‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 34 sur 113 · III. - VALEUR · texte numérisé non relu

III. - VALEUR

Divers d*ori^ne, ces manuscrits diffèrent beaucoup aussi par récriture et parla confiance quMls méritent.

L'écriture des autographes est assez souvent fort mauvaise. Au XVI* siècle, la découverte de Timprimerie fit penser quMl n*était plus nécessaire de s*appliquer à la calligraphie L'écriture d'Aléandre est particulièrement défectueuse : rapide, fine et sautillante, il faut quelquefois la deviner plutôt que la lire (1). Dans les copies de ses secrétaires, on distingue deux genres d'écriture. La lettre à Érasme del512(Vat. 8075. ff. 51-53), les lettres écrites pendant le séjour à Liège (Vat. 8075, ff. 239 — 289), les documents non originaux du Vat. 3881, en un mot tous les papiers qù'Aléandre a fait transcrire a van son arrivée à Rome et les documents que, depuis lors, on lui a envoyés de Liège sont d'une grosse gothique française XV* siècle. Une partie du Vat. 3917. le Consilium super re Luiherana, est en gothique allemande. Écrit sous la dictée d'Aléandre (Ouidquid in buecam venit, ministro a manu dictavimus) (2), ce Consilium, d'après la conjecture de Bottari, custode de la Bibliothèque Vaticane au XVIII* siècle (3), serait de la main d'un secrétaire allemand. qu'Aléandre aurait amené avec lui lors de sa nonciature de 1521 . Il est certain du reste que ni pour le papier, ni pour l'écriture, ni même pour les dimensions, cette partie n'a l'aspect du reste du manuscrit.

Toutes les autres copies authentiques sont écrites en diverses cursives.

(1) Voir, plus haut, la reproduction d'une lettre d'Aléandre à Aide Manace. Voir d'autres fac-similé dans H. Omont, Journal..., p. 4.

(2) Vat. 3917, f. Ig»-.

(3) MazzucheUi, Gli ScriUori dltàlia, T. i, P. i, p. 422. Ajoutons que Karl Jansen a fait une supposition toute gratuite en conjecturant que les lettres da 'Worms (Arch. Vat. Nnnz. di Germ. 50) étaient de la même main. {AUënder am Rêiehtage sa Worms 15Î1 : Kiel. 1883, in4*, p. 6, n. 1)

Ces manuscrits ne méritent pas tous la même confiance. Les originaux sont de deux sortes : les originaux proprement dits et les minutes autographes ; dans la première catégorie se placent un certain nombre de lettres d^Aléandre et la plupart de celles de ses correspondants ; dans la seconde, les brouillons de quelques lettres d'Aléandre. Ces brouillons n'ont déjà plus toute la valeur de la lettre elle-même : la comparaison entre Venise. MërcUna, cl. XIV, cod. L. f. 113 (brouillon du 19 déc. 1524, et Florence, Archivio di SUto, Carte SlrozzUne, filza 152, ff. 383, 393 (2 lettres du 19 déc. 1524) (1), montre que, dans ses lettres, Aléandre ne reproduisait pas toujours exactement ses brouillons. Item Vat. 3913, f. 48-51 (brouillon) et Vat. 8075, f. 21 : nous n^avons ici qu'une copie, vraisemblablement peu fidèle ; mais elle est tellement différente du brouillon qu'elle a dû évidemment être prise sur un texte qui eu différait aussi .

Parmi les copies authentiques, celles qui sont en gothique reproduisent presque toujours l'original avec fidélité. Mais elles contiennent nombre d'abréviations irrégulières, et, de plus, Tencre trop chargée de vitriol a çà et là brûlé le papier au point que ceriains mots et quelquefois des lignes entières ont aujourd'hui complètement disparu. A ce point de vue. les copies d'écriture cursive ne sont pas d'ordinaire en aussi mauvais état, mais les copistes n'en ont pas été aussi attentifs que les premiers : plusieurs indices nous montrent qu'ils ont fait des fautes de transcription. En effet, de quelques documents, nous possédons deux reproductions, et elles ne sont pas toujours identiques! Il est vrai que quelquefois les divergences ont pu venir des divergences entre les originaux eux-mêmes (2), mais, dans d'autres cas, elles s^expliquent plus simplement par la négligence des copistes. De plus, dans certaines copies, et surtout dans les ff. 1-239 du Vat. 8075, Aléandre a dû mettre des corrections de sa main^ ou ajouter des mots que ses secrétaires avaient laissés en blanc, en particulier les passages grecs. Enfin, dans le Vat. 8075 se trouvent quelques lettres dont nous possédons la minute autographe dans le Vat. 3913 : en comparant l'original et la copie, on constate que celle-ci est quelquefois peu fidèle, et qu'en particulier les lacunes laissées

(1) C. Guasti, Le Carte Stroztiane del R. Archivio di Stato in Firenae, — Inventario, Ser. i.vol. ii. (Firenze. 1891. in-8). p. 15. donne Tindication des deux lettres de Florence.

(2) Par ex. : Vat. 8075. f. 27'' : 27 juillet 1519, (reproduite dans A. Mai. Spiciieginm Rom, il, 231), et f. 76' : double ; f. 32^, août 1519 (reproduite dans L. Dorez. Revue des Bibliothèques, ii, 1892. p. 68), et f. 120' : double.

De ces copies, Tune a dû être prise sur un premier projet, Tautre sur la minute de la lettre envoyée, ou sur cette lettre elle-même.

par les secrétaires d'Aléandre viennent bien de ce qu'ils n*ont pu lire les passages omis. Bien plus, certaines fautes {tcU pour mU, propterttL pour propter ea, etc.) semblent indiquer que le copiste ne lisait pas lui-même Toriginal, mais le transcrivait sous dictée, et sans toujours en comprendre le sens.

Ces remarques s'appliquent surtout aux ff. 1-239 du Vat. 8075, c'està-dire à la partie la plus considérable des lettres familières d'Aléandre. Les brouillons d'Aléandre devaient être dans le plus grand désordre ; récemment, on a montré qu'une dépêche delà nonciature de Worms, donnée en un seul bloc, par le copiste, se composait de trois parties très distinctes les unes des autres (1). On trouve des erreurs du même genre dans les fif. 1-239 du Vat. 8075. Par un procédé inverse, les secrétaires ont quelquefois aussi séparé les Posi^Scriptum des lettres auxquelles ils se rapportaient. Ailleurs, ils reproduisent des tronçons de lettres, sans date ni nom de destinataire.

L*on ne saurait donc avoir une entière confiance dans l'exactitude des copies faites par les secrétaires d'Aléandre.

Toutefois, ces défauts ne se rencontrent pas à chaque page, et il reste que ces copies, faites sous les yeux d' Aléandre,sont encore d'une grande valeur.

Les copies postérieures à Aléandre sont généralement fidèles. Mais, comme nous l'avons dit, nous possédons les originaux de la plupart d'entre elles, ce qui leur enlève toute valeur propre.

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