LES RAPPORTS SEXUELS DANS LE MARIAGE
éprouvé, une fois dans sa vie, un véritable amour, « la grande passion, » comme disent les Français,
ce sentiment est assez puissant pour illuminer son àme et en chasser la lave qui étouffait ses nobles vertus.
A ces motifs d'ordre plus élevé s'en ajoutent d'autres d'ordre plus banal, mais qui aboutissent au même résultat : je veux parler de l'opinion de la société, de la crainte d'avoir une épouse jalouse, d'apporter des maladies vénériennes au
fover de la famille, etc.
Dans les entretiens quasi médicaux sur les rapports sexuels, l'expérience et les opinions de ceux qui y prennent part, sont quelquefois fort divergentes. Certaines personnes prétendent par exemple que l'habitude de jouir des droits du mariage rend les hommes mariés particulièrement réfractaires à se soumettre à une longue abstinence. Je ne suis pas de leur avis. Quand il règne dans un ménage un amour véritable, et que dans les jours de santé une femme s'est conformée sans restriction et sans
égoïsme aux désirs de son mari, on ne peut pas douter qu'un époux surmonte sans maugréer des difficultés auxquelles est liée la santé de sa femme. L'abstinence est donc possible; elle est même nécessaire de temps en temps. Même quandl'homme et la femme sont en parfaite santé et qu'ils peuvent
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jouir Tun et l'autre de leurs droits conjugaux, ils ont besoin d'une certaine prudence, d'une certaine
délicatesse de sentiments. Un homme ne doit pas exiger les faveurs de sa femme, mais il doit les lui demander. Il doit ménager sa femme non seulement quand elle est dans l'état dont nous parlions tout à riieure, mais encore toutes les fois que quelque souci ou quelque ennui vient troubler sa tranquillité d'esprit. Nous ne saurions trop recommander à nos chers compatriotes de ne jamais se
laisser pousser dans les bras de leurs femmes par une ivresse plus ou moins complète. D'innombrables ménages ont vu par cette faute leur bonheur se briser. Les sentiments de la femme sont frappés en plein cœur quand un acte qui devrait être a le langage du cœur, la fleur printanière de l'amour, le rêve exhaussé de 1 ame, l'image de la communion spirituelle », quand cet acte que seuls l'amour et la beauté devraient enfanter, a trouvé son mobile dans la boisson, dans une sorte d'empoisonnement, dans une excitation avilissante.
Fausse idée que se fait la femme sur « l'épouse ». Il me paraît moins indispensable de tracer ici
une règle de conduite pour la femme. Je me contenterai de faire observer que puisque la puissance du mariage intéresse deux êtres, l'un des deux
FAUSSE IDÉE QUE SE FAIT LA FEMME SUR « l'ÉPOUSE > 71
époux ne doit pas s'attribuer à lui seul ce qui revient à tous les deux. Si une femme refusait pour
une autre raison que celles indiquées plus haut, de se donner à son mari, ce refus serait aussi illégitime qu'inintelligent.
Un médecin anglais, Acton, a étudié d'une façon toute spéciale le côté médical de la vie sexuelle ; il prétend, dans un travail scientifique ^ qu'il a publié, que depuis que « les droits des femmes » se
trouvent dans toutes les houches, beaucoup
d'hommes se plaignent de voir leurs épouses se considérer comme des martyres toutes les fois qu'il leur est demandé d'accomplir leurs devoirs conjugaux. Acton ajoute que depuis la publication du Uvre de John Stuart Mill, intitulé Siibjection of the ivomen^ cette circonstance regrettable n'a fait que s'aggraver. Il cite l'exemple suivant :
« J'ai parlé récemment à une dame qui poussait à un si haut degré ses sentiments sur les « droits de « la femme », qu'elle refusait totalement à l'homme le droit de se prononcer sur l'opportunité des rapports sexuels dans le ménage. A l'appui de sa thèse, elle donnait comme argument que seule la femme avait à en supporter les suites, la charge
de porter l'enfant pendant neuf mois, l'obligation
(1) On the reproductive organs, 6* édition. London, Churchill, p. U2.
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d'abandonner le monde et ses plaisirs, et puisque seule enfin elle devait courir les dangers et supporter les douleurs de Taccouchement, elle avait aussi le droit d'interdire à son mari les rapports. « Je me permis de faire observer à cette femme
fort disting-uée que, médicalement parlant, une existence de ce genre serait fort préjudiciable à son mari, surtout si ce dernier avait le sens génital très développé. Elle récusa mon argument, et me répondit qu'un homme qui ne se sentait pas capable de contenir ses désirs, devrait épouser une fille publique et non une femme cultivée qui n'a nulle envie de sacrifier son temps
à des occupations qui sont plutôt celles d'une nourrice ou d'une bonne d'enfant *. »
L'auteur ajoute qu'il avait vu fréquemment des époux briser leur bonheur conjugal et demander le divorce pour cette raison. A une autre page du livre d'Acton, nous lisons le passage suivant :
« Contrairement à ces doctrines, j'aimerais mieux donner aux femmes le conseil de suivre l'exemple de ces jeunes épouses fraîches, gaies, si bien douées de la nature et qui, au lieu d'exalter leurs malheurs imaginaires, trouvent leur plus grande satisfaction à plaire à leurs maris, et qui ont su
(I) Acton. Loc. cil.^ p. 215 et 216.