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L'Hôtel Lauzan; décorations interieures, panneaux sculptes et arabesques

’histoire de l’hôtel Lauzun est mal connue. Tout ce qu’on en peut avancer vient bien moins de témoignages écrits que de l’étude même du monument. Nous savons qu’il fut bâti dans les dernières années de la minorité de Louis XIV, peu après l’hôtel Bretonvilliers, son voisin. Tout ce quarder s’éleva quand fut réunie l’ile qui se nommait l’ile Notre-Dame, avec l’ancienne petite île aux Vaches, pour former ce que nous appelons l’île Saint-Louis. Le quai d’Anjou, qui la borda de ce côté, passa devant les façades de quantités d’hôtels dont les balcons faisaient l’ornement principal. On l’en nomma populairement le quai des Balcons. L’hôtel Lauzun fut l’ouvrage des Gruyn, famille de robe, comme toutes celles du quartier. Charles Gruyn, à qui appardnt la charge de Commissaire de la Cavalerie, est celui qui fit élever l’édifice et exécuter toute la décoration. Comme il était allié aux Mouy, le chiffre de ces deux familles paraît ensemble en plusieurs endroits de l’hôtel.

La décoraüon fut achevée d’un coup, et il serait difficile de trouver dans Paris un ouvrage d’une plus grande unité. Ce qui s’y est ajouté depuis est peu de chose, et tient à des réparations plutôt qu’à la nécessité de parfaire aucune partie inachevée.

Le style d’architecture est simple. Sa beauté consiste dans les proportions justes et dans les percées bien prises. Les ornements du dedans sont dans le style de Lepautre, tout en panneaux peints d’arabesques, entremêlés de quelques sculptures, sous des frises à sujets qui portent la corniche. Au-dessus régnent des plafonds composés dans le genre des plafonds de V ersailles. La voussure y tient une grande place. Elle est décorée de médaillons, de guirlandes, de figures en camaïeu, etc. Au milieu du plafond sont de grandes Mythologies, environnées d’un cordon saillant taillé en guirlande.

Il est impossible de deviner les auteurs de tous ces ouvrages, mais cet anonymat ne doit pas les déprécier. Les sujets à figures, dans le style de Lebrun, sont d’un bon disciple de ce maître, et quant à l’invention, il n’y a rien de meilleur que toute la partie d’ornement. L’exécution de la sculpture est parfaite.

Tels sont et le grand salon et le grand escalier, longtemps coupé et servant de salle à manger, que des restaurations récentes ont rendu à son vrai caractère et usage. Ces deux morceaux sont l’honneur de la maison. Si les anciens guides n’en parlent pas, si Dargenville et même Thierry ont omis de les signaler aux curieux de l’ancien Paris, cela n’a pu tenir qu’au grand nombre de beaux ouvrages du même genre que la ville contenait alors, qui faisait en oublier plusieurs. Maintenant qu’ils sont devenus rares, ceux-ci méritent plus que jamais l’attention.

Dans la suite, l’hôtel fut à Lauzun, fiancé fameux de la grande Mademoiselle, cousine de Louis XIV, duquel il a pris son nom. Plus tard les Ogier l’habitèrent. A la veille de la Révolution, les Pimodan l’occupaient en partie. C’est d’eux qu’il a pris le nom qu’on lui donnait encore, quand, en i842, il reçut des gens de lettres sa grande réputation.

Le baron Pichon, fameux bibliophile, en était alors propriétaire. Il y logea plusieurs des écrivains que le mouvement romantique a rendus célèbres : Théophile Gautier, Roger de Beauvoir, Baudelaire. Ces hommes, en général attachés aux choses d’art par le pittoresque plus que par le beau, ressentirent pourtant l’ascendant de cette décoration brillante, et en répandirent la renommée. Gautier la loua dans ses ouvrages.

Cependant, le propriétaire du heu y faisait divers aménagements. Comme des changements opérés dans le passé mettaient à sa disposition un certain nombre de panneaux, soit de sculpture, soit d’arabesques, qui, retirés de leur place, demeuraient sans usage, il en orna des chambres vides avant lui. Des morceaux de décoration achetés ailleurs, provenant d’hôtels détruits ou dépouillés, permirent d’étendre ces embellissements, dont le plus remarqué fut celui de la Bibliothèque, toute ornée de boiseries Louis XVI, avec un trumeau Louis XV sur la glace.

Ailleurs nous voyons que les panneaux de l’ancienne salle à manger détruite avaient servi à divers usages, comme de fermer, dans le grand salon, d’anciens enfoncements, recouverts de portes à glace au temps de Louis XVI. Dans ce salon, la cheminée et sa glace furent refaites à la fin du règne de Louis XIV, et la glace qui fait face avec son trumeau est de Louis XV. D’autre part, l’escalier transformé servait de nouvelle salle à manger.

Tous ces changements ont paru mal venus au propriétaire d’aujourd’hui, qui s’efforce de les effacer, et de rappeler l’état ancien. La décoration intérieure de l’hôtel est en cours de restauration complète. On rétablit le grand escalier; les enfoncements du grand salon ont été à nouveau percés. L’ancienne antichambre restitue les panneaux de provenance diverse, qu’on y trouvait rappareihés. Les boiseries de l’ancienne bibliothèque, qui conservait d’anciennes poutres peintes, sont déposées.

Cette restauration est conduite avec autant d’érudition que de goût, en sorte que les curieux s’en féliciteront. Cependant, l’état ancien, pur des dernières retouches (telles qu’en imposent toujours des déplacements de peinture), n’en conserve pas moins son prix. On le trouvera dans les planches de cet ouvrage, à qui cette circonstance confère, outre l’intérêt d’ornements admirables, un intérêt documentaire particulier.

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