‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 88 sur 124 · L^HYMNE D'AUGUSTIN · texte numérisé non relu

L^HYMNE D'AUGUSTIN

^4 J.-K. Huysmans.

Lui dont le cœur semblait une forêt nombreuse

Tant il s'embarrassait d'inutiles rameaux,

Lui dont l'âme troublait comme la tubéreuse,

Et, cherchant des plaisirs, ne trouvait que des maux,

Lorsque Monique par sa prière acharnée Le guérit de l'erreur et de la passion, Augustin, comprenant enfin sa destinée, But, au sang de l'Agneau, la force du Lion.

Son esprit trop subtil devint lucide et terme, Son ardeur dispersée en un seul feu monta ; Et tout régénéré par Tivresse sans terme, Voici ce qu'en une hymne inconnue il chanta

« Je porte en moi ton sang brûlant, ô Jésus-Christ : Il descend dans ma veine et gonfle mon artère, Et tout l'obscur poison qui me vint de la terre Dans ces vagues de feu se révolte et périt.

« Je porte en moi le sang plus doux que les caresses, Le sang pareil au lait, le sang pareil au miel ; 11 change, en humectant mes antiques détresses. Les cendres de l'enfer en les roses du ciel.

« Mais cette liqueur, douce et brûlante, qui tombe De ton Flanc que blessa mon crime détesté, l'^t que je bois éperdument jusqu'à ma tombe. C'est un vin de raison, de force et de sanlé.

(( Gloire à Toi qui n'as point écrasé le coupable ! Gloire à Toi qui daignas ralîermir l'affaibli, Conviant le plus pauvre à la Sublime Table, Couchant le plus lassé dans le mystique lit !

« Gloire à Toi ! car je sens renaître mon courage,

Car j'ai bu, j'ai mangé le repas des élus ;

J'ai dormi le sommeil dont on s'éveille sage,

Et mon vieux corps et ma vieille âme ne sont plus I »

L'Empire s'écroulait sous le choc des Barbares, Les dieux voyaient mourir leur force et leurs autels: Mais la voix d'Augustin, plus haut que des fanfares. Prolonge en l'avenir ses accents immortels.

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