XXII CAUSERIE
Le bel ouvrage à faire avec la psychologie chougéante du collectionneur^ le profit des CoînmissatreS" priseurs successifs qui ont acquis un renom^ n's milieux divers depuis Fhôtel des Fermes^ rue du Bouloii jusqu'à V hôtel de la place de la Bourse^ démoli au coup d'État!
A côté du pittoresque^ le document viendrait y apporter* les longues doléances du commet^ce parisien et tous les faciums^ les observations^ les remontrances au parlement contre les abus et les fraudes commises sous la régie des marteaux d'ivoire! Ces plaintes exposant que les ventes aux hôtels favorisent les faillites j enlèvent aux créanciers les gages de leurs créances et facilitent la disparition des objets provenant de source illicite ; les rapports des commissions parlementaires sur ces pétitions couvertes de signatures seraient dignes d'être publiés^ et la conclusion offrirait à l'esprit cette réflexion attristante que tant d'e/forts^ de cris de détresse, de protestations^ n'ont abouti à aucun résultat équitable, alors même qu'aucune disposition légale n'ait jamais autorisé la création de l'Hôtel des ventes publiques et que le temps setd en a pu consacrer la toute-puissante autorité.
En dehors de ces curieux chapitres historiques, ce livre entrevu par mon imagination vagaboiule aurait encore P extrême mérite de prouver que les enchères ont toujours été dam la généralité la pierre de touche de la valeur réelle des artistes et des écrivains; là apparaîtrait le point philosophique de f œuvre, car de tous les tableaux d'adjudications de différentes époques, mis en regard et
sous LE PÉRISTYLE. XXIII
analysés par F historien^ il ressortirait cette moralité consolante, que lewérite n'y a jamais été trop aisément confondu avec le succès et la réputation, que les surenchères les plus folles ne se sont pas élevées sur les œuvres des peintres gorgés d'honneurs, de décorations et de fauteuils acadétniques, mais qu'elles ont atteint le plus souvent les productions des modestes, des sincères et des vivants, mis hors la loi des instituts.
Ahl cette histoire de la curiosité ! vos Annuaires si précieux ne la consacrent que depuis sept années. Mais auparavant l Quelle énorme lacune I
C'est la base de votre œuvre que je réclame, mon cher Eudel, et je voudrais m' être montré suffisotnment éloquent dans ces quelques pages de causerie A bâtons rompus, pour avoir laissé germer deux idées fécondes, celle d'un nouvel Hôtel des ventes avec des réformes vulispen sables^ et aussi cette pensée créatrice d'une vaste Monographie historique de la Guriosilé, tout ait moins depuis Ndit d'Henri II en 1556, instituait des offices de priseurS'Vendeurs dans tout le royaume, jusqu'à cette heure présente où la curiosité^ a fait de nous de véritables fils d'Eve, inquiétés par le beau et presque incapables de vivre en dehors de toute la bibe loterie du diable qui nous enveloppe et nous dévore.
Paris, n féTrier 1888.
Octave UZANNE,
ANTOINE FOUUNIER
GOLLBOTION DB PORCELAINES,