‹ L'hyperchlorurie: et ses relations avec les poussées évolutives de la tuberculose pulmonaireChapitre 19 sur 20 · QUE FAUT-IL EN DÉDUIRE ?P · texte numérisé non relu

QUE FAUT-IL EN DÉDUIRE ?P

Des observations qui précèdent que pouvons-nous retirer ? c’est que dans un grand nombre de cas, le rapport des chlorures à l’urée est augmenté. Comme nous n’avons pas noté une diminution de la quantité d’urée de lurine, l'augmentation du rapport ne peut être dûe qu’à l’augmentation du taux des chlorures. Ces résultats sont donc en contradiction avec ceux de Claret et de De Serbonnes, qui concluaient que l’hyperchlorurie ne s’établissait qu'après une phase de rétention transitoire. Evidemment, chez quelques-uns de nos malades, nous avons noté pendant un temps très court ou bien le maintien autour de la nor-

.male du rapport des chlorures à l’urée, — ou bien l’abais-

sement de ce rapport. Cela s'explique, si on considère que chez ces malades des causes étrangères à la tuberculisation de l’organisme devaient produire des résultats différents : par exemple, la formation d’un pneumothorax chez lun, une très forte température chez d’autres, ont pu modifier, en même temps que la quantité d’urine émise, l’élimination des deux substances que nous avons dosées.

Donc, l’hyperchlorurie, qui existe dans les périodes d’état de la tuberculose, se rencontrent fréquemment aussi durant les poussées aiguës, au début même de ces poussées. Ce symptôme différencie la tuberculose des autres états infectieux : en effet, les périodes de début et d’état

des infections et toxi-infections sont marquées par de lhypochlorurie ; il y a aussi hypochlorurie, ainsi que le Professeur Micheleau en a fait l’observation, dans les accidents aigus survenant au cours des maladies et intoxications chroniques : au cours de la colique de plomb, du délirium tremens, des crises viscéralgiques du tabès, des crises convulsives de l’épilepsie ; la tuberculose seule fait exception à la règle, — c’est à toutes les périodes de la maladie qu’on peut constater l’hyperchlorurie.

Comment pourrons-nous interpréter ce fait ? La pathologie générale nous enseigne que la rétention des chlorures est un moyen de défense de l’organisme contre l’action pathogène, tout comme l’inflammation, la formation d’anticorps spécifiques ou les autres réactions humorales. (Micheleau : Eléments de Pathologie générale). Nous pouvons donc considérer la non-rétention, l’hyperchlorurie, comme lindice d’un défaut de résistance organique contre linfection tuberculeuse ; elle n’est pas absolument constante, elle ne se produit pas toujours au même degré : elle sera d'autant plus importante que l’organisme sera plus atteint et que sa résistance à l'infection sera plus faible.

Le praticien pourra tirer de la connaissance de ia courbe de l'élimination chlorurée un double enseignement. Tout d’abord, lorsqu'il notera une hyperchlorurie abondante et continue, il pourra penser que l’organisme ne peut plus lutter efficacement, qu’à une plus ou moins longue échéance, un des organes du tuberculeux défaillera, et il pourra porter un pronostic fâcheux ; c’est ainsi qu'une de nos malades chez laquelle nous avions noté un rapport de 84% est morte au cours de sa poussée, à la suite d’une hémoptysie abondante (obs. XVID. De plus, il en découlera une indication thérapeutique bien précise : réminéraliser nos malades d’une façon intense,

Mais il ne s’agit pas seulement de rephosphater, de récalcifier l'organisme tuberculeux come il est d’usage de le faire couramment ; c’est, à notre avis, une médication insuffisante : il faut aussi lui donner des chlorures. Du reste, nous savons tout le bien que, dans le traitement de certaines tuberculoses, la tuberculose ganglionnaire en particulier, on peut retirer de l'emploi du sel marin à l’extérieur.

Comment pourrons-nous réminéraliser les tuberculeux en chlorures comme en autres éléments minéraux ? Claret a montré que «ces malades sont devenus inaptes à fixer le chlorure de sodium, et que, quelque quantité qu’ils en ingèrent, ils en excrètent au moins autant.» Il faut donc avoir recours à d’autres combinaisons chlorurées, ou à un mélange de divers composés. Déjà, comme nous le rappelions, au début de ce travail, le Professeur Potain prescrivait à ses tuberculeux, une potion contenant du chlorure de sodium, du chlorure de potassium et du chlorure d’ammonium. Claret, de son côté, donnait le chlorure de sodium associé au chlorure de calcium et d’ammonium ; il a constaté pendant ces cures que la quantité des chlorures excrétés restait toujours au-dessous de celle des chlorures ingérés, qu’il y avait gain de chlorures.

Nous adopterons cette ligne de conduite, nous associerons au chlorure de sodium les autres chlorures et, ce faisant; nous aurons la satisfaction, — non seulement de n’avoir pas nui à nos malades, — mais encore d’avoir essayé de faire pour eux quelque chose de bien et dutile.

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