PATES
et produit la crocute (1); tandis que le loup et le chien, d’après Ctésias, engendrent la crocotte (2). Les herbivores sont compris dans la liste et, d’après le plus ancien historien de la Grèce (3), une cavale enfanta un lièvre !
C’est surtout pendant les xvr° et xvin° siècles quon a fait revivre ces erreurs en les multipliant. Il n’y a plus alors aucune limite à ces accouplements hybrides : la marmotte descend du blaireau et du singe (4); ce dernier, uni à la tortue, produit le tatou (5); les lions et les léopards engendrent l’alphiel (6). On cite des croisements entre renards et lièvres (7), entre lapins et chiens (8); on croit à la fécondation dés ruminants par des carnivores; c'est un pachyderme qui porte dans ses flancs un grand nombre de ces derniers (9); ou bien encore c'est un animal que l’on dit être moitié veau et moitié loup (10). La paix règne sans doute entre les mangeurs et les victimes; car Locke assure avoir vu à Londres une créature issue du chat et du rat (11). Réaumur luimême n'aurait manifesté aucun étonnement sil avait obtenu de sa poule fiancée à un lapin des volatiles couverts de poil, empruntant à deux classes bien opposées, les mammifères et les oiseaux, leurs caractères distinctifs (12).
À ces exagérations succède, au commencement de ce siècle, une période de scepticisme. On restreint considé-
(1) Pline, VII, xxx.
(2) Ib., VII, zxv.
(3) Hérodote, VIII, vi.
(4) Athanasius Kircherus cité par Hyrtl, p. 159.
(5) Même source.
(6) Historia nat. mex., ch. xx1v. Nüremberg, 1635.
(7) Kalm. Wästgotha etc., p, 236, cit. par Haller, Ælementa physiologiæ, 1, p. 106. 1766.
(8) Gleichen, De la génération, p. 48 en note. 1799.
(9) Acta medica, 1673, vol. IL.
(10) Voy. Galeria di Minerva, I.
(11) An essay concerning human understanding, p. 330. London, édit. de 1838. — On sait que l'Essai de Locke sur l’entendement humain fut commencé dès 1670.
(12) L'art de faire éclore des poulets.
Dr ESS
rablement la possibilité des fécondations hybrides, on veut les borner aux espèces d’un même genre (1); on veut aussi : (et c'est le point qui va nous occuper) que le mélange ne s'opère qu'entre animaux dont un sexe au moins vit dans l'état de domesticité (2); l'hybridation dans la nature serait donc nulle. Aussi Cuvier dit-il que, sans artifices, l’existence des hybrides n'aurait jamais été connue. Il faut, pour faire contracter des unions hybrides, même aux espèces qui se ressemblent le plus, « toutes les ruses, toutes les puissances de l'homme.» En 1835, Marcel de Serres écrivait encore, dans la Revue du Midi, que les mélanges n’ont Jamais Lieu « dans les espèces livrées à elles-mêmes » (3). L'école classique exagérait certainement la difficulté : nous allons voir que l’hybridité, sans cependant apporter des modifications à l'espèce, se produit quelquefois dans l'état de nature (4).