‹ L'hygiène du neurasthénique (volume 2)Chapitre 10 sur 55 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Causes individuelles.

Hérédité. — On sait combien est grand le rôle de l’hérédité dans le développement des maladies du système nerveux. Mais ce facteur étiologique n’intervient pas d’une façon uniforme dans la pathogénie de toutes les maladies nerveuses. Certaines névroses semblent plus que d’autres soumises à son influence et pour chaque espèce morbide son action s’exerce à des degrés fort variables d’un cas à l'autre.

Il arrive parfois, on le sait, qu’un même type morbide se transmette d’une génération aux générations suivantes. O11 dit alors qu'il y a hérédité similaire : en pareil cas l’origine atavique de la maladie est aussi évidente qu'il est possible. Mais il est rare que l’hérédité pathologique se manifeste sous une forme aussi expressive; et en ce qui concerne la neurasthénie, on peut affirmer que les exemples d’hérédité similaire sont exceptionnels.

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Dans un grand nombre de cas au contraire, on découvre chez les ascendants des tares nerveuses dont l’influence sur la descendance n’est pas douteuse, mais qui ont changé de forme en se transmettant; il s’agit alors d 'hérédité dissemblable: ce sont là faits bien connus. Enfin il arrive souvent que dans la lignée ancestrale des sujets affectés de psychoses ou de névroses diverses on décèle, associés ou non à des états névropathiques ou alternant avec eux, des troubles ou des maladies qui relèvent de la diathèse arthritique, tels que la goutte, la gravclle, le diabète. C’est encore un fait d’observation courante et rien n’est mieux établi que la réalité de cette hérédité de transformation. On admet ainsi que les maladies nerveuses proprement dites et les maladies de nature arthritique sont susceptibles de s’engendrer muluellemenl en passant d’une génération à celles qui lui succèdent. On voit donc que l’hérédité neuroarthritique peut se manifester suivant des modes de transmission fort différents, et, il faut ajouter, avec des intensités très variables. Tantôt en effet l’hérédité morbide suffit à elle seule pour donner naissance à telle ou telle affection nerveuse, tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, elle semble n’agir qu'à titre de cause prédisposante et l’intervention fies causes provocatrices ou accidentelles doit la seconder. Ces données générales sont aujourd’hui de notion banale : en elles se résument à peu près

l’iiygiène du neurasthénique

les rapports de l’hérédité et des maladies nerveuses tels qu’on les connaît actuellement. Il n’est pas besoin d’ajouter quelles offrent au point de vue pratique un immense intérêt. Aussi importe-t-il qu’elles soient toujours présentes à l’esprit du médecin, soit qu’il se propose d’empêcher par des mesures d’hygiène préventive les effets d’une hérédité menaçante, soit qu'il ait à déterminer, problème parfois difficile, la part des causes accidentelles et celle des tares transmises dans la pathogénie souvent complexe de la maladie confirmée. Nous avons donc à nous demander ici quel est précisément le rôle de l’hérédité neuroarthritique dans le développement de la neurasthénie. On peut à ce propos, malgré leur très grande diversité, ranger les faits en trois groupes : a). Il y a des cas dans lesquels faction de l'hérédité s’exerce seule et suffit à provoquer le développement de la névrose. Certains sujets issus de familles tarées sont dès la naissance en état de continuelle imminence de neurasthénie. Leur système nerveux se fatigue au train même d’une \ie régulière et paisible et ils sont appelés à verser pour ainsi dire fatalement dans la névrose. Cette forme héréditaire de 1 épuisement nerveux qui apparaît en dehors des causes communes de la maladie est à la vérité peu fréquente, mais elle est intéressante à connaître. Elle présente en elfet une évolution un peu spéciale : elle est générale-

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ment précoce ; elle se montre d’habitude à l’époque de la puberté, quelquefois même avant, elle est particulièrement tenace, c’est pourquoi il importe de la reconnaître dès les premiers signes du début, car c'est seulement à sa période initiale qu’il est possible d’en enrayer le développement en imposant aux jeunes malades les règles d’une hygiène appropriée à leur état.

b). Dans la majorité des cas l’hérédité neuro-

arthritique n'intervient qu’à titre de cause prédis-

posante. Elle prépare le terrain sur lequel une cause

accidentelle légère ou grave viendra faire éclore la neurasthénie. Les faits qui ressortissent à cette catégorie sont nombreux : l’on peut évaluer à 40 p. 100 environ la proportion des neurasthéniques dans les antécédents desquels on relève des tares héréditaires plus ou moins accentuées. A ce propos il convient de remarquer que les antécédents héréditaires des neurasthéniques sont en général moins chargés que ceux des sujets atteints de psychoses, de névroses graves ou même de maladies organiques du système nerveux. L’épilepsie, l’hystérie, l’aliénation mentale figurent rarement dans la généalogie des neurasthéniques;

et bien souvent il est question seulement d’émotivité, de tendances hypocondriaques, de migraine, d’humeur irritable chez les ascendants des malades frappés d’épuisement nerveux. Il semble donc que parmi les maladies du système nerveux la ncuras-

l’hygiène 1)U neurasthénique

thénie soit une des moins assujetties à l’hérédité, et que dans la plupart des cas l’influence de ce facteur étiologique soit inférieure à celle des causes provocatrices ou occasionnelles. C’est ici le lieu de rappeler que l’hérédité neuro-arthritique n’est pas seule capable de prédisposer à la neurasthénie. Il en est de môme des maladies infectieuses ou toxiques lorsqu’elles existent chez les générateurs au moment de la conception, ou chez la mère pendant la grossesse. C’est ainsi que la syphilis (Kowalewsky), la tuberculose, l’impaludisme, l’alcoolisme, le saturnisme chez les parents ont pu être incriminés avec raison dans un certain nombre de cas.

Éducation. — A côté des influences héréditaires, nous devons signaler une autre cause prédisposante de premier ordre : l'éducation défectueuse. Les méthodes d’éducation vicieuses qui font naître ou laissent se développer chez les enfants les mauvais penchants et les travers de caractère, peuvent, on le conçoit aisément, exercer une influence funeste sur leur énergie physique et morale. — Trop souvent, par l’incurie des parents ou des maîtres, l’enfant au lieu d’entrer dans la vie doué d’une volonté ferme et d’un jugement éclairé est devenu un être capricieux, entêté, sans volonté forte, sans tenue morale. Lorsqu’à ces défauts s’ajoutent encore une instruction mal réglée, une éducation physique insuffisante ou nulle, le sujet

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esl pour ainsi dire sûrement voué à toutes les défaillances dans la lutte pour la vie. Nous reviendrons ultérieurement sur cette délicate question de l’éducation envisagée comme cause de débilité nerveuse quand nous chercherons à établir les règles d’hygiène prophylactique auxquelles doivent être soumis les sujets que leur hérédité prédispose à la neurasthénie.

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