LE NEURASTHÉNIQUE SE PLAINT
A M. Camille Lemercier d'Erm.
« Les jours suivenL les nuits, les nuits suivent les jours Et la monotonie, aveulissante et morne, Effrite nos vouloirs ; et la tristesse borne D'un mur grisâtre Thorizon de nos amours.
« C'est le même soleil ennuyeux et torpide, Qui montre dans l'aurore un visage excessif Et qui fait son labeur jusques au soir poncif, Roulant sa tête absurde au fond du grand ciel vide.
u Lorsque la nuit enfin s'installe au firmament, Je m'ennuie aux rayons décolorés des lunes, Je sens mon cœur gonflé de vagues infortunes Et flétri par fliorreur du même boniment.
« Au milieu de la fêle étourdissante et vile, Je suis persécuté par le rire et le fard; Autour de moi se tend le même traquenard, Qui voudrait réveiller ma luxure inutile.
« Je suis courbaturé par l'Ennui tout-puissant, L'intolérable ennui qui déborde des heures ; Je me dis : « Quand le sort voudra-t-il que tu meures, 0 cœur stérile et froid où ne bat plus le sang? »
« Alors je connaîtrai l'allégresse des choses ! () Sève, prends-moi donc en ton reflux pieux ; Qu'en moi s'exalte enfin l'âme éparse des Dieux Et que j'aille à jamais par les métempsychoses ! »
148 L IIUMANITK DIVINE