richard à eu pour cadre la galerie Georges Petit:
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