‹ L'humanité et la patrieChapitre 3 sur 61 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Mais dans quelles limites le savant peut-il légitimement imaginer des hypothèses, et jusqu'où lui est-il permis de les pousser ? Telle est la question primordiale sur laquelle repose toute la méthode scientifique.

Elle a été traitée bien souvent par moi-même et par d'autres, et je n'ai nullement l'intention de la développer ici de nouveau. Il me paraît cependant indispensable de rappeler certains principes définitivement entrés dans la science et qui ont été récemment exposés d'une manière tout à fait remarquable dans un discours prononcé par M. Poincaré au Congrès de physique, au cours de l'exposition universelle de 1900.

Non seulement le savant est autorisé à créer des hypothèses ; mais il y est même formellement tenu sous peine de réduire toute recherche à un empirisme aussi stérile que fastidieux. C'est grâce à elles qu'il parvient à grouper les faits et les lois connues,, à en faire un ensemble, à les coordonner entre eux. Il y trouve un moyen d'investigation propre à le guider dans la découverte de faits nouveaux. Mais il doit dans cette création respecter une condition fondamentale :

La plupart des grandes hypothèses sont des artifices de l'esprit qu'il est impossible de vérifier. Parfois on en démontre la fausseté, lorsque, par exemple, on découvre des phénomènes en contradiction avec elles; — souvent elles servent indéfiniment aux besoins des chercheurs ; c'est ce qui arrive lorsqu'aucune discordance ne se manifeste entre elles et les faits observés : jamais on ne parvient à en établir la réalité objective. Elles reposent sur une conception des choses en soi, du noumène; et le noumène;, les choses en soi nous sont inintelligibles.

Tout savant qui crée une hypothèse doit donc la prendre pour ce qu'elle est : une conception imaginaire destinée à le diriger dans ses recherches ultérieures, et rien de plus. Jamais il n'a logiquement le droit de la considérer comme une vérité absolue, d'en faire un dogme.

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