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LE DERNIER PROPHÈTE

. (fragments)

A la Comtesse de Kergariou.

C'était un enfant pâle, et pauvre, et qui délire... Ses amis souriaient de son rêve trop grand : Bien que son seul forfait fut d'être différent, Ses ennemis s'ingéniaient à son martyre.

Tous ses actes, dictés par un cœur simple et droit. Devenaient travestis en l'obscur commentaire; Ses yeux, que remplissait une lueur austère, On y lisait l'orgueil et le mensonge adroit.

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Pourtant, sans s'arrêter à rien, sans défiance Et sans terreur, sans voir le sourire cruel. Poursuivant, — comme Taneien mage dans le ciel Son étoile, — un dessein d'amour et de science,

Il traversait Paris, ce labyrinthe ardent, Paris qui rit, Paris qui hurle et qui chansonne, Paris dont le grelot plus haut qu'un clairon sonne, Paris qui mord et qui caresse avec sa dent.

Je le suivis un soir jusque dans sa mansarde. Sur sa table, à ciMé d'un vieux livre, une fleur. Et comme à son balcon persistait la chaleur Du couchant, en son âme un long rayon s'attarde.

« Qui vous donna, lui dis-je, ô mon ami charmant, Cette force de tout braver et cette grâce ? » Il me répond sans hâte, et son regard embrasse La cité, tout en bas, qui gronde en s'allumant :

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" Dieu m'a pris dans ses bras, comme un enfant débilo, 11 m'a bien dorloté contre son sein joyeux; 11 a séché mes pleurs; et ma plainte inutile Est morte, et j'ai senti se dessiller mes yeux.

« 11 m'a parlé du fond de mes désespoirs mornes. Et Lui seul a vers moi tendu ses doux bras forts... J'ai deviné son infini, j'ai vu les bornes De nos sentiments, nés à peine et déjà morts...

«Tous me fuyaient, mais Lui me sourit tendre et grave Il me montra l'Étoile ardente au soir obscur Et la belle cité qu'ignore une âme esclave, La cité du Héros, du Surhumain, du Pur.

« Il m'a dit : « Souffre et va trébuchant par les routes; « Les ronces et les rocs font sanglants tes haillons ; « )lais un Ange te garde. El, si parfois tu doutes, « Pleure, tu sentiras te bénir mes rayons.

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« Tu es rÉlu, celui que J'ai, dans la Lumière, >< Choisi pour désolei' davantage son cœur, « Afin que de son fronl jaillisse la lumière « El que soncœui'meurtrisoitlVère de mon Cœur! »

« Puis II m'aditencor : a Je suis jaloux et sombre, <■ L'Absolu que Je suis est horrible et profond; « Ne cherche plus, parmi le terrestre décombre, « La vanité de quelque autre amour moribond.

« Car si tu redescends vers l'Argile et la Chute, « Tu tournoiras pris au vertige du Démon, « Et je ne pourrai pas empêcher dans la lutte « Que la matière ne pénètre dans ton front...

N'aime plus que Moi seul, sois l'âpre solitaire ! Et si rayonne infmiment ta charité Vers les bons et vers les méchants et vers la Terre, N'abandonne qu'à Moi ton immortalité. »

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