M. EUG. FÉRAL, EXPERT
3 mai.
Une toile magistrale de Tiepolo qui a été le clou de cette vente est photogravée dans le catalogue imprimé en format gr. in-8° sur papier teinté par Pillet et Dumoulin. Mais aucune préface n'indique an public des dilettanti ce que fut le baron de Schwiter non plus qu'elle ne célèbre la présence des œuvres merveilleuses de ce Giambattista Tiepolo, artiste hors ligne que tant de critique d'art ont négligé.
Peintre et surtout portraitiste de talent, M. le baron de Schwiter, aujourd hui octogénaire, a été frappé de cécité. a fallu ce terrible malheur pour le décider à se séparer d'œuvres réunies avec amour et qui, pendant tant d'années, ont été l'en chantement de son atelier et de son salon. : 4
Ami fidèle de Delacroix, il ne fut pas seulement un artiste dans son art, il le fut encore dans ses goûts de curieux auxquels il dut de comprendre Tiepolo, que M. Paul Leroi appelai naguère dans le Courrier de l’art « ce grand méconnus.
M. de Schwiter, en véritable raffiné, s'attacha de bonne heure à conquérir, où il pouvait les rencontrer, les inspirations si va= riées, si décoratives, que Tiepolo a fixées sur la toile avec l'es prit le plus inépuisable, avec le coloris le plus souple, le pe niche, le plus fin, le plus harmonieux, le mieux approprié à s sujets et à l'emplacement qu'ils devaient occuper.
TABLEAUX ANCIENS. É La
CuarDiN (Jean-Baptiste-Siméon). — La Fontaine ménagère est occupée à remplir un cruchon en vernie; au second plan, une porte ouverte doi
dans une pièce où se trouvent une femme et un enfant. A gauche, un fourneau, un poële auprès d'un tonneau sur lequel sont posés un linge et un chaudron. Ce tableau estidentique à la gravure de Ch. Cochin qui a pour titre : Za Fontaine, d'après le tableau original du cabinet de M. le chevalier de La Roque. Haut. 0,37; larg. 0®,44 : 6,000 francs.
— Fruits. — Une pêche, des raisins, une poire, des noix posés à terre, auprès d’une cafetière en terre vernie. Haut. 0",45 ; larg. 0,54 : 900 francs.
LARGILLIÈRE (Nicolas de). — Portrait de M. Esnaulé, curé de Saint-Martin-des-Grès. Il porte l'ample robe doublée d'hermine des docteurs en Sorbonne. Haut. 1,36; larg. 1%,05 (collection du comte de Cipière) : 710 francs. |
— Portrait de M®° la duchesse de Berry, fille du Régent. Vue à mi-corps ; les cheveux relevés et pourdrés, ornés de fleurs; robe de satin blanc décolletée ; manteau de velours cramoisi qu'elle retient de la main gauche. Haut. 0,81; larg. 0,65 : 4,600 fr., à M°° Roussel.
LAWRENCE (sir Thomas). — Portrait de jeune dame Vue en buste, les cheveux blonds bouclés, robe blanche décolletée. Haut. 0,55; larg. 0",46 1,600 francs.
Roszin (Alexandre). — Portrait de Perronet et de sa femme. M. de Perronet est debout, tourné vers la droite ; il tient un plan en relief des bâtiments en tête du pont de Neuilly, qu'il a construit ; sa femme est assise sur la gauche auprès d'une fenêtre. Haut. 0,32; larg. 0%,40 : 1,420 francs.
TiÆroco (Giambattista). — La Vierge ct l'Enfant Jésus.
La Vierge, vue à mi-corps, a la tête a d'un 4 voile; elle soulève dans ses bras l'enfant Jésus, et paraît vouloir le montrer au monde. Haut. 0,70;
larg. 0,53 : 2,150 francs. f
— Le Temps enlève la beauté. Le Temps, sous la figure d'un vieillard ailé, sa faux jetée à terre, tient 9 dans ses bras une jeune femme quil enlève; audessous, un petit amour appuyé sur un sablier renversé, posé sur une sphère; à droite, de grandes draperies attachées à des colonnes, un vase de marbre à têtes de satyres, sur lequel est perché un ara à plumage flamboyant.
Par décret en date du 30 juin 1865, signé du comte Bembo Podesta et du comte Giustiniani, la municipalité de Venise défendit au baron de Schwiter, possesseur de cette toile, de l'exporter, l’Académie l'ayant regardée comme un chef-d'œuvre et l’estimant un des meilleurs ouvrages de 7iepolo. Pendant l'espace de quinze années, pareil fait ne s'est produit que pour ce tableau et la Famille de Darius, de Paul Véronèse, acquis au prix de 500,000 lires italiennes, par la M galerie nationale de Londres. La cession de la Vé- « nélie à l'Italie permit de faire passer cette toile à Vienne et de là à Paris. Haut. 2,30, larg. 17,65 : 20,000 francs.
— L'Assomption. La Vierge, les mains croisées sur la poitrine, tenant le serpent sous ses pieds, s'élève vers le ciel, accompagnée d'anges et de chérubins. n Cette composition magistrale provient d'une cha-… pelle de la famille du doge Tiepolo. Haut, 1°,85; larg. 1,10 : 10,000 francs.
— L'Eté et l'Automne. Deux amours voltigeant symbolisent les deux saisons ; l’un, aux cheveux bruns,
tient un cep de vignes où pendent plusieurs grappes
de raisins, l’autre, à la chevelure blonde, tient une gerbe de blé. Haut. 1",04; larg. 0",77 : 3,700 francs.
WATTEAU (Antoine). — L'ÆEnseigne. Jeune femme, vue de dos, causant avec un gentilhomme et regardant des emballeurs mettre des tableaux dans une caisse. Fragment d'une enseigne peinte par Watteau pour la boutique de son ami Gersaint, marchand de tableaux. Haut. 0,98 ; larg. 1",30 : 8,700 francs.
— Satire contre les médecins. Toile remarquable gravée par Cochin, et terminée au burin par F. Joullain. Haut. 0,29; larg. 0,38 : 2,220 francs.
— Détachement faisant halte. Haut. 0,93 ; larg. 0",37 : 1,960 francs.