DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Noire intention n'est pas d'exposer ici une histoire documentaire de la Neurasthénie et de son traitement. Cette affection a été le sujet de bien des descriptions depuis celle vraiment fondamentale que Beard en a tracée. Ce n'est pas que l'auteur américain ail été le premier à voir et à isoler la Neurasthénie, dont on retrouve les principaux symptômes dans /'irritation spinale de Franck , la névralgie protéiforme de Cerise, le nervosisme de Bouchul , la névropathie cérébro-cardiaque de Krishaber : mais la monographie de Beard a eu le mérite d'être plus synthétique et plus complète que ses devancières, elle a eu surtout la chance d’arriver à un moment propice. Tandis qu’en Amérique /'épuisement nerveux (nervous exhaustion) semblait se multiplier et attirail tout naturellement l’attention des neuro-pathologistes ( celle de Weir-Mitchel après celle de Beard),
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les concluions nouvelles créées par les exigences de la vie moderne , favorisaient dans l'ancien continent la recrudescence de la névrose par épuisement, dont avail déjà parlé Monneret.
On répète aujourd'hui volontiers ce lieu commun qu'à la faveur des progrès de la civilisation et du surcroît cl'aclivité cérébrale qu'elle entraîne, les névroses , sous toutes leurs formes, sont devenues chez nous beaucoup plus communes que jadis. L’affirmation mériterait qu'on se donnât la peine de vérifier si elle est fondée, et il faut avouer que les documents précis nous manquent pour faire celte vérification avec quelque exactitude. D'ailleurs, si les pessimistes avaient raison, il nesl pas établi quil faudrait mettre l’accroissement du nombre des maladies nerveuses tout entier sur le compte des raffinements de la civilisation et des exigences nouvelles auxquelles notre cerveau doil satisfaire. Les intoxications, et la moins raffinée de toutes, V intoxication alcoolique, auraient droit de revendiquer une large part parmi les causes déterminantes des dérangements nerveux qui seraient le propre de notre époque.
Quoi qu'il en soit, malgré les restrictions que la prudence scientifique commande d'opposer à des assertions dont il importerait de démontrer la justesse, il semble bien qu'au moins en certains milieux.
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la Neurasthénie soit plus commune qu’il y a soixante ans. En tout cas , nous savons mieux la voir, et nous la baptisons quand nous la rencontrons : ce qui suffirait dans une certaine mesure à expliquer quelle nous apparaisse comme beaucoup plus fréquente qu'à l'époque où elle allait innomée, ou, ce qui revient au même, nommée de noms trop divers. Que sa fréquence se soit accrue ou non, modérément ou beaucoup, ce qui esl certain, c’esl que la Neurasthénie est une affection commune : ceci suffit à expliquer la faveur avec laquelle fut accueillie la description de Beard. Charcot, en France, lui fit un sort, et beaucoup d'autres après lui \ si bien qu’à l'heure actuelle la Neurasthénie, qu'on ignorait presque, il g a vingt ans, a fait plus que conquérir Ici place à
1. Nous indiquons ci-dessous les principaux ouvrages ou descriptions d’ensemble auxquels la Neurasthénie a donné lieu :
Beard, A practical trealise on nervous exhanslion [neurasthénie], ils causes, symptômes and sec/uences; New-York, 1880. — Axenleld et Huchard, Traité des Névroses; Paris, 1888. — Charcot, Leçons cliniques, et passiin. — Ziemssen, Die Neurasthénie und ihre Behandlung ; Leipzig, 1887. — Bouveret, La Neurasthénie , 2' édit.; Paris, 1881, J. -B. Baillière. — Mathieu, Neurasthénie, collection Charcot-Dehove. — Levillain, La Neurasthénie; Paris, 1801. — Dutil, art. Neurasthénie, in Traité de médecine de Bouchard et Brissaud; Paris, 1005. — F. Muller, 1 Jandbuch der Neurasthénie, Leipzig, 1808. — Gilles de la Tourette, Les états neurasthéniques , J. -B. Baillière, Paris, 1000. — Maurice de Fleury, Les grands symptômes neurasthéniques, F. Alcan, 1001. — Brissaud, art. Neurasthénie du Traité de médecine de Brouardel et Gilbert; Paris, 1002. — Godlewski, Les neurasthénies, Maloine, 1004.
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laquelle elle a droit en clinique; elle esl devenue une éliquelle commode derrière lat/uelle s’abritent Irop souvent des diagnostics erronés ou incomplets.
On ne sera pas surpris dès lors que , dans un livre consacré à /’ indication des mesures hygiéniques que comportent la prophylaxie et le traitement de la Neurasthénie, nous ayons jugé nécessaire de présenter l'affection et de montrer les physionomies diverses , habituelles ou plus rares , qu'elle revêt en clinique. D'aulre part, la prophylaxie suppose la connaissance de toutes les causes qui peuvent à un lilre quelconque intervenir dans la genèse de l' affection : il étail indispensable que nous en fissions ici une étude sommaire, ou au moins une énumération détaillée.
L’hygiène , qui suffirait à prévenir la Neurasthénie si elle était rigoureusement appliquée et, il faut bien le dire, si elle étail toujours applicable , suffit aussi le plus souvent à la guérir quand la Neurasthénie esl susceptible de guérison. Sans vouloir proscrire la thérapeutique médicamenteuse, nous osons dire que, dans l'ensemble , on a fait aux candidats neurasthéniques ou à ceux arrivés plus de mal avec les « drogues » qu'on ne leur a rendu de services. Si l’on pouvait dresser le bilan des méfaits des médications dites toniques el reconstituantes, des hypnotiques variés, bref des produits pharmaceu-
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tiques dont sont surchargés les traitements plus ou moins bien avisés qui sont entrés dans la pratique journalière, on se demanderait si les Neurasthéniques sont les obligés ou les victimes de la médecine. N'est-ce pas Montaigne qui a dit que les médecins de son temps, pour ne pas guérir le cerveau aux dépens de l'estomac, offensaient l’estomac et empiraient le cerveau « par leurs drogues tumultueuses et discordantes »? N’imitons pas les mauvaises pratiques de cette époque et n’oublions pas que le médecin ignorerait son rôle, s’il le crogait limité à la prescription des substances médicamenteuses; une bonne hygiène morale et physique, un régime alimentaire bien conçu, des conseils et des encouragements suggestifs font d'habitude plus pour le Neurasthénique qu’une polypharmacie souvent inutile el quelquefois nuisible. C’est assez dire l' intérêt que présente le sujet que nous avons l'intention d' aborder .
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