‹ L'hyperémie et son action thérapeutiqueChapitre 57 sur 111 · PARTIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PARTIE SPÉCIALE

bienne, le poison venimeux d’un moustique ou l’acide urique d’un goutteux l 2. Chaque fois qu’une inflammation se produit, il faut favoriser son développement et non pas l'arrêter.

Il en est de même pour l’extravasation sanguine dans les tissus, car elle cause aussi une violente hyperémie et un œdème inflammatoires qui, à mon avis, servent à la dissolution de l’épanchement sanguin. J’ai employé souvent, et avec de bons résultats, l’hyperémie par stase, dans de fortes hémorragies interstitielles, pour amener une dissolution plus rapide du sang épanché. Il est vrai que j’ai toujours employé en même temps le traitement par l’air chaud ou le massage, pour amener une résorption plus prompte, celle-ci étant ralentie par la stase hyperémique, comme je l’ai exposé dans la partie générale. En général, je n’emploie que l’air chaud, seul, pour faire disparaître les extravasations sanguines ; en effet, dans ces cas-là, la résorption est beaucoup plus importante que la dissolution, comme je l'exposerai plus loin.

Il n’est pas nécessaire que je m’étende plus longuement sur les affection citées ci-dessus, en effet leur technique ne présente rien de particulier ; elle est la même que celle qui a été décrite précédemment. Il faut ajouter que les ventouses donnent de meilleurs résultats que la bande élastique dans le traitement des furoncles, des anthrax et des plaies récemment infectées. Je décrirai ce traitement dans un chapitre spécial.

Traitement de l’Érysipèle

J’ai déjà annoncé en 1901 a, que j’avais traité l’érysipèle des membres et surtout celui de la face par la stase hyperémique. J’ai eu l’occasion d’observer une endémie d’érysipèle de la face, à l'ancien hôpital de Greifswald, dont l’installation hygiénique était alors défectueuse. Une série de patients furent atteints les uns après les autres ; 13 cas (dont Tun récidiva trois fois), furent traités par une bande élastique appliquée autour du cou. Dans un cas seulement, l’érysipèle s’étendit jusqu'à la

1 J’ai dit, il y a quelques années, que je n’avais obtenu aucun succès avec l’hyperémie par stase dans un accès de goutte aigu. J’ai pu me convaincre depuis, par plusieurs cas, qu’on pouvait aussi employer ce procédé avec avantage contre les accès de goutte.

2 Verhandlungen des 19. Kongresses für innere Medizin 1901.

bande. Dans tous les autres cas, l’affection resta parfaitement limitée ; sa durée moyenne fut de 4 à 9 jours, sa plus courte de 1 jour et sa plus longue de 9 jours.

Par contre, la durée moyenne de la maladie chez deux patients atteints d’érysipèle de la tête, pendant la même endémie, a été de 8 Va jours : de 6 jours chez l’un d’eux, traité par les pansements à l’alcool, et de 11 jours chez l'autre, traité seulement par des pansements aseptiques.

Nous axons observé dans les cas traités par la stase hyperémique, une grande amélioration de l’état général, une chute rapide de la température et une desquamation précoce et abondante.

Toutefois, ces observations sont en trop petit nombre pour démontrer l’influence favorable de l’hyperémie par stase sur l’érysipèle, mais elles la font paraître très plausible. En effet, l’érysipèle est une affection capricieuse et il pourrait se faire que le hasard nous eût fourni précisément une série de cas bénins.

Depuis cette époque, je n’ai vu que très rarement des érysipèles, la streptomycose étant excessivement rare à Bonn. Abstraction faite de l’érysipèle et des suppurations de l'oreille moyenne, il y a ici à peine un cas de streptomycose pour 100 cas de staphylomycose. J’ai traité, depuis, un trop petit nombre d’érysipèles pour arriver à une conclusion certaine. Sick 1 n’a pas pu reconnaître un effet curatif de l’hyperémie sur l’érysipèle. Par contre Hochhaus2 estime que les 7 cas d’érysipèle de la face, qu’il a traités par la stase hyperémique, ont été favorablement influencés.

A ce sujet, Payr 3 démontre avec raison que Wölfler et Niehaus, qui ont « circonscrit » l’érysipèle, le premier, avec des bandes compressives de sparadrap, le second avec un anneau de collodion, ont produits, peut-être inconsciemment, une hyperémie par stase, mais imparfaite et souvent insuffisante assurément.

La solution de la question est devenue encore plus difficile depuis que l’on a observé, à plusieurs reprises, que, malgré

1 Sick, Vortrag im Hamburger ärztlichen Verein am 7. März 1005.

* 2 Hochhaus, Ueber die Behandlung akuter Halsaffektionen mittels Stauungs-

hyperämie. Therapie der Gegenwart, Oktober 1905.

s Payr, Wölfler’s Erysipelbehandlung. Eine historische Bemerkung zu A. Bier’s neuer Verwendung der Stauungshyperämie. Wiener med. Woch. 1905, n° 38.

Fhyperémie par stase instituée contre des inflammations aiguës, il pouvait survenir un érysipèle. Je reviendrai sur ce point dans un des chapitres suivants, en discutant les dangers de l'emploi de la stase hyperémique.

Traitement prophylactique des Plaies fraîches,

SUSPECTES D'Infection, PAR DES MOYENS H Y PERÉMIANTS

J’ai déjà mentionné, dans l’édition précédente, que nous avions commencé à appliquer la stase hyperémique au traitement prophylactique des plaies récentes suspectes d'infection. Nos expériences se bornaient alors à des fractures compliquées et à d’autres plaies suspectes que nous avions traitées avec la bande élastique quand les membres étaient intéressés, et quand il s’agissait du tronc, avec les appareils d’aspiration. J’avais déjà fait remarquer autrefois, qu’il était très difficile de se former une opinion sur l’utilité du procédé, parce qu’il n’était pas prouvé que les cas à marche favorable fussent devenus plus graves sans le traitement hyperémiant. Cette question ne peut pas être décidée théoriquement. Il n’est pas démontré, en effet, qu’un procédé empêche nécessairement l’éclosion d’une maladie, parce qu’il la guérit ou bien parce qu’il exerce sur elle une influence favorable lorsqu’elle s’est déclarée.

Il me semble, cependant, d’après les expériences que nous avons faites dans l’intervalle, que nous réussissons effectivement à préserver de l'infection des plaies suspectes et souillées ; nous agissons avec beaucoup de précision. Nous avons surtout acquis cette conviction depuis que nous avons suturé des plaies récentes et obtenu une première intention, lors même que ces plaies n’étaient pas dans des conditions voulues pour guérir par première intention, car elles étaient contuses et souillées. Autrefois nous n’aurions pas osé les suturer. Je cite comme exemple le cas suivant:

60. Un manœuvre de 31 ans essayait de faire avancer un char chargé de plaques de tôle ; au moment où il saisissait les rayons d’une roue, le char partit subitement en avant et lui serra la main gauche contre les plaques de tôle. Ceci se passait le 9 février 1906.

Le blessé se rendit immédiatement à la clinique. La main était d’une saleté extraordinaire ; sa face dorsale était hachée comme si la blessure avait été produite par une roue dentée. On y voyait 4 plaies parallèles,

séparées par d’étroites lanières cutanées, dilacérées. Les métacarpiens étaient partiellement broyés, il fallut extraire plusieurs fragments de la tête du 3e, qui était écrasée. Les tendons extenseurs des 2e, 3e et 4e doigts étaient sectionnés.

Les plaies, qui étaient complètement souillées, furent nettoyées aussi bien que possible et aspergées avec une solution de sublimé. On sutura au catgut les extrémités des tendons sectionnés et on ferma les plaies cutanées avec de nombreux points de suture. A cause de pertes de substances considérables, la peau ne put pas être suturée partout, et on dut laisser deux ouvertures de la dimension d’une pièce d’un pfennig.

On plaça un pansement compressif qui fut remplacé 24 heures après par un autre pansement moins serré ; on appliqua ensuite la bande élastique. Elle eut un effet si intense que le bandage fut traversé par un liquide séreux et dut être changé plusieurs fois.

Les fils furent enlevés le 17 février. Les plaies, y compris les deux petites places laissées ouvertes, étaient réunies par première intention ; les tendons, en particulier, étaient très bien réunis.

Je note encore qu’une injection prophylactique de sérum anti-tétanique avait été faite au malade ; nous en faisons ordinairement une dans tous les cas de plaies très contuses et souillées.

On voit que, si nos résultats sont confirmés d’autre part, ce procédé serait d’une extrême importance pour la chirurgie.

Nos derniers essais pour modifier le traitement aseptique des plaies, sont en relation avec ces expériences. II serait tout à fait absurde, de la part d’un chirurgien, de discuter les effets merveilleux de l’asepsie. Mais, malgré toute l’asepsie possible, nous ne sommes pas encore assez avancés pour pouvoir garantir absolument la réunion par première intention de toutes les plaies qui sont susceptibles d’être suturées. N’arrive-t-il pas encore souvent, par exemple, que des fds de soie sont expulsés ou qu’une plaie, réunie d’une façon générale par première intention, ne présente quelques déficits (suppuration de fils, fistules). Dans ce cas il est tout indiqué de jouer à coup sùr la prophylaxie, pour ainsi dire, en produisant un état d’inflammation de la plaie, qui détruit dans le germe l’infection; il suffit d’employer pour cela les nombreux procédés irritants que nous avons à notre disposition et qui sont pour la plupart des antiseptiques.

Il faut ajouter que, dans un certain sens, la guérison des plaies constitue un processus inflammatoire. Peut-être pourraiton prétendre qu’il n’est pas rationnel d’éloigner de la plaie toutes les influences irritantes. Sous ce rapport, nos expériences nous ont donné un résultat très régulier. Je puis affirmer d’une façon générale que les cicatrices des plaies traitées par notre

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