MM. HARO FRÈRES, EXPERTS, AVEC LE CONCOURS DE M. HARO PÈRE
ù Juin.
Le public parisien n'aurait eu, pour connaître d'avance la collection de M. John Saulnier si célèbre à Bordeaux, que le beau catalogue illustré publié par les soins du commissaire-priseur et des experts, que déjà sa religion aurait pu être éclairée. D’excellentes photogravures directes au nombre de quatorze, illustrant le texte sorti des presses de la maison Bourloton, auraient suffi pour donner une idée exacte des principales œuvres de la galerie Saulnier, surtout en lui rapprochant la notice écrite exprès par M. Haro.
Mais les amateurs plus favorisés ont eu la chance de pouvoir admirer les belles toiles venues de Bordeaux avant les expositions d'usage faites dans les salles de l'Hôtel Drouot; en effet Me John Saulnier avait généreusement prêté la collection de son défunt mari pour qu'elle figurât au profit d’une œuvre de bienfaisance à l'exposition des maîtres de l'École française ouverte rue Bayard.
Est-ce à cette facilité de voir longuement les belles pages de l’époque romantique recueillies par M. Saulnier, qu'il faut attribuer le mouvement favorable qui s’est produit dans la presse ? Peut-être. Toujours est-il qu'entre autres remarquables études publiées avant la vente dans les journaux de Paris, MM. Paul Mantz et Albert Wolff se sont fait remarquer par leur enthousiasme pour les ouvrages des Delacroix, des Corot, des Diaz, des Théodore Rousseau, des Millet, sans oublier les Troyon, les Gustave Moreau, les Bonnat, les Daubigny, les Jules Dupré, les Courbet, les Tassaert, etc.
C'est à M. A. Wolff que nous demanderons de fixer en quelques lignes la physionomie de M. John Saulnier, le collectionneur mort l’an dernier à Bordeaux, « ville heureuse, a dit M. Paul
Mantz, où les curieux sont bien accueillis, mais que la cruelle géographie a placée un peu loin du boulevard. »
« On peut dire de M. John Saulnier, a écrit M. Wolff à son tour, qu'il fut un des derniers amateurs véritables qui accumulent chez eux les tableaux et objets d'art, non pour éblouir les autres, mais pour leur satisfaction propre; il était de ceux qui aiment et comprennent la peinture et pour qui les tableaux, une fois entrés dans la maison, deviennent des amis de chaque jour et de toute heure. Très lié avec Paul de Saint-Victor, M. John Saulnier acquit dans un commerce intime avec ce critique d'art et dans les visites à tous les musées d'Europe qu'il fit en sa société, la science de l’art dont jusqu'alors il n'avait eu que le goût. L'origine de la collection Saulnier remonte à un quart de siècle, et le premier tableau fut l’'Orphée de Corot.Ce nom et cette œuvre suffisent pour indiquer un collectionneur de race. Alors que, en dehors d’un petit groupe d'initiés, personne n'appréciait encore le grand paysagiste, M. Saulnier le comprit et s’entoura de ces pages vibrantes, encore dédaignées à cette époque et qui sont devenues la plus haute expression de l'art francais dans le paysage. »
Ajoutons à ce portrait ce détail touchant consigné dans la préface de M. Haro :
« Déjà frappé mortellement, John Saulnier faisait prie au pied de son lit quelques-uns de ses tableaux ; il s’éteignit dans la contemplation des œuvres de Delacroix, qui venaient de lui être rapportées après leur exposition à l’École des Beaux-Arts. »
BonnaT. — Portrait de Victor Hugo. Étude faite d'après nature pour le grand portrait exposé au Salon de 1879. La tête se détache sur un fond d’une tonalité sombre très vivante. Haut. 0,65, larg. 0,53; 5,000 fr.
Coror. — Orphée ramenant Eurydice. Orphée et Eurydice quittent les Champs- Élysées pour revenir sur la ierre ; les figures sont au milieu des bocages enveloppées dans des vapeurs lumineuses. Des ombres, groupées au bord d’une rivière, semblent les voir partir avec regret. Haut. 1%,35, larg. 12,10; 25,000 francs, à MM. Arnold et Tripp.
L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1885-1886. 443 — Forêt de Courbon-la-Clairière Haut.1,35,larg.1",10, 25,500 francs.
— La Vallée. Vue prise du chemin des vaux de Cernay ; dans le fond, l'église de Cernay-la-Ville. Haut. 0",47, larg. 0,32; 6,200 francs.
— Le Passeur. Paysage. Lever de lune. Haut. 0,62, larg. 0®,46, 8,100 francs.
— Lisière de forêt. Environs de Ville-d'Avray. Haut. 0%,55, larg. 0,65 ; 6,100 franes.
— Souvenir du lac de Côme. Haut, 0,90, larg. 4%,17; 3,900 francs.
— Bords du ruisseau Haut. 0,65, larg. 0,47; 5,400 fr.
— Ferme en Seine-et-Oise. Haut. 0%,55, larg. 0,65; 12,500 francs, à M. Petit.
— Effet d'orage (Pas-de-Calais). Haut. 0®,39, larg. 0,55 ; 7,000 francs, à M. Petit.
— L'Allée. Paysage avec figures. Haut. 0,60, larg. 0%,45 ; 9,100 francs.
— Petites paysannes sur la lisière d'un bois. Environs de Coubron. Haut. 0,39, larg. 0%,44, 5,000 francs.
— Souvenir du lac Nemi au clair de lune. Haut. 0",90, larg. 1%,17, 16,000 francs.
— Marine. Étude prise à Saint-Malo. Haut. 0,93, larg. 0,32, 5,450 francs.
— Le Moulin. Paysage avec figures. Haut. 0,64, larg. 0®,80, 25,000 francs, à M. Bague.
— La Route. Environs d'Angers. Haut. 0,48, larg. 0%,50, 10,100 francs.
— Matinée. Environs de Béauvais. Haut, 07,34, larg. 0®,45, 5,200 francs.
— Ferme normande. Environs d’Yport. Haut. 0,44, larg. 0",62, 18,000 francs.
— Paysage avec fiqures et animaux. Environs de Ville-d'Avray. Effet de matin. Haut.0®.45, larg. 0,74, 12,000 francs, à M. Petit.
— Danse de Nymphes. Souvenir de Larricia. Hauteur 0,50, larg. 0,37, 7,300 francs.
— Tour au bord de l'eau, 5,500 francs.
Souvenir d'Italie. Haut. 0",65, larg. 0,48, 9,800 fr.
— Environs de Ville-d'Avray. Haut. 0,68, larg. 0,57, 8,600 francs.
__ Je Bac. Vue prise au bord de la Seine, à Gloton, en face de Bonnières. Haut. 0®,30, larg. 0,45, 4,120 francs.
CourBer (Gustave). Paysage du Jura. Au premier plan, un taureau et une génisse, étude faite d'après nature pour le grand tableau du maitre représentant les Demois-lles de village. Haut. 1,18; larg. 07,80, 4,000 francs.
DauBiGNy. — Plage à marée basse. Vue prise d'Étretat ; signé et daté de 1878. Haut. 0",31, larg. 02,51, 2,900 francs.
DELACROIx (Eugène). — Le premier prairial an III. Boissy d’Anglas, qui présidait cette séance fit preuve d'un grand sang-froid et d'une rare énergie, demeurant calme et impassible au milieu des périls qui l’environnaient. Delacroix a rempli la salle de figures
menaçantes armées, criant, hurlant, excitées par le bruit du tambour qui battait la charge. « Les drapeaux tricolores placés au-dessus de la tribune jettent une note vive sur les fonds assombris. On voit de loin comme un point clair perdu dans les brumes le gilet blanc de Boissy d'Anglas », a dit M. Paul Mantz. Tout ce qu'un sujet aussi dramatique contient, tout ce qu'il peut présenter à l'esprit, Delacroix l'a exprimé avec une puissance extraordinaire. Acheté directement à Eugène Delacroix par MM. Bornet- Aubertot et Haro père, ce tableau appartint plus tard à M. Amédée Larrieu, ancien député de la Gironde, qui le paya 40,000 francs. Haut. 0,80, larg. 1,05 ; 49,000 francs, au musée de Bordeaux.
— Jésus endormi dans la barque pendant la tempête sur le lac de Tibériade. Le Christ, la tête entourée d’une auréole lumineuse, est couché, endormi, au milieu de la barque; les matelots, effrayés, ont des gestes de désespoir, un d’entre eux a laissé sa rame s'échapper, le ciel est sombre, l'horizon obscurci, les vagues sont menacantes. Cette toile est classée parmi les chefs-d'œuvre du maitre. Haut. 0,50, larg. 0",60 ; 14,000 francs.
— Le massacre de l'évêque de Liège. Guillaume de la Marck, le Sanglier des Ardennes, qui préside à une orgie, ordonne de mettre à mort l'illustre prélat. Cette remarquable étude inspira le tableau si célèbre qui fait partie de la collection de M"* de Cassin. Haut. 0,22, larg. 0,27 ; 7,500 francs.
— Lion dévorant un cheval. Haut. 0,33, larg. On, ; 9,000 francs.
— Le Christ sur la croix. La tête légèrement inclinée à droite, le Christ regarde le spectateur. Au pied de
la croix, la Madeleine recueille, sur un linge, le sang qui coule; plus loin, les Apôtres, la Vierge évanouie et soutenue par des femmes; à droite, un groupe de peuple et de soldats. Haut. 0,45; larg. 0,38;
— Femmes d'Alger au bain. Dans un délicieux paysage, sous de beaux grands arbres dont le feuillage, d'un d'un vert intense, ombrage un cours d’eau, plusieurs jeunes femmes se livrent au plaisir du bain, au milieu d'un bosquet ; une statue, et sur le ruisseau, des cygnes, Haut. 0,93, larg. 0,78 ; 15,500 francs.
Diaz. — Les Grandes délaissées. Groupe de jeunes femmes, représentées dans l'attitude de la douleur où vient de les plonger l'abandon de l'Amour, qui fuit à tire d’aile, comme un oiseau à travers les branches. Haut. 0%,27, larg. 0%,45; 5,500 francs.
— Les Délaissées. Première pensée du tableau. Haut. 0%,32, larg. 0,10 ; 3,900 francs.
— Nymphe et Amour. L'Amour embrasse, ense jouant, une nymphe assise sur un tertre. Haut. 0,24, larg. 0",19 ; 7,100 francs.
— Paysage aux environs de Barbizon. Au premier plan, à gauche, quelques flaques d'eau; un chemin où marche une paysanne; plus loin, des bouquets d'arbres; dans le fond, des collines. Haut. 0,32, larg. 0®,18 ; 5,000 francs.
— Coucher de soleil par un soir d'orage. Au premier plan, une mare dans laquelle se reflète le soleil couchant; un berger et ses moutons, plus loin des bouquets d'arbres, dans le fond, la forêt. Haut. 02,44, larg. 0,34; 6,800 francs, à M. Pelit.
— Paysage d'Orient. Auprès d’une rivière s'élèvent
- plusieurs habitations turques; plus loin, un bouquet d'arbres, dans le fond, des montagnes. Haut. 0",32, larg. 0®,24 ; 5,300 francs.
— Sous bois : Bas-Bréau. Haut. 0,21, larg. 0" 27; 3,900 francs.
— iêves d'amour. Haut. 0,32, larg. 0,24; 4,500 fr.
Dupré (Jules). — Vaches à l'abreuvoir. Haut. 0",27, lar. 0,22 ; 10,800 francs, à M. Georges.
— Paysage avec fiqure el animaux. Haut. 0®,24, larg. 0,19, 5,300 francs.
JonGkiNp (Johan-Barthold). — Vue de Rotterdam. Haut. 0,34, larg. 0,47 ; 2,100 francs.
Mizzer (Jean-Francois). — La Gardeuse d’oies ou la Baigneuse. Une petite paysanne s'est déshabillée au bord d’une rivière, et, assise dans l'herbe, met le pied dans l’eau avec hésitation; au second plan, sous l’ombrage, des oies font, sur la campagne verte, des taches grises et blanches. Haut.0®,37, larg 0®,46; 29,100 francs, à MM. Arnold et Tripp.
Moreau (Gustave). — La Source troublée. Fin spécimen du genre si personnel de cet artiste. Haut. 0,46; larg. 0,38 ; 4,600 francs, à M. Petit.
PasINI (Albert). — Vue du grand canal : Venise. Haut. 0%,27, larg. 0%,35 ; 3,150 francs.
ROUSSEAU (Théodore). — Vue du Bas-Meudon. Temps orageux. La Seine se détache en clair sur la terre
brune, dont les plans sont modelés avec une étonnante justesse. Haut. 0%,80, larg. 0,99; 8,000 fr.
Ex
— Carrefour de la Reine-Blanche. Un chemin sinueux traverse la clairière ombragée de grands arbres, dont les cimes seules sont éclairées par le soleil couchant. Haut. 0,64, larg. 0,44; 8,000 francs.
— Paysage avec étang.Au premier plan, des broussailles, des fougères et des grès; plus loin, un étang dans lequel une paysanne vient faire boire une vache. Cielnuageux. Haut. 0®,36, larg.0",24 ; 4,850 francs.
— Forêt de Fontainebleau. Sous bois. Un chemin interrompu par une mare d’eau vient du fond du tableau ; au second plan, derrière la mare, le chemin montant se perd dans la forêt. Haut. 0%,40, larg. 0% 30; 7,100 francs.
— Le Printemps. Au premier plan, une clairière traversée par un Chemin que suit une paysanne portant un fagot et conduisant une vache; plus loin, de grands arbres; à droite, un étang. Haut. 0,40, larg. 0%,54; 24,500 francs, à M. Bague.
— Sous bois : Fontainebleau. Un chemin interrompu par une mare d’eau vient du fond du tableau; derrière la mare, le chemin montant se perd dans la forêt. Haut. 0,40, larg. 0®,30 ; 16,000 francs.
TASSAERT (Francois). — La Tentation de saint Hilarion. Le saint est agenouillé à l'entrée d'une grotte, priant
avec ferveur devant un crucifix et une tête de mort. Haut. 0%,93, larg. 1,45 ; 14,900 francs.
— La Jeune ménagère. Haut. 0",40, larg. 0,32; 2,330 francs.
TRoyon. — Bœuf au repos. Vallée de la Toucques. Haut. 0"49, larg. 0%,69 ; 10,200 francs.
VoLLON. — /ntérieur de cabane de pécheur. Sur le plan-
cher d’une cabane de pêcheur, des moules, des poissons, un chaudron, des poteries; sur un tonneau, une lanterne et des filets; plus loin, une porte à la-
quelle on accède par une échelle. Haut. 0,65, larg. 0%,53 ; 5,000 francs.
Cette vente a produit la somme de 587,720 francs.
Coure DE BRIGES
(APRÈS DÉCÈS)
MOBILIER ARTISTIQUE, SCULPTURES EN MARBRE, BRONZES D'ART, TABLEAUX ANCIENS, TAPISSERIES. — M. CAILLEUX, COMMISSAIRE-PRISEUR. — M. B. LASQUIN, EXPERT.
2 juillet.
C'était un véritable Parisien que le comte de Briges el, comme tel, ami des arts, lié avec les grands lettrés de l'époque et un assidu de l'Hôtel des ventes.
« À un goût très épuré, a dit de lui M. Charles Pillet, il joi-
gnait un jugement très sûr et une grande expérience; beaucoup d'amateurs le consultaient et, après avoir formé pour lui-même une très belle collection, dont il s'était séparé depuis longtemps, il avait contribué à enrichir les collections de ses amis. »
On comprend que le renom d’'amateur délicat ainsi justifié par M. de Briges ait prévenu le public eu faveur de sa vente après décès. Aussi, malgré l’époque avancée de la saison et le petit nombre d'objets intéressants conservés par l’ancien collecüonneur, cette vente a été suivie par de nombreux amateurs. Les enchères se sont ressenties de cet empressement.
TABLEAUX
SNYDERS (attribué à Francois). — Jésus chez Marthe el Marie. Toile décorative. Au fond Jésus et Marie assise attentive à ses paroles. Au premier plan Marthe en grandeur naturelle debout devant une table de cuisine où s'’amoncellent des pièces de gibier, des légumes, etc. De toutes parts des fruits et du gibier, etc. Toile. Haut. 1",71, larg. 2",40; 1,005 francs. |
eu LE. ose 40 dl |
é à di ne
Rugens (attribué à P. G.). — Danse de bacchantes et de faunes, devant une fontaine à vasques superposées, construite dans une grotte que surmontent deux statues de divinités mythologiques. Toile. Haut. 17,60, larg. 1°,41 ; 1,000 francs.