‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 45 sur 55 · LE POELE · texte numérisé non relu

LE POELE

(fable.)

Le mois de mars chassait au loin les frimas et déjà la douce influence du printemps se faisait sentir à toute la nature. Le laboureur attelait ses bœufs à la charrue ; les troupeaux bondissaient dans les verdoyantes prairies, et les oiseaux célébraient joyeusement le retour du soleil sur l'horizon.

Maître Simon , Cordonnier de son état , dit alors à son fils :

— Claude, nous voilà, grâce à Dieu ! sortis de l'hiver ; le froid n'est plus à craindre maintenant; aide-moi à remonter notre vieil ami au grenier 1

Et soudain ils se mirent tous les deux à la besogne. Mais, comme Claude apportait beaucoup de négligence dans son service, le poêle lui échappa des mains et se brisa en morceaux.

Alors, le père de crier, de jurer, de tempêter, et le garçon de répondre :

— Ne faites donc pas tant de bruit pour si peu de chose ! Un vieux poêle dont le ferrailleur du coin vous donnerait à peine quinze sous , voyez la grosse perte 1 D'ailleurs l'hiver est passé, et vogue la galère !

Mais le printemps passa également ; à l'été succéda l'automne, et enfin décembre revint nous visiter avec son cortège ordinaire de brouillards, de pluies, de neige et de glaçons. Plus de poêle, néanmoins, dans la pauvre chambre du Cordonnier et pas d'argent mignon pour en acheter un autre. Or donc , comme un jour Claude se plaignait, en soufflant dans ses doigts, de la rigueur du froid, le père lui dit, avec une satisfaction ironique :

— - Te souviens-tu du poêle en morceaux ? La grosse perte 1 me répondais-tu bêtement, alors que je m'affligeais de sa destruction. Souffre donc aujourd'hui, comme moi, puisque nous ne pouvons pas faire autrement.

Il faut choyer ses anciens Amis, même quand on n'a plus besoin d'eux.

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